Rien Que Pour Vos Cheveux

Queer chevelu

Affiche Rien Que Pour Vos Cheveux

Avant d’être un terme récupéré par la mouvance gay, "queer" signifiait "étrange", "peu commun". Autrement dit, une parfaite définition de l’hilarant Rien Que Pour Vos Cheveux, incontestable réussite de l’été 2008.


Car Rien Que Pour Vos Cheveux est à ranger entre un chevalier noir qui casse tout, un croco bouffeur de touristes et un robot amoureux, autres bonnes grosses baffes cinématographiques. Un film pourtant passé pratiquement inaperçu dans la torpeur de l’été finissant, la faute à un titre et une affiche française bien pourris, un doublage assez limite et le manque de reconnaissance dont pâtit Adam Sandler et plus généralement les autres génies du Saturday Night Live.

Petit rappel, le SNL est cette émission célébrissime aux Etats-Unis, déclinée dans nos contrées par Les Nuls et leur Emission, dont sont issus les Will Ferrer, Steve Carell, Paul Rudd, Ben Stiller, Owen Wilson ou David Koechner, responsables des meilleures comédies de ces dix dernières années : La Légende De Ron Burgundy, Back To School, Ricky Bobby, Roi Du Circuit, 40 Ans, Toujours Puceau, Dodgeball… La liste est encore longue.
Irrésistibles dès lors qu’ils évoluent en équipe, ils deviennent quelconques une fois en solo. Steve Carell dans Evan Tout-Puissant faisait ainsi peine à voir. Il en va de même d’Adam Sandler qui n’a jamais pu trouver de film digne de son talent. Formidable de retenue et de sensibilité chez Paul Thomas Anderson et son méconnu et très bon Punch-Drunk Love, il parviendra à exprimer par intermittence son talent comique dans les sympathiques Happy Gilmore, Big Daddy ou Quand Chuck Rencontre Larry. Pourtant en 2000, il est la vedette d’une des plus grandes schtarmbouzerie (copyright Rafik) de l’histoire, le complètement barré Little Nicky. Trop fou, trop délirant, trop drôle, trop nimportenawak, bref un trop plein qui aura desservi ce véritable O.F.N.I (Objet Filmique Non Identifié), injustement honni par des critiques et des cinéphiles apôtres du bon goût. Après huit ans à ronger son frein, Sandler nous revient donc au sommet de son art avec ce Rien Que Pour Vos Cheveux où il interprète un super agent du Mossad qui décide de tout lâcher afin de devenir coiffeur à Manhattan.

Débutant comme une satire énervée de James Bond (les vingt premières minutes sont à se tordre de rire), le film change de registre en même temps que son héros change de profession et propose une habile chronique sociale complètement déjantée où Zohan l’émissaire de la paix règle les problèmes à coups de bassin et de déhanchements lubriques. Rien Que Pour Vos Cheveux se permet tous les délires, les gags les plus délicieusement débiles, grossiers ou outranciers sans jamais verser dans la vulgarité et la provocation gratuite. Mais ce qui caractérise la bande est avant tout son absence de tabous, qu’ils soient politiques, raciaux ou sexuels. Ainsi, les clichés inhérents aux communautés juives et arabes sont tellement excessifs qu’ils explosent en même temps que le rire. Ce sont les compatriotes de Zohan qui tiennent un magasin de Hi-Fi en perpétuelle faillite, la hot-line du Hezbollah, le hacki-sack, le houmous véritable ciment alimentaire et ethnique qui sert également de pâte dentifrice…
Un joyeux délire dans lequel notre bon Zohan pousse la conscience professionnelle à satisfaire jusqu’au bout les clientes du salon de coiffure. Et là, le film touche au sublime. Comment qualifier autrement ces scènes hallucinantes où un simple shampoing prend des proportions orgasmiques ? Au-delà du délire d’une gérontophilie aggravée (les clientes affichant entre 65 et 95 ans au compteur !), Zohan exprime dans l’arrière boutique, et ailleurs, une sexualité libérée de toutes contingences sociales, raciales ou religieuses. Autrement dit, Zohan, en véritable adepte du Flower Power, ne pense qu’à satisfaire en toute innocence et honnêteté la gente féminine.

Rien Que Pour Vos Cheveux
"Ouéééé, je kiffe aussi les femmes fontaine"


Plus intrigant, le récit de Rien Que Pour Vos Cheveux se déploie dans le contexte du conflit israélo-palestinien, l’abordant sans préjugés et de manière intelligente à l’échelle d’un quartier. Cette lutte historique de territoires retrouvant une échelle humaine une fois "transférée" à Manhattan. Le film voit ainsi les juifs et les palestiniens faire cause commune pour endiguer la menace de l’Ordre Capitaliste, incarné ici par un promoteur adepte lui de la tabula rasa. Une résolution simpliste bien que limpide et qui s’avèrera au final un brin décevante quand tout ce beau petit monde jouira du rêve américain dans un centre commercial dédié à la fraternité.


