Gérardmer 2013 : Room 237

Chambre avec vues

Affiche Room 237
Qui connait suffisamment l’oeuvre de Stanley Kubrick sait que le cinéaste était un maniaque perfectionniste ne laissant aucun détail au hasard.
Cadrages géométriques, précision des mouvements, montage au cordeau... C’est à la fois pour ça qu’il est aimé (son oeuvre est d’une remarquable précision, extrêmement stimulante pour l’intelligence de son audience) et détesté (sa froideur mathétique peut effectivement rebuter).

Kubrick n’abordait jamais les genres cinématographiques en suivant une route balisée, prenant souvent les attentes à revers pour élargir son récit vers quelque chose d’universel. Preuve en est avec cet intéressant travail d’analyse sur Shining dont les oripeaux horrifiques dissimulent une histoire d’enfant battu plongeant dans la psyché de ses parents pour s’en libérer.
Convoquant plusieurs intervenants passionnés par le film, Rodney Ascher aligne plusieurs théories qui, comme tout travail d’analyse, prend la risque de la sur-interprétation. Ainsi, en dépit de certains détails effectivement troublants (le pull Appolo 11 de Danny), on aura du mal à accorder du crédit à la thèse des photos truquées qu’aurait réalisées Kubrick, la piste ressemblant davantage à un clin d’oeil malicieux du cinéaste qu’à une entrée thèmatique.

Room 237

Plus pertinents se montrent la mise en avant de certains éléments de décors (la moquette en forme de phallus dans la fameuse chambre 237, le magasine Playgirl que lit Nicholson avant son entretien avec le directeur, la machine à écrire qui change de couleur....) ou l’analyse impossible de la géographie de l’hôtel. Dans cette manière d’élargir le spectre du film à divers évènements historiques passés (le massacre des indiens, les clins d’oeil au nazisme) et dans la mise en parrallèle avec certaines figures mythologiques ou d’autres films (Apocalypto), le documentaire rend justice à l’étrange pouvoir de fascination d’une oeuvre conçue comme une éprouvante plongée dans la psychée humaine. Il n’est question, au fond, que de pulsions refoulées et de la terreur d’un passé destructeur dont il faut savoir se libérer.

Et le film d’établir certaines correspondances avec Eyes Wide Shut, autre oeuvre conçue comme un rêve éveillé (doubles refoulés des personnages, géographie des rues absurdes, réapparition d’objets à l’arrière-plan...) et qui serait le pendant optimiste de Shining. Si Rodney Ascher voulait embrayer avec un second documentaire cryptique sur ce chef-d’oeuvre, on le comprendrait.


     

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