Gérardmer 2010 #3

La chute du flaucon blanc

Affiche Gérardmer 2010

Cinquième premier film de la compétition officielle, Hierro de Gabe Ibanez a soulevé une légère polémique quant à l’opportunité de sa présence au festival. En effet, l’histoire de cette mère recherchant à tout prix son enfant disparu de manière mystérieuse, bien que marquée par une ambiance fantastique, ne contient aucun élément surnaturel stricto sensu.


Comme pour beaucoup d’autres œuvres projetées cette année, il y a dans Hierro "à boire et à manger" dixit Vendetta. "A son crédit, une réalisation au couteau : l’accident de voiture ouvrant le film prend directement le spectateur à la gorge. Gorge gonflée de bonheur par la suite grâce à un très secouant cat fighting dans un camping-car faisant immanquablement penser à Kill Bill 2 (rien que ça)". L’interprétation est également de qualité : la très belle Elena Anaya s’implique totalement dans son rôle et mériterait un prix pour sa  prestation. Zug confirme : "Esthétiquement Hierro est très beau, l'actrice principale magnifique (la meilleure séquence, bien trop courte, est celle où elle nage nue) mais la sécheresse de l'environnement semble générer une sécheresse des sentiments à l'égard de cette femme recherchant éperdument son petit garçon". "Le récit fait du sur-place et comporte des lourdeurs trop préjudiciables (personnages inutiles, allusions incessantes au cache-cache… ok, on avait compris les deux premières fois)" râle Vendie. D'ailleurs pour Macfly "les seuls intérêts du film sont le déprimant paysage du sud-est espagnol, rarement vu au cinéma, et la plastique de l'actrice principale".

Hierro
Hierro


Affiche The Door La mâchoire remise en place, les Ouvreuse-boys prennent la porte : Dans The Door de Anno Saul, David, père négligent (il laisse sa gamine seule courir après les papillons près de la piscine pour aller tringler la voisine), ne peut que constater les dégâts : la mort par noyade de la petite. Au fond du trou, il lui est donné la chance de se refaire. Traversant un étroit passage aboutissant à une porte, il en franchit le seuil pour se retrouver cinq ans auparavant, pile au moment du drame. Mais que faire après avoir sauvé sa fille ? Repartir aussitôt ou profiter quelques instants de sa présence ? De cette hésitation et de la résolution de sa confrontation avec son double découleront d'autres questionnements. Par sa bonne action, David pense avoir droit au bonheur mais il va falloir le mériter et cela passera par son intégration dans la communauté du quartier.

Zug s'est attaché au Saul : "Le postulat fantastique plutôt ténu permet de dérouler un récit remarquablement construit autour de la rédemption de son héros. Chaque victoire dans son acceptation par les autres étant méthodiquement chamboulée par un détail, un comportement. Un grand prix amplement mérité qui rappelle Un Jour Sans Fin et le loner X-Filien Bienvenue En Arcadie et qui propose d'intéressants dilemmes éthiques".
Car The Door n'est pas seulement un Saule pleureur. Vendetta renchérit : "Pour sa première incursion dans le fantastique, Anno Saul n’avait pas choisi la facilité : voyage dans le temps, deuil impossible d’un enfant et meurtres sauvages dans un quartier résidentiel. Et pourtant, en seigneur, Anno s’en tire bien. Des personnages attachants et un scénario ayant la bonne idée d’éviter de s’appesantir sur les inévitables problèmes de paradoxes temporels (ce n’est pas la question ici) maintiennent l’attention du spectateur tout au long du film. Saul réussit même à trouver un équilibre improbable entre drame violent et comédie et ce aux moments les plus inattendus (le voisin qui hurle devant le héro pour prouver la bonne qualité de l’insonorisation de sa maison… sans expliquer le pourquoi de cette insonorisation). Aidé par un casting sans faille (la gamine est stupéfiante de justesse), The Door mériterait sans le moindre doute une sortie salle" (nd nicco : sans paillasson alors ?).

