X-Men : Le Commencement

Danger : Magnetik

Affiche X-Men : Le Commencement

Ironie du sort, alors que Matthew Vaughn avait été évincé de X-Men, L’Affrontement Final, il est remis en selle sur la préquelle de la saga. Mais retourner dans le giron d’une franchise, après l’indépendant et percutant Kick-Ass, n’est-il pas une manière de rentrer dans le rang ?


Une crainte légitime au vu des nombreux problèmes rencontrés lors de la production (script retouché à de nombreuses reprises, même pendant le tournage, notamment) et surtout du délai imparti, treize mois, pour mettre en boîte un tel blockbuster. Certes, quelques effets spéciaux sont très spéciaux (la première apparition du Fauve, après sa nouvelle mutation, est ridicule alors que sa transformation en vue subjective était si réussie) ou certaines interprétations limites (le "Neiiiiiin !!!!!" du jeune Erik Lensherr après l’exécution de sa mère plombe la crédibilité de l’ambiance pesante jusqu’ici instillée), mais Vaughn s’en tire avec les honneurs et réussi assez bien son exercice d’équilibriste en livrant un vrai film de super-héros teinté de préoccupations idéologiques et intimistes qui agitent nos chers mutants. D’ailleurs, il réalise le meilleur film de la franchise, dépassant les épisodes signés Bryan Singer, qui étaient plutôt bons mais manquaient d’âme.
C’est sans doute là la différence criante entre les deux, Vaughn s’intéresse avant tout aux émotions de ces héros alors que l’approche de Singer était plus "cérébrale". Ce n’étaient pas des parangons de circonvolutions intellectuelles mais disons que son regard était plus distant, générant une quasi absence d’empathie pour les personnages. Des films plutôt divertissants mais pas impérissables. Nous n’évoquerons que du bout du clavier les catastrophiques X-Men : L’Affrontement Final et X-Men Origines : Wolverine, véritables purges ayant mis à mal la franchise ainsi que les yeux et les neurones de ses spectateurs.

X-Men : Le Commencement
 

X-Men : Le Commencement, comme son titre l’indique, se propose de raconter par le menu le pourquoi du comment cette équipe hétéroclite de mutants divers et variés s’est formée, en s’intéressant de plus près aux relations des meilleurs ennemis au monde, Charles Xavier et Erik Lehnsherr, plus connus plus tard sous les pseudos de Professeur X et de Magneto. C’est d’ailleurs ce dernier, interprété par Michael Fassbender (absolument magnétique, si vous me passez l’expression), qui est principalement à l’honneur. Ainsi, on retrouve en introduction exactement la même séquence qui débutait le premier X-Men de Singer, séparé de ses parents à l’arrivée dans un camp de concentration, le jeune Lehnsherr y déploie des pouvoirs balbutiants en tentant de démanteler le portail en fer le séparant de ses géniteurs.
Vaughn poursuit en introduisant le personnage de Sébastian Shaw, éternellement jeune leader du Club des Damnés, qui ici se présente à Erik comme un docteur nazi très porté sur les questions de génétique appliquée. Il veut l’aider à développer et contrôler ses pouvoirs à des fins obscures mais que l’on devine peu charitables pour le commun des mortels et sans doute l’issue de la guerre. Lors de leur première expérience commune, la mère d’Erik est abattue. C’est ce crime matriciel (jusque là, il était incapable de réveiller son pouvoir sous la pression, c’est le décès de sa mère qui sera l’horrible déclic) ainsi que sa nature de créature de Frankenstein qui nourriront les sentiments de vengeance d’Erik parti à la chasse aux sorciers des années après. La traque de Schmidt / Shaw qui le mènera en Argentine dans un bar animant la villégiature de nazis oubliés et que Erik va impitoyablement tuer dans une des séquences les plus réussies du métrage. En fait, c’est bien simple, toutes les scènes impliquant le futur Magnéto sont les plus intéressantes et les plus intenses (malgré la connaissance de ses pouvoirs, difficile de rester impassible lorsqu’il veut expérimenter l’arrêt d’une balle tirée à bout portant dans son crâne). Un personnage brillamment écrit dont les motivations personnelles ne lui feront embrasser qu’un temps l’idéal de Xavier. La cohabitation mutants / humains, il n’y croit pas et y adhère encore moins. Il utilise la main tendue de Charles pour mener à bien, et avec les moyens de la C.I.A, sa croisade vengeresse.

Cette main tendue, signe de compassion, d’association, de passage de témoin est un motif que l’on retrouvera disséminé dans tout le film, véritable symbole de cette idée d’union pour le bien de tous (humais comme mutants) mais dont chacun se réappropriera le sens pour servir sa lutte. Ainsi, Sebastian Shaw, plutôt que de soumettre les jeunes mutants par la force leur propose plus insidieusement de rejoindre ses troupes. Un geste qu’Erik, casqué de frais du heaume de son bourreau, reproduira pour attirer à lui ceux qui seront les plus vindicatifs dans leur revendication de leur appartenance à la race de l’homo superior. Ce qu’il y a de fascinant dans ce personnage, c’est qu’idéologiquement, rien ne le différencie de Shaw et il en est conscient mais assume ses actes jusqu’au bout alors que le bon en lui ne demande qu’à émerger, d’ailleurs Xavier l’a décelé.
Un Charles Xavier tout aussi intéressant bien que moins intriguant et qui apparaît plus contrasté (et largement moins constipé que dans les premiers films ou même le comic-book !). Sa conception d’un monde idéal, voire carrément utopique, où les mutants vivraient en harmonie avec l’humanité est-elle si désintéressée ? Ne veut-il pas, en priorité, assouvir son désir d’intégration, lui qui de par son statut social (il habitait enfant dans un manoir cossu isolé de toute activité normale) était déjà à l’écart de l’humanité ? Ses intentions sont louables, ses arguments éminemment recevables mais n’oublions pas, comme le fait remarquer Raven (Mystique, l’autre personnage important ici développé) que c’est une position plus facile pour lui à adopter de par sa mutation plus discrète que la plupart de ses congénères. Au-delà du désir, de la volonté de se faire accepter tel que l’on est, de s’accepter tel que l’on est, l’autre sentiment important à combler est la solitude lancinante qui semble étreindre chacun des protagonistes. A chaque nouvelle rencontre, on perçoit et voit leur soulagement de ne plus se considérer seul au monde.

