Terminator Renaissance

I, human

Affiche Terminator Renaissance

"Les machines ont surgi des cendres de l’enfer nucléaire. Elles essayaient d’exterminer l’homme depuis des décennies. Mais la bataille finale n’aurait pas lieu dans le futur. Elle aurait lieu ici, de nos jours."


Ces mots qui introduisent le premier Terminator serviront de base aux trois premiers volets de la franchise : une menace nucléaire, une guerre imminente et la possibilité qu’à l’époque présente le futur se décidera. Le dernier né met un point final à ce schéma en nous transportant avant la bataille finale, au coeur de la guerre contre les machines.

En 1984, James Cameron nous projetait déjà en une poignée de plans dans une année 2029 poisseuse et apocalyptique. Le reste n’était qu’évocation du soldat Kyle Reese visiblement transformé par cette guerre horrible, que l’on découvrait à travers ses réactions et ses récits. Cette courte plongée au sein de la résistance suffira pourtant à planter le décor de la menace, le travail du regretté Stan Winston (à qui le nouveau film est dédié) sur les effets spéciaux rendant ce futur tangible. La suggestion fonctionne car au-delà de cette guerre, Terminator touche le spectateur : c'est l’histoire d'une jeune femme comme les autres qu’un cyborg mal embouché venu du futur est chargé de supprimer afin que son fils à naître ne mène pas les humains vers la victoire. Cameron sut y glisser une histoire d’amour avec son sauveteur Kyle Reese et l’inéluctabilité de l'extermination nucléaire vers laquelle se dirigeait la race humaine. La photo qu'accepte la mère du futur leader de la résistance aux initiales évocatrices (J.C) à la fin du premier volet annonce la marche du destin plus que tout autre mot. Une idée, un plan, comme en recèle à foison ce film aussi riche que gravé dans son époque. Un succès populaire instantané et des fondations assez ambitieuses pour développer tout un univers.


Terminator 2


 

LE JUGEMENT DERNIER
Il aura pourtant fallu attendre 1991 pour que James Cameron remette ça, osant nous montrer John Connor en leader dans un prologue encore plus évocateur que le précédent. De nombreux futurs cinéphiles allaient être soufflés par le pré-générique mettant en place l’imminence du jugement dernier du 29 août 1997 et le générique apocalyptique sur le thème majestueux de Brad Fiedel . Nous retrouvions toujours les mêmes repères temporels et une menace palpable matérialisée par des images simples et fortes. Sur un schéma similaire au premier volet, Terminator 2, Le Jugement Dernier traite de l’enfance de John Connor et de son lien d’amitié avec le modèle T-800 (toujours Schwarzenegger) venu le sauver d’un modèle encore plus dangereux. Plus que la guerre, c’est la menace nucléaire qui est mise en avant dans ce volet. Cameron la décrit à travers une scène encore époustouflante lors d’un cauchemar d’une Sarah Connor (superbe Linda Hamilton) devenu soldat avant l’heure. Film très riche, Terminator 2 traîte de la menace de l’apocalypse et la responsabilité des hommes dans celle-ci, érigeant le libre arbitre comme allié à la fatalité. En plus d’être une des matrices des effets spéciaux digitaux et du blockbuster moderne, il répond parfaitement aux grandes questions des années 90 sur la peur de l’Homme vis-à-vis de la technologie. Cameron est résolument optimiste, il termine son film sur une route dégagée où la confiance de Sarah Connor en la nature humaine est rétablie par le sacrifice du gentil cyborg. Terminator 2 est un film épique et rock’n roll à l’image du You Could Be Mine des Guns qui berce l'adolescence de John Connor. Il est aussi beaucoup moins noir que le premier. Profitant des 750 millions de dollars engrangés au box office, Cameron s’amuse avec son jouet en propulsant John, son T-800 et les héros du second opus dans une attraction conçue pour Universal Studios : Terminator 2 3D est une prolongation plus que correcte qui offre quinze minutes de pure folie au sein de Skynet. Une belle manière pour le créateur d’une des plus passionnantes mythologies cinématographiques de dire adieu à sa création.

