BIFFF 2014 : Lord Of Tears

Tu t’es vu quand t’hibou ?

Affiche Lord Of Tears

Disons-le tout net, la programmation du 14 avril envoyait du très lourd au BIFFF. On a déjà expliqué tout ce qu’on pensait de l’inepte The Outing, qui représentait un début d’après-midi plutôt brutal. 


On pensait légitimement que ça ne pouvait pas être pire, qu’une fois passé le nanar de la journée, on pourrait à nouveau se consacrer aux affaires sérieuses. 
Comme avec Lord Of Tears par exemple, film écossais précédé d’une réputation extrêmement flatteuse (deux awards au Bram Stoker International Film Festival) et dont l’affiche, représentant un curieux boogeyman à visage et serres de hibou, était tout particulièrement intrigante. Que nous étions naïfs.

James, un professeur de littérature avec BORING écrit en lettres de feu sur son front bombé d’hydrocéphale, traverse une mauvaise passe : sa mère vient de décéder et ses nuits sont hantées par d’affreux cauchemars au cours desquels figure une étrange silhouette, à la fois rapace et humaine. Enfin bon, parfois, il alterne avec des rêves bizarres où apparaît Allen, son meilleur ami, mais ça n’est pas franchement mieux. Pressentant que les réponses à son trouble se trouvent dans son enfance, il décide de se rendre dans l’ancienne maison familiale dont il vient d’hériter. Et ce, malgré l’interdiction testamentaire expresse et formelle de sa mère d’y mettre les pieds.
Le manoir est sombre et isolé mais la présence de la pétillante Eve, une charmante jeune américaine, fait beaucoup pour égayer notre héros. Cependant, même celle-ci ne pourra ni protéger James du terrible secret que recèle la maison, ni les spectateurs du non-film qui lui sera imposé durant une heure et quarante minutes.

Lord Of Tears

L’écartèlement. C’est le mot décrivant le mieux l’état dans lequel est plongé notre cerveau au cours de la vision de cette chose. En effet, il faut gérer à la fois la désolation (la pitié ?) devant le niveau technique totalement lamentable, la frustration découlant d’une histoire accumulant clichés et incohérences et surtout le fou-rire incompressible face à des séquences propulsant Lord Of Tears au même rang que les nanars les plus mémorables jamais offerts à un monde qui n’en demandait pas tant. Difficile de savoir par quoi commencer pour en parler, d’ailleurs. La photo ? Indescriptible. Les dialogues ? Soit pontifiants jusqu’à l’overdose, soit d’une nunucherie que n’aurait pas osé Danielle Steel dans son journal intime d’adolescente. Le script ? Les rebondissements ne sont pas uniquement téléphonés : ils vous sont envoyés par mails, textos, inscrits sur votre mur Facebook, tweetés et collés à coups de Post-it sur votre nez.

Lord Of Tears

Et ça, c’est sans même évoquer les absurdités qui nous sont proposées, non seulement scénaristiques (on ne sait jamais vraiment si le manoir est un hôtel ou si il est abandonné, James ne sourcille pas lorsque Eve lui dit qu’elle habite dans les écuries, la mère lègue le manoir à James tout en lui ordonnant de ne pas y aller, etc.) mais parfois même tout bonnement scénographiques. 
Dans le style, impossible de ne pas citer ce grand moment : James se balade dans la maison et au détour d’un couloir, repère une porte devant laquelle se trouve une chaise censée bloquer le passage de visiteurs venant de l’autre côté. Il retire la chaise puis ouvre la porte qui donne sur la cave. Sauf que cette porte s’ouvre dans le sens extérieur… La conclusion est aussi aberrante qu’hilarante : une personne venant de la cave pourrait ouvrir sans la moindre difficulté la porte, chaise ou pas.