ZOHAN RETURNS
Que se soit ce groupuscule d’extrême droite absolument désopilant, nid d’obsédés des armes à feu et de Mel Gibson et ses Arme Fatale, le caméo de Mariah Carey exprimant avec une drôlerie féroce le cynisme de l’industrie du spectacle ("Ouiii, moi aussi je t’aime petit homme excité, va acheter mon disque !"), Rien Que Pour Vos Cheveux tape sur tout le monde et n’a peur de rien. Pas même de considérer Zohan comme un personnage mythique que le film s'ingéniera à confronter à sa propre légende. A l'instar de Snake Plisken dans New York 1997 ("Je te croyais mort Snake"), la reconnaissance par ses compatriotes se fera avec une certaine déférence ("Mais tu es LE Zohan"). Le métrage se permettant même l'audace d'une mise en abyme digne de Kill Bill où le personnage de Zohan, invincible dans la fiction d'action, sera rudement mis à l'épreuve de la réalité une fois débarqué dans la Grosse Pomme, un environnement où il apparaît pour le moins inadapté. Ni d’envisager les rêves de changement de ses personnages principaux comme une conviction profonde autant que l’expression d’une réussite purement libérale. Un rêve américain qui aura contaminé Zohan (il phantasme devant la vitrine du salon de Paul Mitchel, s’imaginant en superstar disco du coup de ciseaux) comme son ennemi héréditaire le Phantom (formidable John Turturo) qui ouvre sa chaîne de fast food hallal une fois Zohan parti. Ce même Phantom qui, pour affronter Zohan à New York, se prépare à la manière de Rocky dans une séquence proprement hilarante.

Rien Que Pour Vos Cheveux
 

Mais ce qui fait définitivement le charme de Rien Que Pour Vos Cheveux, c’est que le film est une relecture aussi improbable que drôle de Superman. Et oui, oubliez le géant vert, la wanted attitude d’un ado en pleine crise, même The Dark Knight moins super-héroïque que psychologique et dramatique, le super-héros de cet été n’est autre que The Zohan ! Une évidence complètement gommée par ce stupide titre français (on ne l’écrira jamais assez). Il est capable d’arrêter les balles avec ses dents, ses doigts, ses narines même. Insensible aux lois de la physique la plus élémentaire, il gravit les parois avec une grâce et une légèreté digne du wu xia pian. Il nage littéralement comme un dauphin. Etc, etc, etc...
L’analogie est carrément prégnante une fois envisagé les attributs de chaque récit. Comme Superman, The Zohan quitte l’état d’Israël (Krypton) pour se rendre à New York (la Terre) et tel un messie répandre un message universel de paix. Ainsi que sa semence, certes. Comme Superman, il change d’identité et d’apparence afin de se mêler incognito à la populace, Zohan devenant Scrappy Coco, le roi du ciseau et du volume capillaire. Ultime pièce au dossier (et pas la moindre), les deux personnages sont reconnaissables à leur costume emblématique. Superman par sa cape rouge, Zohan par son slip XXXL. Un accessoire brandit par le Phantom pour signifier sa victoire sur un Zohan sévèrement membré comme l’illustre le gag le plus "autre" de l’Histoire, la scène d’adieu où il fait au revoir de sa main et sa bip !

Critique exceptionnellement longue (je m'en excuse) et qui pourtant n'aborde que partiellement l'ampleur comique du film. Oui, Rien Que Pour Vos Cheveux est extrêmement drôle. Mais il sait également se montrer touchant et plus fin que ne les laissent supposer les gags scabreux. Pourtant, si les critiques se sont montrées pour une fois réceptives, elles contenaient mal leur gêne d’avoir trouver ce spectacle aussi drôle. En gros, "On se marre mais c’est con comme la lune". Comme si le plaisir primaire de rire telles des grosses otaries bourrées à la bière était répréhensible, limite honteux.
Alors rassurez-vous, comme le houmous, cette pâte crémeuse d'origine libanaise à base de pois chiches, d'ail, de jus de citron, d'huile d'olive, de purée de sésame et de paprika, Rien Que Pour Vos Cheveux est une comédie épaisse, relevée et épicée mais étonnamment digeste. Un film qui mérite les éloges et le succès. Parce qu’il le vaut bien (vous ne pensiez tout de même pas y échapper ?!) !

7/10
YOU DON'T MESS WITH THE ZOHAN
Réalisateur : Dennis Dugan
Scénario : Adam Sandler, Robert Smigel, Judd Apatow
Production : Adam Sandler, Robert Smigel, Barry Bernardi...
Photo : Mickael Barrett
Montage : Tom Costain
Bande originale : Rupert Gregson-Williams
Origine : USA
Durée : 1h53
Sortie française : 27 août 2008




   

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