Terminator 3
 

Les droits conservés jalousement par un Cameron réticent enfin débloqués, et la mode étant au revival des franchises des décennies précédentes, Jonathan Mostow se voit offrir en 2002 la possibilité de revenir sur ce cycle pourtant achevé. Le terminator "Schwarzie" débarque en 2003 pour mettre John à l’abri de la nouvelle menace tandis qu’une terminatrix (un terminator féminin qui tue des terminator) décime la résistance. Terminator 3 - Le Soulèvement Des Machines nous conte comment la menace se profile malgré les efforts de Sarah, de John et du T-800 de Terminator 2. L’humilité de Mostow sert un film qu’on donnait d’avance perdant. Dès les premières minutes, il rend la menace palpable par les multiples virus contaminant discrètement l’environnement des héros, puis installe un décompte en temps réel avant l’apocalypse nucléaire. On se retrouve avec un John Connor usé, sans mère et sans mission mais qui se retrouve peu à peu. Linda Hamilton manque mais le personnage de Kate Brewster interprété par la brillante Claire Danes parvient à exprimer un potentiel crédible pour le futur de la résistance. Les scènes d’action sont bien filmées, la tension explose dans la dernière partie et le film participe d’une inéluctabilité et d’un pessimisme qui marquait déjà les débuts des années 2000. On comprend très vite que ce troisième Terminator vise à mettre à l’abri celui qui peut sauver les meubles, mais on se surprend à y croire jusqu’au bout. Le film de Mostow tourne le dos au travail de Cameron, mais son final très surprenant fait qu’on pardonne très vite cet affront. A l’issue de ce troisième opus, la saga telle qu’on la connaissait avait brûlé ses dernières cartouches. La boucle était bouclée.


EN PLEINE TEMPÊTE 
Il n’a pourtant jamais été question d’en finir là. Ce troisième volet allait être celui qui lancerait une nouvelle trilogie. A peine le nouvel opus était sorti qu’on parlait déjà de Jonathan Mostow pour un quatrième volet qui se déroulerait durant la guerre contre les machines. Début 2008 débutait The Sarah Connor Chronicles, série médiocre reprenant les événements où Terminator 2 les avait laissés, amenée à développer le buzz autour de la mythologie de la saga avant de s’attaquer à la guerre des machines. La production de Terminator Renaissance est lancée le 5 mai 2008 avec McG "Charlie Et Ses Drôles De Dames" aux commandes, sans Nick Stahl, sans Claire Danes et sans Schwarzenegger. John Brancato et Michael Ferris conservent néanmoins leur place de scénariste. Christian Bale, grand habitué des héros torturés (The Dark Knight) ou de leader d’un monde apocalyptique (Le Règne Du Feu) enfile quand à lui la tenue de guerre de John Connor. Très exposé sur le Net, le film bénéficie avant sa sortie d’une réputation mitigée. Verdict : Terminator Renaissance est un film désincarné qui n’a pas le quart de la puissance de ses prédécesseurs, mais reste néanmoins un blockbuster faisant passer un bon moment.

Terminator Renaissance
 

Le Terminator de McG nous plonge donc dans cet univers apocalyptique que les films précédents avaient très justement évité d’approfondir. On y suit Marcus, humain condamné à mort transformé en cyborg par Cyberdine qui se réveille en 2018 durant la guerre contre les machines. John, Kate et la résistance détectent un signal de Skynet et s’apprêtent à frapper un grand coup pour éradiquer le centre de génération des robots. Marcus rencontre Kyle Reese adolescent et celui-ci le mêle au destin de la résistance avant de se faire emprisonner par les machines au centre de Skynet. John Connor est ainsi confronté au choix de ne pas frapper pour éviter d'éliminer son père, seul espoir de leur victoire.
Ce court résumé pose la perte de nombreux points d’ancrage de la saga. Plus de cyborg envoyé dans le passé, plus de repères présents, plus de Dr. Silberman (j'aurais bien aimé), plus de jugement dernier. Nous sommes dans un univers parallèle plongé dans la SF. Le scénario se devait de reposer sur un élément fort pour rattraper l’hermétisme du postulat de départ. Une identité visuelle identique aux premiers aurait également pu porter le projet. Répondant aux réalisations propres et précises de Cameron et Mostow, McG fait un choix très actuel. Il débute son film par des plans séquences rappelant des spots de l’armée, noyant la guerre des machines dans une photo délavée et une réalisation énergique, utilisant la légendaire shaky-shaky-cam qui a beaucoup travaillé ces dernières années pour faire un cinéma dans la plus pure tradition du néo-réalisme machin truc. Les scènes d’action sont correctement orchestrées et on ressent nettement qu’une vision globale de la guerre des machines n’aurait pas pu se faire auparavant, mais le tout manque cruellement d’emphase. La mise en scène semble chercher à tirer vers le bas toute la portée du projet en ne marquant aucune des scènes clés. Terminator Renaissance est banal. On ne ressent pas la patte particulière de McG, ni le lien avec les premiers, ni même un souffle de renouveau. La guerre que nous avons fantasmé à travers les images de James Cameron n’est plus là. Nous nous trouvons dans un futur apocalyptique à mi chemin entre Les Fils De L’Homme et Mad Max 2 (livré avec l’enfant en packaging) qu’on aurait saupoudré une forte dose de SF. En somme, rien de bien neuf.