The Door
The Door


Affiche 5150, Rue Des Ormes Avant dernier film de la sélection officielle, 5150, Rue Des Ormes du canadien Eric Tessier est un étonnant huis clos qui, "malgré un léger essoufflement à mi-parcours, demeure captivant de bout en bout" assure Zug. "La croisade de Beaulieu le Juste (éradication de la lie de l'humanité pour accomplir son projet secret) va finalement contaminer jusqu'à l'obsession Yannick, étudiant en cinéma au mauvais endroit au mauvais moment, décidé à démontrer qu'il vaut mieux que son geôlier. Une ambiance poisseuse bien servie par des personnages déstabilisants : le patriarche est terrifiant et sa fille adorée manie l'ambivalence à merveille. Particulièrement attirante physiquement (sans avoir l'allure d'un top model) elle est sujette à de régulière explosions de violence envers le séquestré dès qu'il remet en cause le "travail" de son père dont elle est presque prête à reprendre le flambeau."
Vendetta ajoute et avoue : "C’est mon coup de cœur. Et pourtant, on pouvait craindre le pire. Film canadien francophone, le syndrome "accent des têtes à claques" risquait de désamorcer toute tension et de rendre comique des scènes censées faire frémir.
Et là, c’est la baffe. Avec son traitement très premier degré de son histoire de serial killer illuminé se croyant du bon côté de la barrière, Eric Tessier parvient à atteindre le glauque de certains épisodes de Millenium, rien de moins. Les thèmes du film sont multiples : la religion, la maltraitance parentale, la justice... Bien que marqué par une réalisation fort télévisuelle, le récit reste d’une efficacité maximum et se permet même des scènes proprement glauques (le tabassage de la mère par le père met très mal à l’aise). Servi par un acteur extrêmement impressionnant dans le rôle du patriarche Beaulieu, capable de passer de la bonhommie la plus joviale à une violence sans limites, le film captive de bout en bout. Une réussite."

5150, Rue Des Ormes
5150, Rue Des Ormes


Affiche Les Témoins Du Mal Ce qui est loin d'être le cas du dernier film de la compète, le trop bien nommé Les Témoins Du Mal de Elio Quiroga, deuxième film espagnol du festoche, énième récit sur la difficulté de vivre le deuil d’un enfant (thématique décidément omniprésente lors de ce Gérardmer 2010), No-Do pourrait être résumé par la formule de sous-Orphelinat. Mais cela serait probablement sévère. Certes, l’histoire ne brille pas par son originalité (nd nicco : ha ça…). Certes, la narration est très (trop) linéaire (nd nicco : tu m'en diras tant). Oui, la plupart des rebondissements sont prévisibles (nd nicco : même en dormant je les voyais venir). Mais pourtant, ça marche (nd nicco : ça se discute…). On a envie de connaître la suite de l’histoire, chose que l’on ne ressentait que vaguement dans un Hierro souvent trop contemplatif. Vendetta complète : "A noter un gimmick visuel et narratif malheureusement sous-employé : les faux documentaires tournés par la télévision propagandiste sous l’ère de Franco, aussi dévouée à la cause de l’Eglise qu’à celle du dictateur espagnol."

Les Témoins Du Mal
Les Témoins Du Mal



SÉLÉCTION COURTS-MÉTRAGES
C'est Vendetta qui se charge des courts-métrages, car c'est court, rapide, ça lui laisse du temps pour son papier sur Morse.

Entre Deux
de Béatrice Espinasse & Hugues Espinasse
Thierry Frémont n'a pas de pot. Après avoir vu sa famille massacrée dans le film d'ouverture du festival, Dans Ton Sommeil, il lance les hostilités de la séance courts-métrages en se retrouvant enchaîné dans une cave étrange.
Mais le véritable malchanceux dans cette histoire, c'est bien le spectateur, forcé de subir pendant 17 minutes cet incompréhensible récit fait de tortures à base de jet de gelée au visage du personnage principal et de cauchemars abscons, pour s'achever par la renaissance/réincarnation du héros sous de meilleurs auspices. Caractérisé par une absence de direction d'acteur (Frémont est en freestyle la quasi entièreté du film) et un traitement du scénario léger.

La Carte
de Stefan Le Lay
Basé sur une idée originale (un personnage d'une carte postale en couleur tombe amoureux d'une jeune femme sur une carte postale en noir et blanc et fait tout pour la rejoindre), La Carte n'est pas sans rappeler l'excellent court de Pixar Knick Knack. Chose relativement inhabituelle dans un court, le réalisateur se permet même de complexifier sa narration tout en restant parfaitement logique avec son postulat de départ : ainsi, le héros trouvera son "double" dans une carte postale similaire à la sienne.
Bien que les effets spéciaux ne soient pas toujours à la hauteur, en particulier les passages d'une carte à l'autre, cela n'entame pas le charme désuet de l'histoire. Tati n'est pas loin. Sans être inoubliable, c'est mignon, dans le bon sens du terme.
A noter que pour une fois, le petit chien ne survit pas. C'est Emmerich qui va râler.

