Nothing

Les habitants de l'infini

Affiche Nothing

Quasiment quatre ans jour pour jour après sa sortie nationale, Nothing arrive enfin chez nous. On ne va pas s'étendre de nouveau sur cette étrange pathologie qui frappe les distributeurs français. Mais cette régularité dans l'inertie face à des films US un peu plus compliqués à vendre que la moyenne laisse stoïque…


Six ans après
Cube (dix pour nous, donc) et un rapide détour par Hollywood pour remaker le Seconds de Frankenheimer (Cypher), Vincenzo Natali revient au bercail et au film concept pour nous conter l'histoire de deux asociaux libérés dans le néant, ce qui paraît assez cohérent quand on a enfermé auparavant six gens normaux dans une rubik's cage.

Nothing
Boom! Worldshot!


Dave et Andrew sont deux geeks totalement inaptes à la vie en société (pléonasme), dépourvus d'un système immunitaire contre la violence et l'absurdité du monde. Absurdité renforcée par des renvois au
Brazil de Gilliam : indications temporelles floues, décors parsemés de câbles et administration débarrassée de toute empathie (l'agent qui veut détruire la maison).
Lassés de subir les agressions extérieures et d'être de naïves victimes, les deux héros, qui désirent seulement qu'on les laisse tranquilles, en viennent à souhaiter être seuls au monde. Et les voilà qui se retrouvent dans le néant.

Nothing
 


Dès la séquence d'introduction, Dave et Andrew sont présentés sous forme de collages 2D, leur environnement ambiant étant incrusté derrière ou devant eux. Ils n'ont donc jamais vraiment fait partie du monde qui les entoure, et étaient destinés à s'en abstraire. Ce premier parti pris visuel est une amorce pertinente pour ce qui suit, la mise en scène du  "rien". Un rien prétexte à des idées visuelles fabuleuses, à un jeu avec les règles du montage ou à quelques effets de mise en scène bienvenues, comme le split-screen qui se conclue en fusionnant  les points de vues des deux caméras. Mais
Nothing atteint le statut de réel petit bijou lorsque Natali se sert du vide autour de ses personnages pour mettre en images des concepts abstraits telle que la relativité (le plan où Dave court autour de son camarade est juste génial et totalement cinématographique dans le sens premier du terme).

Nothing
Un des nombreux plans de Nothing avec lesquels Natali rend hommage au cinéma de Catherine Breillat


Le sujet du film aurait pu, bien évidemment, amorcer quelques pistes de réflexions intéressantes, ici seulement évoquées, comme lorsque le réalisateur se moque de ses contemporains qui résument l'existence au matérialisme ("On ne peut pas être mort, on a le câble !" s'écrit Andrew). Natali attendra d'ailleurs que ses protagonistes ne possèdent pratiquement plus rien pour différencier leurs réactions et l'illustrer à l'image, l'un portant un costume noir, et l'autre nu et recouvert de peinture blanche.
Dans
Cube, Natali faisait de l'enfermement et l'obligation de côtoyer des étrangers les causes d'un retour à l'individualisme. En plaçant Dave et Andrews dans un espace sans repère ni limite, le cinéaste se coupe tout possibilité d'illustrer son pessimisme autrement qu'en faisant de ses deux héros lâchés dans le néant des gamins insouciants, jusqu'à ce que la faim les tiraille, alors que le monde réel leur imposait une pression constante qu'ils ne comprenaient pas. Ainsi le fond se contente le plus souvent d'être aussi ludique que la forme, notamment avec les analogies aux jeux vidéo (les incrustations du jeu sur Dave, les héros sautent et rebondissent comme Super Mario, ils se passent des besoins physiologiques avec la pensée et effacent leur monde telles des données numériques). L'analogie peut se retrouver jusque dans la scène de suppression de souvenirs enfantins douloureux qui ont fait de Dave et Andrew des losers : ils customisent leur psychologie comme on customise l'apparence de son avatar vidéoludique. C'est d'ailleurs suite à cette séquence d'introspection que Dave comprendra le vrai sens du plaisir et Andrew aura enfin confiance en lui, et pourront finalement oublier tout tracas matériel.

Pour Natali, l'enfer c'est les autres, c'est évident, mais ce qui est rassurant c'est qu'il clame : "Le paradis, c'est soi-même". Soi-même ou rien.

7/10
NOTHING 
Réalisateur : Vincenzo Natali
Scénario : Vincenzo Narali, Andrew Miller & David Hewlett
Production : Steven Hoban, Vincenzo Natali, Hanno Huth…
Photo : Derek Rogers
Montage : Michele Conroy
Bande originale : Michael Andrews
Origine : Canada
Durée : 1h30
Sortie française : 29 août 2036 2007

 




   

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