Ce regroupement de mutants agit également comme la construction d’une famille parfois dysfonctionnelle, chose partiellement abordé dans le film mais véritable épine dorsale de la bande-dessinée. Ces émotions diverses imprégnant le métrage vont trouver une dramatique résolution dans le climax sur la plage. Le morceau de bravoure n’est finalement pas la neutralisation des missiles, du sous-marin de Shaw et ses sbires ou du maître de l’énergie cinétique lui-même mais définitivement la confrontation d’idéaux divergents. D’ailleurs, Vaughn se montre bizarrement peu inspirés dans la réalisation des combats alors que pour Kick-Ass, il s’était montré impressionnant de maîtrise et d’inventivité. Ils sont certes plutôt bien emballés mais demeurent peu exaltant. On notera tout de même l’incroyable violence de l’attaque du QG de la C.I.A où sont cloîtrés les mutants, du moins pour un spectacle ouvertement familial, puisqu’on y voit un Azazel déchaîné (dans la BD, le papa de Diablo) utiliser son pouvoir de téléportation pour tuer les agents en apparaissant subitement dans leur dos pour les poignarder ou les expédier d’une hauteur estimable sur le bitume.

X-Men : Le Commencement
 

Là où le film se montre également très habile, c’est dans la convergence du schisme mutant et de la crise des missiles cubains. Utilisant cette référence historique pour contextualiser l’intrigue, Vaughn s’en sert avant tout pour cristalliser les tensions entre les factions en présence, mutants contre humains et même mutants entre eux. Certains ont reprochés une illustration trop caricaturale de ces enjeux nucléaires mais puisque le film est un vibrant hommage à la production de genre des sixties, on peut sans mal avancer que l’intention première n’est pas une simplification à l’excès. Entre les coupes de cheveux, les habits, le décorum, tout respire l’ambiance des swinging sixties parfaitement rendue également dans l’action, la mégalomanie de Shaw, son sous-marin ou même les postures que lui et sa reine Blanche, Emma Frost, adoptent sur leur canapé.
D’ailleurs, si l’on pense en premier lieu à James Bond au pays des super-héros, on peut également évoquer Danger : Diabolik de Bava comme référence, Erik, lorsqu’il aborde le yatch de Shaw dans sa combinaison noire ayant des faux-air de John Phillip Law assez troublants (notons au passage, que dans le run de Grant Morrison sur les X-Men dessinés, le personnage de Fantomex était clairement un renvoi à ce film incroyable (et introuvable, oui, aussi !)).

Malgré tout cela, l’impression générale reste toutefois mitigée. Pas d’enthousiasme forcené. Le film est très bon mais il manque un soupçon d’audace pour le faire décoller. Et peut-être également que les clins d’œil un peu trop appuyés gâchent la fête. Passe encore que la jeune Raven se fasse un petit délire en incitant chacun à trouver son nom de code mais le dialogue final de Moira McTaggert poussant le fauteuil roulant de Xavier sonne faux et se montre poussif dans sa tentative d’expliciter le nom de code du groupe de mutants. De même, le manque de synergie au combat est dommageable mais dans le contexte du film s’explique par l’urgence de la situation, difficile de s’entraîner à maîtriser son pouvoir et créer un esprit de groupe dans l’action alors que l’arrivée des missiles russes à Cuba est imminente. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt de X-Men : Le Commencement qui s’avère le plus passionnant dans ses moments anti-spectaculaires justement. La confrontation inaugurale entre Shaw et Erik est subtilement dépeinte et mise en valeur par un simple changement d’axe caméra, révélant le décor monstrueux d’une chambre des tortures s’étalant maintenant dans l’arrière plan et surtout la mort de Shaw. Celui-ci figé par le pouvoir de la pensée de Xavier voit son crâne transpercé de part en part par une pièce frappée de l’insigne nazi et envoyée lentement par Lehnsherr, une succession de plan des profils de Shaw et Xavier venant marteler avec puissance l’horreur de la situation (si Xavier libère Shaw, c’est la mort possible d’Erik) en même temps que la mort de l’amitié, de l’unité, entre Charles et Erik.
On est encore loin de la réussite artistique et narrative de la trilogie de Sam Raimi avec Spider-Man mais gageons que ces graines inséminées par Vaughn ne demandent qu’à germer. Ou muter.

6/10
X-MEN: FIRST CLASS
Réalisateur : Matthew Vaughn
Scénario : Ashley Miller, Zach
Stentz, Jane Goldman, Matthew Vaughn, Sheldon Turner, Bryan Singer
Production : Lauren Shuler Donner, Bryan Singer, Stan Lee, Gregory Goodman…
Photo : John Mathieson
Montage : Eddie Hamilton & Lee Smith

Bande originale : Henry Jackman
Origine : Etats-Unis

Durée : 2h12
Sortie française : 1er juin 2011




   

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