The Raid

A mort béton !

Affiche The Raid

Ayant créé la surprise au festival de Toronto et cassé la baraque lors de ses avant-première, The Raid débarque enfin en salles françaises dans une distribution honorable, avec la mention "meilleur film d’action DE L'ANNÉE" apposée sur l’affiche. Ne vous fiez pas aux cannibales, la fin du monde n'est que dans six mois.


Une équipe d’intervention spéciale doit faire tomber le caïd local qui se trouve au dernier étage d’un immeuble vétuste. Mais la cible est au courant de leur venue et appelle chaque criminel et "locataire" des lieux à arrêter les forces de police par n’importe quel moyen, la mort étant aussi en Indonésie le moyen plus efficace. Assaillis de toutes parts, le rookie Rama (Iko Uwais) et ses co-équipiers vont devoir lutter pour survivre dans cet enfer.

Tel est le résumé exhaustif du nouveau film de Gareth Huw Evans, un sympathique gallois expatrié en Indonésie. Faute d’occasions dans son pays, Evans décroche avec l’aide de sa femme un boulot de réalisateur pour un documentaire sur le Pencak-Silat, art martial d’origine indonésienne. Six mois de travail approfondi du sujet lui apprennent tout de la tradition et de la pratique du Silat et lui permettent par ailleurs de rencontrer Iko Uwais. Enthousiasmé par la cinégénie du combattant dans son art, le réalisateur décide de s’installer sur place pour poursuivre leur collaboration. L’étape suivante est Merentau, une fiction dans laquelle le praticien propulsé acteur interprète un jeune campagnard qui va à Djakarta pour enseigner le Silat. Il y trouvera les horreurs de la ville, mais aussi une cause à défendre. Merentau contient quelques raccourcis pour lier les scènes d’actions, mais abrite une simplicité et une fraîcheur revigorante, au moins une scène mémorable (dans un ascenseur) et des combats filmés de manière efficace.
Malgré un budget serré (1,1 million de Dollars), The Raid pousse le rythme du réalisateur encore plus loin en faisant exploser le compteur de tatanes et la fréquence des affrontements au point qu’on ne peut douter qu'il deviendra au Silat ce que Ong-Bak est au Muay Thai.

The Raid
 

The Raid est sans doute le film où les combats corps à corps sont les plus aboutis depuis le début des années 2000, et un de ceux qui ménagent le moins le spectateur. Ici on frappe sans hésitation, froidement, chaque coup porté fait mal, parcequ’on ose utiliser chaque élément et accessoire du décor, mais surtout grâce à un travail très abouti sur le son. Le scénariste/réalisateur, l’acteur principal et le chorégraphe Yayan Ruhian (1) mettent par ailleurs un point d’honneur à éviter le désamorçage du toujours plus en brisant la routine des lieux. Merentau proposait des espaces de combat très divers et éparpillés. The Raid les varie au maximum sur la base du huis clos de départ, ce qui vaut de redoubler d’ingéniosité dans la mise en scène et le scénario. Ce huis-clos offre également une deuxième dimension aussi importante au film : celle du survival.

The Raid
 

Si le réalisateur s’est ouvertement inspiré du Assaut de John Carpenter ou de Piège De Cristal, il a privilégié une forme de danger intérieur omniprésent qui porte un film de genre aux abords classiques vers un rendu plus actuel. The Raid traîne le sentiment d’être sans cesse exposé à un mal jaillissant et présente une filiation plus évidente avec [Rec] et d’autres films d’infectés survoltés de ces dernières années. Même enfermement en terrain inconnu, même ennemi déshumanisé se dissimulant derrière chaque assaillant (pour survivre / pour gagner de l’argent), attaque frontales aussi efficaces, à ceci près que les morsures sont remplacés par les coups et les tirs. Cette dimension porte en elle la tension du film et l’élève à une sorte de modernité paradoxale. Là où les films cités ont recours à des montages très cut pour stimuler la brutalité et la surprise des assauts, Gareth Evans montre des combats au plus physique, laissant sa caméra capter les mouvements avec le moins d'artifices possibles. La bande originale très adéquate de Mike Shinoda (du groupe Linkin Park) colle aux images et accentue la frénésie et le rythme effréné du film.

The Raid
 

L’action de The Raid se nourrit très bien de son intrigue. Armé de personnages bien plus puissants et d’enjeux correctement digérés, le combat à trois que le réalisateur avait déjà proposé dans Merentau devient ici un morceau de cinéma brillant et haletant. Gareth Evans nous offre un "bleu" étonnamment résistant qui entasse les cadavres à une cadence dix fois plus poussée que John McLane, mais ce quasi super-héros demeure humain lorsqu’on comprend son mode de vie très orthodoxe en comparaison à la désorganisation et au chaos ambiant (2). Il l’est d’autant plus lorsque l’on aborde le nœud de son implication dans l’intervention. Coincé dans le monde de son frère, Rama s’efforcera de raisonner celui-ci, mais la force qui le pousse dans sa quête l’éloigne encore plus du chemin emprunté par le criminel. Le film donne assez d’écho à cette relation à travers les actes des deux personnages, et une implication émotionnelle étonnante conduit The Raid au-delà du simple film furieux qui fait honneur à son genre. Le long-métrage de Gareth Evans est clairement dans le groupe de tête de ce début d’année, toute catégorie confondue.


(1) Egalement  interprète de Mad Dog.

(2) La tradition du Silat a été longtemps liée à l’Islam en Indonésie. La religion du héros rejoint donc la pratique de son art martial et soutient la droiture de son code moral. 

8/10
SERBUAN MAUT
Réalisatiion : Gareth Huw Evans
Montage : Gareth Huw Evans
Scénario :  Gareth Huw Evans
Production : Ranga Maya Barrack Evans, Nate Bollotin, Todd Brown, Irwan D. Musry…
Photo : Matt Flannery
Chorégraphie des combats ; Yayan Ruhian, Iko Uwais
Bande originale : Mike Shinoda, Joseph Trapanese  (version internationale)
Origine : Indonésie / USA
Durée : 1h41
Sortie française : 20 juin 2012




   

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