Lascars

Hip hop à l'amuse

Affiche Lascars

On la connaît la ritournelle : vous voulez du neuf, du frais, du moderne, de l'inattendu. La main crispée sur votre billet de dix eu', les yeux levés vers la rangée d'affiches scindant le ciel estival, vos attentes, vos espérances vous guident vers les premières œuvres de la relève. Et là, vous prenez un ticket pour Vertige, ou pire : Le Hérisson.


Ayant constaté une fois de plus, une fois de trop, que la prétention naphtalinée n'attend pas le nombre des années, vous jurez (mais un pétard) qu'on ne vous y reprendra plus. Allez, séchez vos larmes, venez avec nous et quittez donc cet immeuble terne du XVIème arrondissement (siècle ?) pour une grisante virée pleine d'esprit et d'énergie au sein d'une banlieue aussi festive que colorée, histoire d'être une nouvelle fois témoin après les Beavis et Butt-Head version Riad Sattouf que si (r)évolution il doit y avoir, elle se passera volontiers de l'aide des systèmes classiques et normatifs qui transmettent à nos jeunes pousses la terrible progéria cinéphile.

En attendant, il faut s'accrocher. Ce qu'a fait la gouailleuse équipe derrière la série Les Lascars, qui aura attendu près de dix ans avant de pouvoir porter son concept sur grand écran, et cela grâce à l'impulsion du producteur Roch Lener, déjà incubateur d'une autre réussite de l'animation française, le projet de SF Renaissance de Christian Volckman. Pourtant, le téléspectateur qui découvrait en 2000 sur Canal + ce programme court, drôle et inventif, détournant les petits détails quotidiens de la vie urbaine avec autant de réussite que les anglo-saxons, véritables spécialistes du genre (qui n'a jamais vécu de "combat d'œil" dans le métro ?) ne pouvait se douter de la difficulté de convaincre quelques décideurs à tenter l'aventure au cinéma. Mais voilà, à l'époque la cité c'est pas drôle, la cité c'est morose. La cité, selon le cinéma hexagonal, c'était Petits Frères, Ma 6-T Va Crack-er, Calino Maneige ou Wesh Wesh Qu'est-ce Qui Se Passe ?. Du gris, du vénère, du pleur, du social. Oui voilà, du social. Pendant dix ans tu posais ta caméra dans entre deux barres de béton tu devenais ethnologue. Une petite génération de comiques issus des banlieues plus tard, on finit enfin par accepter l'idée de ne pas systématiquement sombrer dans le compassionnel négativiste pour s'intéresser à la vie en périphérie des grandes villes, et miracle, la cité gagne des couleurs (Aide-Toi, Le Ciel T'Aidera de Dupeyron).

Lascars
Les kailles sous les feux de la rampe d'escalier


Lascars, le film, regorge de couleurs, de lumière, de mouvements mettant en valeur une esthétique hip-hop extrêmement bien travaillée, composée d'éléments 2D et 3D rappelant le jeu Jet Set Radio. La force des réalisateurs, Emmanuel Klotz et Albert Pereira-Lazaro, est d'avoir réussi à rendre cet univers visuel, riche et fluide, facile à lire, à cerner, une clarté scénique essentielle au fonctionnement des gags. Des gags qui, comme dans toute comédie rondement menée, finissent par s'enfiler comme des perles à mesure que les divers arcs scénaristiques se croisent, se recroisent et se complètent dans un délire allant crescendo. A l'intérieur de ce dawa estival, les uns tentent de gagner leurs vacances honnêtement, les autres par des moyens illicites tandis qu'une paire de losers fait croire qu'elle en a eu. Bref, tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. Il en va de même pour les auteurs qui compilent, mixent, agrègent toutes sortes d'influences, dans un esprit très hip-hop tel que l'avait déjà fait il y a quelques année Shinichiro Watanabe avec le fabuleux projet Samurai Champloo. Ici cette mixité culturelle a pour principal but de nourrir le moteur comique, les auteurs invoquant par là les effets façon Rumiko Takahashi (la maman de Lamu et Ranma ½) avec la femme flic démoniaque, modernisant par ci l'univers des tendres loubards à la Franck Margerin avec la verve urbaine, tout en imposant une musicalité comique très Simpsons. Klotz et Pereira-Lazaro se permettent même en toute fin de ré-utiliser le fameux gag parodiant Donkey Kong dans la série de Matt Groening. Et c'est hilarant.

Dotée d'un sens génial du détail (une chiotte qui reste accrochée à la main, c'est con mais ça fonctionne tant on imagine ce qui a pu se passer hors champ), d'une galerie de personnages complètement cintrés, d'une bande-son d'un pur régal et d'un esprit moqueur bon enfant (la fête chez les flics reste un des clous du film), l'équipe derrière Lascars ne pouvait pas mieux s'y prendre pour offrir à la culture hip-hop une vitrine aussi sincère que réussie.
Une culture populaire qu'on pensait sortie du ghetto, mais apparemment pas pour tout le monde si l'on en juge la place accordée chez les laudateurs du bon goût à ce petit bijou d'animation. Alors plus que jamais, allez voir Lascars, et faites du bruit.

8/10
LASCARS
Réalisateurs : Emmaneul Klotz & Albert Pereira-Lazaro
Scénario : Eldiablo, LZM & Alexis Dolivet
Production : Emmanuel Franck, Philippe Gompel & Roch Lener
Montage : Thibaud Caquot
Bande originale : Lucien Papalou & Nicholas Varley
Origine : France
Durée : 1H36
Sortie française : 17 juin 2009




   

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