Watchmen

Morceaux choisis

Affiche Watchmen

Suite aux propos intolérants de Zug lors de sa dernière analyse, le lobby pro-Watchmen (LPW) est venu manifester devant nos locaux virtuels. Nous espérons donc que cette critique vous donnera envie de dépenser quinze euros pour acquérir l’intégrale.


En 1986, Alan Moore et Dave Gibbons créent une série de comics exposant une uchronie dans laquelle les super-héros ont réellement existé. Suite à la naissance du Docteur Manhattan, surhomme et personnification d’une science sans limite, la face du monde a été changée. Les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viet-Nam, ont reconduit Nixon pour plusieurs mandats et une loi a rendus illégaux les super-héros. Ceux-ci ont pris leur retraite, à l’exception des officiels et d’un certain Rorschach devenu l’ange noir de la pègre. En octobre 1985, ce monde est plus que jamais menacé par un grand conflit. Le Comédien, ancien super-héros et mercenaire pour le gouvernement est retrouvé mort. Rorschach décide alors d’enquêter sur ce qu’il pense être une conspiration contre les héros costumés.

Difficile de résumer en quelques lignes une des plus grandes dates dans l’histoire des comics. Watchmen ne se contente pas de conter une histoire de super-héros et d’apocalypse, mais tisse son fil à travers ses personnages. Chacun des épisodes étant consacré à un des cinq héros : le Comédien, le Dr. Manhattan, Rorschach, le nouveau Hibou, le nouveau Spectre Soyeux et Ozymandias. Le tout étant complété par une superbe mise en abîme des comics, d’une parfaite utilisation du média, d’une grande portée et d’un développement de ses personnages et de son univers à travers de longs dossiers qui rendent ce monde palpable. La question d’une adaptation des comics s’est très vite posée. Depuis l’abandon de Terry Gilliam qui les jugea inadaptables, de nombreux réalisateurs avaient été pressenti, parmi lesquels le très politique Paul Greengrass (Bloody Sunday, Vol 93) et Darren Aronofky. Le projet a fini par échouer chez Zack Snyder, réalisateur de L’Armée Des Morts et de 300, déterminé à le mener à terme malgré toutes ces années de development hell.

Watchmen
 

Son film commence plutôt bien avec un résumé sur fond de Bob Dylan de l’histoire des Minute Men, la première bande de super-héros. Exhaustif, reconstitué avec élégance, ce générique nostalgique et amer est ce qui ressemble le plus à une idée dans le Watchmen de Zack Snyder. Le reste est dévolu à Alan Moore et Dave Gibbons qui ont garanti (malgré l’absence volontaire du premier au générique) une histoire originale et riche que vous ne verrez dans aucun autre film de super-héros. Une histoire qui réserve de bons moments, un suspens efficace et des personnages originaux représentant des facettes humaines, bref des héros représentatifs des errements de leur époque. Des super-héros comme vous ne les avez jamais vus. Watchmen, le film, est au trois quart une reproduction des comics originels. Du case par case si bien élaboré qu'on ne ferait pas de différence entre l'oeuvre et le storyboard du film (à l'exception du caméo du Nixon de Futurama). Après avoir sélectionné un best of un peu trop long et taillé un peu dans le gras, Snyder se rend compte qu'il faut bien conclure car le temps presse. Il évacue alors le reste par une fin qui, par quelques modifications bien senties et compte tenu des coupes effectuées précédemment, réussit à passer à la trappe une grande partie de la portée de l'oeuvre ainsi que l'implication du spectateur dans l'explosion finale. On se prend alors à se contenter d'une discussion neuneu entre Laurie et sa mère sans être vraiment soufflés, ni même touchés outre mesure par l'issue du complot qui s'est déroulé sous nos yeux. Loin des réalités de la population que montraient la plupart des cases des comics zappées au profit des super-héros, on nage ici au bord de l'abstraction.