Toute Ma Vie
de Pierre Ferrière
La première surprise vient du casting : Vincent Desagnat dans un court fantastique ? Et le truc vraiment fou, c'est qu'il a choisi ce court pour être bon. On peut même avancer l’idée que le réalisateur Pierre Ferrière s'est servi de l'image que l'acteur traîne (copain de Michael Youn, mec rigolo…) et a intégré celle-ci au bénéfice direct de l'intrigue et de l'élément de surprise clôturant son film. Plutôt futé.
D'autre part, pas question de parler de twist pourri ici : tout est mis en place subtilement du début à la fin de l'histoire pour nous conduire irrévocablement à la révélation finale et au choc (le mot est adapté) glaçant que celle-ci constitue.
Formellement très abouti et d'une efficacité redoutable, Toute Ma Vie est, de très loin, le meilleur des courts présentés à Gérardmer cette année.

Toute Ma Vie
Toute Ma Vie


Les Naufragés
de Matthieu Frances
Un couple de jeunes gens dont la femme est sur le point d’accoucher va passer le week-end sur la côte. L’homme disparaît rapidement et la femme doit faire face à une bande d’enfants bien décidés à lui prendre son bébé.
Assez paradoxalement, le principal reproche que l’on peut faire envers ce court est sa longueur : 27 minutes. On regrettera la présence de scènes inutiles alourdissant le récit : ainsi, le prologue dans la voiture ne sert absolument à rien. Scène d’exposition obligatoire pourrait-on nous répliquer. Sauf que non, dans un court, les enjeux gagnent à être rapidement et clairement identifiés, sinon le soufflé retombe.
Et ce n’est pas un montage mollasson qui aidera le spectateur à s’impliquer.
On retiendra un scénario intéressant (mais mal traité) et l’interprétation remarquable de Laura Sepul, dont la présence et le talent parviennent à rendre certaines scènes réellement poignantes (quel accouchement !). C’est peu, mais c’est déjà ça.
Zug intervient pour l'occasion : "C'est vrai que Les Naufragés est un peu trop long mais il est quand même bien foutu visuellement. On peut rajouter qu'il peut être considéré comme un intéressant prolongement au deuxième chef-d'oeuvre de Serrador, Les Révoltés De L'An 2000 tant l'ambiance s'en rapproche".

Barbie Girls
de Vinciane Millereau
La réalisatrice de ce court nous l’avait annoncé dans sa courte présentation précédant la séance : "Je suis super sympa". Déjà, on aurait plutôt tendance à se méfier de quelqu’un qui se présente ainsi, celui qui chante ses propres louanges sait que personne ne le fera à sa place, dit-on. Mais bon, passons. Le truc, c’est que c’est plutôt le court qui nous intéressait. Et là, malheureusement, le côté super sympa, il n’y a que la réal qui le voit. Bien sûr, le côté potache de l’histoire peut faire sourire : trois amies portant chacune un qualificatif les caractérisant (barbie-suicide, barbie-pas-de-bol, etc.) passent un week-end à la campagne, l’une d’entre elles pète les plombs et dessoude les deux autres. Et ça s’en tient là. Pas d’audace, pas de réel intérêt, pas de surprise, pas de talent et surtout, un esprit "petit malin" très agaçant. Oui, on sourira quelque fois. On ira jusqu’à rire, peut-être.
Mais finalement, ce court, c’est un peu l’équivalent de la chanson homonyme du groupe Aqua : on se marre en l’écoutant, mais on aurait honte d’en acheter le CD

La Morsure de Joyce A. Nashawati
Voilà l’énigme de la compétition. Comment un brouillon pareil a-t-il pu se retrouver dans la sélection officielle ? Une jeune femme se promène dans un parc avec une petite fille. La petite fille joue et la jeune femme parle avec son petit ami, qui la mord. La petite fille se fait mordre par un clodo. Fin.
Nous disions donc : néant scénaristique : check. Direction artistique inexistante : check. Photo abominable : check. Absence de la moindre tension : check. Acteurs sélectionnés pour leur non-jeu : check. Présence à l’écran des épaules et des pieds de Christophe Lemaire : check.
Résultat final risible : check.
Spectateurs consternés d’avoir du subir cette chose pendant huit longues minutes : check.


