The Children

L'ire aux enfants

Affiche The Children
Décidément, les britanniques semblent avoir un sérieux problème avec l'autorité parentale puisqu'après le très bon Eden Lake de James Watkins, voilà que débarque The Children de Tom Shankland, représentant également des adultes menacés cette fois-ci par leur propre progéniture. Faites des gosses qu'il disait...

Deux soeurs et leurs familles décident de passer un agréable réveillon de Noël dans la maison familiale isolée au calme en pleine campagne anglaise. Il fait froid, il neige, les enfants sont excités, les grogs chauffent et les esprits s'échauffent. Chloé, Jonah et leur trois gamins constituent une famille recomposée qui a du mal à vivre sereinement la situation. D'autant plus lorsque Casey l'ado rebelle tient tête à son beau-père et ne pense qu'à s'éclipser de ce traquenard domestique pour aller s'éclater avec ses copines. Si l'on ajoute le fait que les deux couples s'opposent sur la meilleure manière d'éduquer leurs enfants, on ne peut pas dire que cette période festive s'annonce sous les meilleures auspices.

Qu'est-ce qu'ils sont chiants ces mômes à crier, gesticuler, courir partout et ne rien écouter ! Ah et en voilà un qui a attrappé froid et qui..., qui vomi sur la neige ! Et ben ça commence bien, tiens. Sans compter qu'il va falloir se fader les conseils avisés de la belle-soeur et sa cuisine. Beurk.
Voilà plus ou moins bien retranscris l'état d'esprit qui anime Jonah, ne jurant que par sa fille adorée, mais tout aussi partagé par les autres adultes qui acceptent ce genre de retrouvailles par pure obéissance aux conventions plutôt que par sincérité.

Une ambiance un peu pesante renforcée par la localisation géographique de cette résidence perdue au milieu de champs recouverts de neige et jouxtant une forêt. Les comportements agressifs puis mortels de leurs charmants bambins révèleront rapidement la véritable nature de chacun. Outre le fait que The Children se développe autour de la peur ultime de sa propre descendance prête à nous faire payer nos erreurs, nos injustices, nos mensonges ou notre manque d'autorité, Tom Shankland convoque habilement le film de siège qui se déploie ici dans un environnement d'autant plus terrifiant qu'il est familier et même familial. Faisant habilement monter la tension tout au long de la première partie jusqu'à culminer dans la scène du repas où la barrière d'incompréhension séparant le monde des adultes et celui des enfants apparaît désormais infranchissable. Le point de non retour avant la première gerbe de sang au cours d'une partie endiablée de descente en luge.

Shankland joue avec nos nerfs en multipliant les plans sur des jouets ou des objets anodins, crispe un peu plus son auditoire au son de ce putain de gamin qui s'acharne à taper comme un métronome sur son xylophone, bon sang mais arrêtez le ! Enfin, vous voyez le genre. Dommage qu'il laisse peu de doute quant à la nouvelle nature malveillante des marmots, parasitant leur image avec des plans quasi subliminaux d'images chocs et insistant parfois un peu trop lourdement sur leurs postures statiques, les bras ballants, le visage fermé et pâle, les transformants en de véritables clones de Damien, autre garçonnet maléfique de l'Histoire du ciné. Dommage également que Shankland choisisse de lier cette transformation à un virus : le premier gamin atteint vomi et on alterne presque immédiatement avec des plans furtifs de bactéries vues au microscope. Cela permet d'ancrer le film dans une actualité immédiate et brûlante (dès 38° de fièvre, pensez à consulter...) mais lever ainsi toute ambiguïté comportementale désamorce le malaise inhérent à cette révolte contre les adultes. En laissant planer le doute quant au degré de conscience de leurs actes, le réalisateur aurait vraiment rendu ces enfants terrifiants.

The Children
Faites pas cette tête les enfants. Je vous demande juste de ranger votre chambre...

