Hara-kiri

Seppuku plus facile à dire qu’à faire

Affiche Hara-kiri

L’ouvreuse accueille en ses pages virtuelles Michael de l’excellent site Wildgrounds consacré au cinéma asiatique, et analyse pour nous l’introduction de Hara-kiri, l’un des chefs-d’oeuvres de Masaki Kobayashi.


Hara-kiri
s’ouvre sur un gros plan du masque d’une armure de samouraï, symbole élégant de l’esprit du guerrier japonais dans toute sa splendeur. Kobayashi va regarder cette armure sous différents angles. Dès le second plan, l’armure se voit enveloppée dans un voile de fumée renforçant son aspect terrifiant et inanimé (donc une antiquité, un objet de décoration, du vide). Aussi, l’armure est complétée par un sabre, l’âme du samouraï, en bois (!). Le troisième plan nous montre l’armure de dos, la caméra l’observe de la tête aux pieds. Les cornes, la chevelure et la fumée donnent une impression démoniaque. Puis, enfin la caméra revient de face et s’éloigne faisant apparaître l’armure et son sabre posé par terre, l’ensemble est éclairé. Kobayashi dévoile le vide de ce symbole.

Hara-kiri
 
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Ces premiers plans sont accompagnés d’une musique pesante et une voix-off se fait entendre seulement une fois l’armure parfaitement présentée. La voix lit un carnet de bord, censé retracer les évènements quotidiens de cette époque. L’action se place en l’an 1630, soit durant les premières années du régime féodal qui durera presque trois siècles. Bizarrement, par un fondu enchaîné l’armure succède à ce carnet pendant que le narrateur raconte une histoire parfaitement banale (avec ses détails… superflus).

Hara-kiri
 
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Il s’avère que le même jour, un rônin est venu frapper à la porte du seigneur local. À cette occasion, Kobayashi nous ré-introduit dans la réalité, nous passons d’un livre ouvert à la réalité en action (d’ailleurs nous sortons de l’ombre, de l’obscurité pour passer à la lumière, ce qui en dit long sur les intentions sur cinéaste). Un homme arrive devant une énorme demeure, puis il s’avance à la porte. Habillé en noir, il est dos à la caméra, et semble être un danger. Sentiment appuyé par la musique, et par sa taille d’entrée dans le champ, il domine la gigantesque demeure avant de fondre progressivement lors de son cheminement. À croire que ce régime est capable d’effacer le pire de ses problèmes…

Hara-kiri
 
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Il est important de relever son statut social. C’est un rônin, un samouraï sans maître, soit un moins que rien qui ne mérite que de l’indifférence. Il y a bien un fossé entre cette demeure seigneuriale et cet homme. Et donc encore plus entre l’armure présentée en ouverture et lui. En apparence, l’opposition est parfaite, aussi bien au niveau de l’allure (faste contre sobre) que de l’esprit (honneur contre déshonneur). Mais Kobayashi va vite abandonner le point de vue (officiel) donné par le carnet, ainsi dès que le narrateur termine sa lecture, la caméra se met en mouvement suivant cet étrange et mystérieux rônin.

Hara-kiri
 
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Hara-kiri
 
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Quand il s’arrête, la caméra semble même adopter son point de vue. Il contemple de haut en bas cette demeure gigantesque (de la lumière à l’obscurité ; l’écran titre sur la porte… un hara-kiri littéral pour le régime ?). Un mouvement qui rappelle celui sur l’armure au début. Un rapprochement logique, d’un le symbole humain (politique), de l’autre le symbole spirituel. Deux questions se retrouvent liées : que renferme cette demeure ? Que renferme cette armure ? Kobayashi s’attaque bien directement à la société féodale japonaise et ses valeurs, ses mensonges. La réponse à ces questions est donnée durant le générique où l’on passe d’une carte à l’intérieur vide de la demeure (par la même occasion, Kobayashi nous familiarise avec les différents endroits de l’action à venir) pour terminer sur… la fameuse armure. Sans oublier que la demeure va être le théâtre d’une tragédie. Si la demeure est vide (et pleine de sang), alors l’armure aussi.

Hara-kiri
 
Hara-kiri
 

Néanmoins, il reste une question concernant le carnet, objet intermédiaire important. Alors qu’il était relié directement à l’armure via un fondu enchaîné, il se retrouve littéralement balayé par notre rônin. D’ailleursKobayashi décide de nous montrer l’histoire du rônin, résumé en à peine quelques mots dans le carnet alors qu’avant, il y avait une histoire plus complète sur le seigneur. On peut s’interroger sur ce choix, quelle est la particularité d’un résumé sans suite ? La réponse est évidente, c’est le film lui-même, c’est-à-dire donner deux heures de métrage pour un simple résumé. Et comment un simple résumé peut durer deux heures si dans le carnet l’histoire la plus complète était racontée en… vingt secondes ?!

Peut-être qu’en fait ce petit résumé a été volontairement raccourci. Que la véritable histoire a été gommée des archives. Que le régime a préféré oublier la tragédie à venir. Que ce simple rônin est parvenu à faire trembler l’humble seigneur en le mettant face à ses responsabilités, à son hypocrisie. Que le régime considère le nombre de truites offertes à un seigneur être plus important qu’une tragédie humaine. Que l’Histoire officielle n’est qu’une suite de mensonges et de récits sans intérêt. Donc, que ce carnet est le symbole même du mensonge du régime. En reliant la demeure, l’armure et le carnet, Kobayashi a déjà fait un portrait global de la société féodale (remarquez comment la construction des séquences se fait toujours en binôme, à l’exception du plan de l’arrivée du rônin, en trois mouvements. L’anomalie du système ?).

À ses premières heures d’existence, le Japon féodal est déjà catalogué comme cruel, hypocrite et sans honneur (vide). Kobayashi donne la parole à un de ses “minables” victime de ce régime. Un homme transformé en bête sauvage par cette société et ses valeurs périmées, qui a parfaitement conscience de toutes les failles de cette nouvelle ère. Il vient littéralement mettre l’un des représentants de ce système face à ses failles. Et manque de pot, cette bête sauvage n’a plus rien à perdre… De quoi faire trembler la machine féodale pleine d’arrogante.
Avec Hara-kiri, Kobayashi filme le masque d’un régime totalement vide… Ah tiens, c’est le premier plan !



SEPPUKU
Réalisateur : Masaki Kobayashi
Scénario : Shinobu Hashimoto & Yasuhiko Takiguchi
Production : Tatsuo Hosoya
Photo : Yoshio Miyajima
Montage : Hisashi Sagara
Bande originale : Tôru Takemitsu
Origine : Japon
Durée : 2h15
Sortie française : 24 juillet 1963




   

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