Affiche Splice Hors compétition, les festivaliers eurent la joie de découvrir entre autres le dernier Vincenzo Natali, Splice,
film de monstre fortement influencé par les obsessions de Cronenberg et qui se montre jusqu'au-boutiste dans la résolution de l'attirance (physique et morale) entre la créature et ses créateurs. Selon Zug, "il est dommage que Natali peine à créer la moindre empathie pour Dren tant son film s'avère des plus réjouissants dans ses moments de pure poésie et le caractère transgressif et parfois malsain de son récit". Macfly évite les boules de neige pour venir compléter : "Natali se débrouille plutôt bien quand il se lance dans des envolées gothiques ou quand il s'attaque à la famille et à l'éducation d'un enfant. Pas toujours au point (en particulier à cause des personnages), mais on se dit que ça ferait un super projet pour Spielberg".

Splice
Splice


Autre métrage très attendu, Survival Of The Dead de tonton George Romero. Pour les plus optimistes, le catastrophique Diary Of The Dead apparaissait comme un incident de parcours. Malheureusement, Survival Of The Dead vient confirmer que Romero est devenu un fou-vivant réduit à s'auto-parodier puisqu'il n'a plus rien à montrer. Même pas drôle ou touchant, affreusement pathétique, jamais nanar n'aura été si douloureux tant ce talentueux réalisateur s'enfonce dans la médiocrité. nicco ne revient toujours pas du dernier quart d'heure digne d'un gros ZAZ des familles : "Non mais faut le dire aux gens : le nouveau film de l'auteur de Zombies a pour seul et unique enjeu dramatique la question suivante : est-ce que oui ou non les zombies peuvent baffrer du cheval ? Ça m'a donné envie de mettre 10 euros sur Général Du Pommeau."

Survival Of The Dead
Survival Of The Dead



LE PALMARÈS

Prix du jury jeune : Possessed de Lee Yong-ju
Après Sauna l'année dernière, le jury jeune aime décidément créer la surprise.

Prix de l'inédit vidéo Mad Movies : Inside de Phedon Papamichael
Le festival de Gérardmer s'apparentant parfois à une compétition de triathlon Iron Man, la rédaction n'a malheureusement pas eu l'occasion de voir un seul des inédits vidéos proposés cette année. Failed.

Prix de la critique internationale : Moon de Duncan Jones
Premier prix récompensant de manière prévisible le meilleur film de la compétition officielle. Plus abouti, plus maîtrisé, plus intéressant, Moon n'avait pas vraiment de concurrence.

Prix du meilleur court-métrage : La Morsure de Joyce A. Nashawati
La surprise de voir la chose en compétition officielle a été éclipsée par la stupéfaction ressentie à l'énoncé du verdict.

Prix Syfy : La Horde de Yannick Dahan & Benjamin Rocher
Lot de consolation pour le film tout désigné à un prix du public qui s'est joué à quelques voix.

Prix du public : 5150, Rue Des Ormes de Eric Tessier
Une autre surprise, mais bonne celle-là. A l'applaudimètre pur et simple, tout le monde aurait pourtant misé sur La Horde. Espérons que ce prix donne une visibilité supplémentaire à ce remarquable thriller canadien qui la mérite définitivement.

Prix du jury : Moon de Duncan Jones
Ce prix ne faisait qu'amplifier le suspense final : mais qui avait donc bien pu gagner le Grand prix cette année si ce n'était pas Moon ?

Grand Prix Gérardmer 2010 : The Door de Anno Saul
Outsider oublié, Anno Saul remporte la récompense suprême au nez et à la barbe des principaux favoris.

The Door
The Door


Pour la deuxième année consécutive après Morse de Tomas Alfredson, le Grand Prix récompense un auteur novice du fantastique. Peut-on y voir une conséquence des difficultés qu'éprouvent les réalisateurs fans du genre à prendre suffisamment de recul pour le faire évoluer ?
Peut-être aussi est-ce pour cela, comme nous le soulignait le routier du festival vosgien Rottweiler, que Gérardmer se consacre moins aux films purement fantastiques et d'avantage aux drames un peu mornes sur les bords avec une pointe de fantastique pour montrer combien la psychologie de l'héroïne est 'achement super-profonde.
Ce ne serait sûrement pas un mal de voir un peu plus de Horde ou de Splice que de Hierro. Nous verrons bien l'an prochain !


Tous nos remerciements à Public System Cinéma et aux bénévoles du festival !

Moon
Moon


Gérardmer 2010 - Partie #1

Gérardmer 2010 - Partie #2




   

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