Ceci dit, ils sont loin de ne générer aucune inquiétude. La grande force du film est ainsi de ne pas les montrer tels des petits boogeymen et women armés de couteau, de tournevis ou autre objet contondant, surgissant dans le champ pour trucider leurs parents. Shankland joue avec leur apparente innocence propice à attirer facilement leurs géniteurs incapables de prendre la mesure de la menace. Rappelant, mais en moins risible, De Si Gentils Petits Monstres de Max Kalmanowicz où les chérubins démoniaques avançaient vers les adultes les bras tendus pour un dernier câlin avant combustion. On pense également à une autre référence incontournable en matière d'enfants possédés, Le Village Des Damnés de Wolf Rilla dont Shankland s'inspire avec brio en démontrant par l'image (échanges de regards et montage) qu'une concertation muette est à l'oeuvre entre eux. Pas de conscience collective ou la même expressivité monocorde, seulement un même instinct de mort partagé.

Bien que nous connaissions l'ampleur de la transformation de ces enfants, le réalisateur parvient assez efficacement à réactiver une angoissante incertitude sur ce que nous venons de voir par l'intermédiaire d'un montage allusif, parfois elliptique ou hâché, utilisant nombre de plans rapprochés, tout ceci afin de brouiller notre perception mais qui fini par engendrer une certaine confusion quant aux actions montrées (l'attaque dans la serre). Non pas que l'on regrette de ne pas voir de bon gros plans sanguinolents voire goresques, seulement une meilleure visualisation de l'action aurait profitée au personnage de Casey qui est la seule à avoir compris (son âge médian la situant entre l'adulte en devenir et la gosse qu'elle demeure lui octroie donc une position privilégiée) que son frère, sa soeur et ses cousins ont laissés place à de dangereux morveux sanguinaires. Mais elle ne se base que sur son observation du changement d'attitude des enfants, elle ne sera jamais le témoin de leurs exactions. De sorte que ses réactions violentes auraient pu apparaître encore plus dérangeantes. Et si elle avait tort ? Et si elle avait fantasmé tout cela, à bout de nerfs de devoir supporter une promiscuité exaspérante pour une ado en mal de liberté ?

Cependant, malgré quelques réserves, on ne peut que se réjouir devant un film aussi âpre et méchant, capable de susciter autant d'angoisse. Surtout, il renouvelle admirablement le cruel dilemne posé par le chef-d'oeuvre de Narcisson Ibanez Serrador Les Révoltés de l'An 2000. A la question "Qui peut tuer un enfant ?", The Children lui substitue un terrible "Qui peut tuer ses propres enfants ?". Ce qui nous vaudra d'impressionnantes et éprouvantes mises à mort non pas tant graphiquement que par la violence morale générée.
Louons également la cohérence des éléments mis en place précédemment puisqu'au cours du récit, un personnage à la limite de l'hystérie éructera contre les secours appelés plutôt suite au premier "accident" et toujours pas là. L'un des derniers plans proposera une évidente et effroyable réponse. Enfin, le film se conclut en parvenant à générer une ambiguïté digne des plus beaux fleurons du genre (L'invasion Des Profanateurs de Sépultures, Chromosome 3, The Thing...). L'une des deux survivantes après une découverte macabre vomit au pied d'un arbre. Simple réaction ou est-elle atteinte par le même mal ?
(Attention, ça va spoiler !) Alors que la voiture file sur le chemin forestier, la caméra la cadre fixement, le temps pour nous de remarquer son teint pâlot et d'attendre vainement que surgisse les plans violents parasites accompagnant l'altération des enfants tueurs. (C'est bon, pouvez rouvrir les yeux !)

Sans être un classique instantané, The Children peut se targuer d'être une franche réussite inespérée considérant les précédents états de services de Shankland et son scénariste Paul Andrew Williams, réalisateurs respectifs des très moyens Waz et Bienvenue Au Cottage.
Je ne sais pas si après un tel film vos envies de procréer seront intactes ou s'il vous persuadera d'être un meilleur parent mais comme le produisait Lloyd Kaufman, Attention, Enfants !
6/10

THE CHILDREN

Réalisateur : Tom Shankland
Scénario : Tom Shankland & Paul Andrew Williams
Production : Emma Hartley, Allan Niblo, Rupert Preston, James Richardson, Lee Thomas
Photo : Nanu Segal
Montage : Tim Murrel
Bande originale : Stephen Hilton
Origine : Angleterre
Durée : 1H24
Sortie française : 21 octobre 2009 




     

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