Watchmen
 

Sans plus entrer dans les détails des coupes et de l'apport maladroit de cette version, il est déjà remarquable de constater à quel point la reproduction partielle avait déservi le film. En plus d'être lent, Watchmen change constamment d'ambiances sonore et visuelle, traînant un spectateur déjà déstabilisé par la mine d'informations servant à restituer l'uchronie d'Alan Moore. Parfois ça passe (le flashback du Docteur Manhattan) mais le plus souvent, les scènes deviennent une suite de sketchs poussifs et sans âme. On ne pourra pas blâmer Snyder, est-ce de sa faute? Après tout il n'a fait que reproduire les comics et il pouvait logiquement s'attendre à créer une oeuvre somme et réflexive puisqu'Alan Moore et Dave Gibbons l'avaient fait. C'est en effet d'une oeuvre somme qu'il accouche, une somme lourde comme une enclume qui vient peser sur le cerveau d'un spectateur qui se fatiguera vite de passer des ralentis démonstratifs au symbolisme du couple de super-héros en faisant un crochet du coté du polar, du film politique et du film de "super-héros" basique. Les plus courageux pourront faire avec s'ils ne sont pas déjà abrutis par une bande son hasardeuse qui alterne coups de coudes au spectateur cinéphile, tubes classiques (la plupart n'étant pas des 80's alors que l'histoire est censée s'y passer) et une partition musicale qui surligne l'esbrouffe, oubliant de souligner l'intensité de certains moments et de développer ses personnages par des thèmes appropriés. Ceux-ci étaient pourtant la pierre angulaire d'une adaptation, à la fois originaux, forts, complexes et archi-développés au cas où quelqu'un n'aurait pas compris au fond. Rarement un réalisateur n'avait à sa disposition un background aussi puissant que celui présenté par Alan Moore. Une vraie mine d'or pour un film. Au final, Snyder se contente de tout miser sur ses acteurs (Jackie Earle Haley sauve par sa prestation la dernière scène de Rorschach et Billy Crudup retranscrit bien la neutralité scientifique de Manhattan), pour certains appropriés et pour d'autres une ridicule erreur de casting. Il n'y'a qu'à voir comment le choix du personnage d'Ozymandias et ce qu'ont fait les scénaristes de son plan remet en cause tout un pan de l'esprit du comics qu'il a scrupuleusement retranscrit une heure plus tôt.

Watchmen
 

Watchmen est donc fait de tout et n'importe quoi, il ne parle pas vraiment de quelque chose, il n'a pas vraiment de style, d'unité et il devient vite aussi brillant sur le papier que pompeux dans sa réalisation. Une oeuvre moyenne de par son potentiel. Le comble pour une adaptation d'un pareil chef-d'oeuvre. En interview, Zach Snyder se retranche derrière le respect du point de vue d'Alan Moore (ou de Franck Miller pour 300). Le problème est qu'il n'a visiblement pas de point de vue sur Watchmen, qu'il soit politique ou autre. Il semble n'avoir eu qu'une lecture académique et froide. Rien ne l'a particulièrement marqué, si ce n'est la cinégénie relative des personnages, qu'Ozymandias était une grosse tapette et que le comédien "roxerait" bien sur du funk. Ce copié/collé sélectif est-il réellement de la déférence ou valait-il mieux ne rien laisser pour éviter de louper une thématique ou oublier une case significative dans un matériel apparemment très riche ? Et au-delà du procès d'intention, le rôle d'un réalisateur n'est-il pas d'avoir une vision et de l'exprimer pour la transmettre au spectateur ?

Watchmen
 

A l'heure où l'adaptation cinématographique devient la destination finale de chaque oeuvre ayant un tant soit peu de succès auprès d'un "certain public", la solution pour éviter de se retrouver avec des caisses de films qui ne servent à rien serait que les types qui adaptent cessent de vouloir être les assistant réalisateur des auteurs qu'ils ont lus. Comme les frêres Hugues, adapteurs de From Hell, autre monument d'Alan Moore, l'avaient compris : Les comic books et le cinéma sont bien deux média différents.

5/10
WATCHMEN
Réalisateur : Dave Gibbons.... euh Zach Snyder
Scénario : Alan Moore & Dave Gibbons corrigés par David Hayter & Alex Tse
Production : Larry Gordon, Lloyd Levin, Deborah Snyder
Photo : Larry Fong
Montage : William Hoy
Bande originale : Tyler Bates
Origine : USA
Durée : 2h43
Sortie française : 04 mars 2009




   

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