Lord Of Tears

On s’en voudrait de ne pas mentionner l’apport indéniable des acteurs, de complets inconnus mais partageant une rare maîtrise dans l’art de jouer complètement faux : entre un héros vieux garçon et geignard arborant une belle tête de victime, la pièce rapportée américaine, certes décorative mais se demandant visiblement ce qu’elle fait dans ce projet à la dérive et le meilleur ami, fusion délirante entre Jésus et Benoît Poelvoorde, c’est un peu le festival de l’incompétence et du miscast. Néanmoins, reconnaissons-leur qu’ils ne sont jamais aidés par une direction artistique que l’on aurait souhaitée inexistante. Car dans ce cas, l’interprétation aurait eu au moins une petite chance de parfois trouver le ton adéquat (après tout même une horloge cassée indique la bonne heure deux fois par jour). Or ici, tout espoir de ce genre est anéanti par les choix constamment déplorables du metteur en scène, transformant la moindre possibilité d’effroi ou d’émotion en marrade absolue (ou en insondable ennui).
De là nous touchons à l’aspect nanar du film, cerise sur le gâteau d’une séance qui aurait autrement été insupportable.

On retiendra bien évidemment  le passage au cours duquel Eve rejoint James qui barbote dans la piscine intérieure du manoir pour nous rejouer un décalque du clip My Lovely Horse de la série Father Ted. Mais cela n’arrive pas à la cheville de la scène hallucinante de la danse : sans la moindre raison, et pendant plusieurs minutes, Eve se met à virevolter dans le salon devant le sourire benêt de James. Si ça ne suffisait pas, la voilà qui se cache derrière les tentures et saisit l’abat-jour pour jouer avec. Le célèbre passage de Virus Cannibale au cours duquel un soldat affublé d’un tutu mauve se met à chanter Singin' In The Rain devant des zombies affamés vient de trouver un sérieux rival.

Lord Of Tears
De manière assez incompréhensible, le mot "lovecraftien" a été utilisé de ci de là pour parler de l’ambiance et du dénouement de Lord Of Tears. Que qui que ce soit ait pu envisager une seule seconde d’accoler ce qualificatif déjà si souvent galvaudé à un tel film dépasse l’entendement. Mais dans un sens, ça n’est pas forcément faux : regarder un cousin éloigné de la Pie Qui Chante jouer à cache-cache avec un cinquantenaire ventripotent dans une cave de la taille d’un débarras encombrée de boîtes en carton, ça donne effectivement une certaine idée de l’indicible.
Au final, on n’a rien vu d’aussi grotesque et tout simplement nul depuis le calamiteux Lords Of Salem de ce baltringue de Rob Zombie (ah, Sherry Moon Zombie qui se fait mater pendant son sommeil par Passe-partout déguisé en diable, qui joue à la Wii avec le cordon ombilical d’un bébé démoniaque ou qui serre contre sa poitrine un clone de Paul le poulpe… que de souvenirs).

Bref, Lawrie Brewster, retenez bien ce nom. Mais ne vous sentez pas forcé de regarder son film.




LORD OF TEARS
Réalisateur : Lawrie Brewster
Scénario : Sarah Daly
Production : Lawrie Brewster, Sarah Daly, Zeke Hanson…
Photo : Gavin Robertson
Montage : Lawrie Brewster
Bande originale : Andy McDonald & Craig Sutherland
Origine : Grande-Bretagne
Durée : 1h40
Sortie française : inconnue




   

Commentaires   

 
0 #1 spitribe le vendredi 09 mai 2014 à 16:40
je plussoie 100 fois cette assertion perfide concernant le dernier rob zombie, un non film fauché (c'est pas un défaut), a la production design risible, boursouflé par le je m'en foutisme autosatisfait et bavard de son auteur, et surtout plombé par la fascination pour sa muse... jamais compris comment vos collègues de capturemag avaient pu manifester une telle indulgence vis à vis de cette bouse 0_o
Désolé pour le HS mais ça fait du bien.
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