Swiss Army Man

Le temps détritus

Affiche Swiss Army Man

Le propre du discours par labels est que l'intention y vaut l'action. C'est évidemment une grande limite intellectuelle à plus ou moins long terme mais pour satisfaire l'immédiat catalogue des vanités culturelles, ma foi, ça contente.


Ainsi, prenons un premier long-métrage mettant en scène un individu mal-aimé, en proie au doute filial, marginal et confronté à un environnement sauvage. Collons-lui un compagnon gogole, grégaire, capable d'avaler tout ce qui passe à proximité du museau pour enjailler l'audience, soit le
geek historique des villages et carnavals. Imaginons que par un formidable travail d'écriture et de mise en scène, ce premier effort parvienne à nous étonner, nous passionner, nous faire rire, et in fine nous émouvoir au sein même de l'espace mental d'un psychotique qui se terre dans les bois avec un cadavre pour mieux stalker la milf de ses rêves. Bref, prenons l'extraordinaire Swiss Army Man.

Swiss Army Man

D'une époque qui piaille sans faillir son désir d'évasion, de subversion et de
geek culture, on pourrait attendre qu'elle accueille en grandes pompes dans nos salles ce premier long de Dan Kwan et Daniel Scheinert (déjà connus pour leurs clips et courts en tant que Daniels). Paf, après quelques plébiscites festivaliers, c'est dans nos bacs de DTV cet automne et sur Netflix en mars qu'échoua dans une indifférence malpolie une des plus belles bandes de ces dernières années. Lambeaux de la cinéphilie labels.
Car Swiss Army Man ne discourt pas ni n'étale de check-list, Swiss Army Man s'échine avant tout à être un film de cinéma qui laisse au spectateur la magnifique tâche de faire lui-même le point sur ce qu'il a devant les rétines, puis d'en assimiler les conséquences. En cela, par le travail sur le point de vue du personnage de Paul Dano, naufragé suicidaire sur une petite île déserte, par la trituration de codes actuels (les hyper-cuts d'Edgar Wright, entre raccourcis habiles et ellipses comme frontières du monde fantasmatique du héros, l'abus de longues focales désaturées pour la reconstitution des souvenirs du mort Daniel Radcliffe), par ce décorum de nature dégueulasse jonchée de détritus comme indices d'une société refoulée, les Daniels font preuve de subversion. La vraie subversion, lorsqu'une œuvre parvient en son sein à renverser les normes et valeurs, lorsqu'elle nous plonge dans l'âme d'un névrotique, d'un illuminé, pour nous faire adhérer à sa cause. La beauté ou l'audace ne se retrouveront pas dans un film qui nous prend par le col en tonnant ses intentions. Mais un film qui nous embrasse et nous plaque au sol pour voir, pour aimer la vie selon la plus démente des perspectives, pour nous subjuguer par un baiser sous-marin entre un travelo et un macchabée, c'est un objet splendide.

Swiss Army Man

Des petits gars derrière la majestueuse ode à la contagion par le bouli qu'est leur clip pour le tube de DJ Snake & Lil Jon Turn Down For What on pouvait s'attendre à ce qu'ils reconvoquent la folie joyeuse et le pénis motorisé, pas forcément à ce qu'ils livrent le Dodes'kaden de la génération Instagram. En attendant de voir ce que donnera la suite de leur carrière au cinéma, cette bromance au souffle aventurier évident et à l'aspiration BD décomplexée laisse augurer du meilleur (dans un monde parfait on leur confierait illico un Spirou de la franchise à venir). On a qu'à interpréter la présence du réalisateur d'une autre pépite sous-distribuée, Shane Carruth, venu parrainer la paire lors d'un caméo, comme une bonne augure. 

 


SWISS ARMY MAN
Réalisation : Dan Kwan & Daniel Scheinert
Scénario : Dan Kwan & Daniel Scheinert
Production : Miranda Bailey, Lauren Mann, Jonathan Wang...
Photo : Larkin Seiple
Montage : Matthew Hannam
Bande originale : Andy Hull & Robert McDowell
Origine : Suède / USA
Durée : 1h37
Sortie française : 




   

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