Terminator Renaissance
 


LA MENACE FANTOCHE
Le déjà-vu ambiant se double du trop peu d’efforts scénaristiques pour élever la réalisation. Terminator Salvation recèle quelques idées, mais souffre irrémédiablement de l’absence d’une ligne claire et assez accrocheuse pour compenser ce qu'il ne peut plus nous offrir. A ce stade de la franchise, le mic-mac temporel installé par les précédents opus ne fait que s’intensifier. La mise en danger du jeune Kyle Reese (Anton Yelchin, brillant choix de casting) était un ressort inévitable mais n’arrive jamais à atteindre le stade de menace des précédents, la faute à la réalisation, au score inégal de Danny Elfman, mais aussi à un scénario confus qui ne sait pas se focaliser sur l’essentiel. Le film noie ses personnages dans le décor au lieu de les développer au sein de l’histoire. Il met de côté l’ironie noire du premier et l’humour des suivants pour nous plonger jusqu’au cou dans un sérieux qui finit par tuer l’humanité des personnages. L’iconisation de John Connor est balbutiante, Christian Bale ne parvenant guère à dépasser son registre habituel. Le potentiel de Kate Brewster n’est pas plus utilisé (ce sera peut-être pour plus tard) et il n’y a aucun personnage qui se détache assez pour créer un coup de projecteur sur la résistance. L’aventure de Marcus Wright est, par contre, digne d’intérêt. Sorte de Robocop inversé à mi-chemin entre l’homme et la machine, et anomalie proclamée dans la continuité de la saga, Marcus est le point d’ancrage du spectateur au cœur de cette guerre. Sam Worthington bouffe l’écran sur toutes ces scènes, volant la vedette à Christian Bale. En lieu et place de l’avénement du leader de la résistance ou de la mise en danger de toute son histoire par l’emprisonnement du père-adolescent, on se retrouve à suivre avec intérêt l’aventure de cette machine qui se croit humaine et qui découvrira qu’elle est sous le joug d’un programme. C’est la partie du film qui restera, même si elle est toutefois plombée par la confusion des intrigues annexes. Le parasitage s’expliquerait en partie par la production mouvementée du film. La première version du script de Brancato et Ferris aurait été réécrite à la demande de Bale, d’abord envisagé pour le rôle de Marcus, mais qui lui préférait celui de Connor. L’histoire originale aurait porté principalement sur Marcus et Kyle Reese, élaguant au passage les quelques incohérences sur la réaction de Skynet et l’inutilité de certaines scènes impliquant John Connor. Le John Connor de la version originale du script ne serait que peu présent et obligé de se cacher. Une idée nettement plus séduisante que cette succession de scènes proposant un dernier espoir de l'humanité qui n'a aucun scrupule à risquer de se faire canarder.

Terminator Renaissance
 

Le spectateur connaisseur saura néanmoins séparer le bon grain de l’ivraie en savourant la première confrontation entre Reese et un sympathique governator en CGI, notant une référence musicale au passé, appréciant le cheminement logique d’une photo vue dans le premier chapitre ou des mots qui furent autrefois prononcés dans une autre bouche. Un plaisir de consolation qui rappelle celui de la prélogie Star Wars auquel s'ajouteraient les joies de la gymnastique temporelle. Bale concurrence autant le John Connor de la légende que Hayden Christensen éclipsait Dark Vador aux yeux du spectateur. Le novice aura également du mal à apprécier la destinée de ce sauveur, beaucoup trop abstraite à la seule vision du seul film. Il reste que s’il implique peu, ce Terminator Salvation est divertissant, offre de bonnes scènes d’actions et le portrait touchant d'un robot / criminel qui cherche à se racheter une humanité. Sam "Marcus" Worthington, principal intérêt de cet opus, ne rempilant pas pour le prochain, on peut se poser des questions sur l’intérêt de poursuivre dans le sens d’une trilogie. Les résultats décevants du film au box-office sembleraient légitimer ces interrogations.

6/10
TERMINATOR SALVATION
Réalisateur : McG
Scénario : John Brancato, Michael Ferris & Jonathan Nolan
Production : Jeff Silver, Moritz Borman, Derek Anderson, Victor Kubicek
Photo : Shane Huribut
Montage : Conrad Buff IV
Origine : USA
Durée : 1h48
Sortie Française : 3 juin 2009




   

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