Blue Ruin

Sang maudit

affiche blue ruinPorté par la Quinzaine des Réalisateurs de ce festival de Cannes 2013, débarque des Etats-Unis un beau spécimen de film noir sec et sans concession, le second film d’un réalisateur prometteur.


Section parallèle du Festival de Cannes créée par la Société des Réalisateurs de Films (SRF), la Quinzaine des Réalisateurs fait découvrir chaque année hors compétition des longs et courts-métrages de fiction et des documentaires. Au fil des années, les premiers films de Jim Jarmush, Werner Herzog, Nagisa Oshima, George Lucas ou Spike Lee sont passés par la Quinzaine, et pas moins que l'année dernière l’excellent Gangs Of Wasseypur d’Anurag Kashyap et le grinçant Touristes de Ben Wheatley. La SRF n'hésite pas à défendre des films qui leur ont tapé dans l’œil, qu’ils soient finis ou pas. Ce fut le cas de Blue Ruin de Jeremy Saulnier lorsqu’il rejoignit sur un coup de coeur la sélection menée par Edouard Waintrop. Ce deuxième film du réalisateur de Murder Party (2007), dont les fonds ont été en partie réunis sur Kickstarter, n’obtint son montage final que peu avant son passage sur la Croisette, pour notre plus grand plaisir.

Blue Ruin
 
Dwight est un clochard sans avenir, dont la vie de débrouilles est bouleversée par la sortie de taule du type qui a tué ses parents. Il décide de supprimer le coupable, avant de se rendre compte que son acte dépasse totalement l’homme médiocre qu’il est. Il lui faudra protéger sa sœur et sauver sa propre vie au cœur d’une vendetta qui n’est pas prête de se terminer.

Dwight est un loser pathétique, un paumé qui pourrait rejoindre la longue liste des losers Coeniens, car Blue Ruin contient cette tension durable présente dans Blood Simple ou No Country For Old Men, ce nœud qui vous prend aux tripes à chaque nouveau palier franchi vers l'inéluctable, avec un décalage ordinaire aussi typique qu’effrayant. Blue Ruin ne montre pas d’abord ce qu’il est : plus qu’un noir donnant le point de vue d’un homme traqué, il se transforme en néo-noir made in trou paumé des Etats-Unis, donnant la patte aux récents Winter’s Bone et On The Ice, mais dans un style plus frontal. En dépit d'un message évident sur le port d'armes libre aux Etats-Unis qui pousse à se passer de la justice des institutions dans les coins les plus reculés, le film reste constamment centré sur le parcours de son anti-héros incarné par le surprenant Macon Blair. Son point de vue n'est jamais contesté et le réalisateur plonge son spectateur au cœur des choix de Dwight comme s'il y 'était.
Voilà un film dont on attendra patiemment la sortie cinéma, en espérant qu'elle ait lieu.

Blue Ruin est projeté mercredi 5 juin au Forum des Images dans le cadre de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs.


8/10 BLUE RUIN
Réalisation : Jeremy Saulnier
Scénario : Jeremy Saulnier
Production : Tyler Byrne, Richard Peete, Anish Savjani, Alex Orr
Photo : Jeremy Saulnier
Montage : Julia Bloch
Origine : USA
Durée : 1h30
Sortie française : Indéterminée




   

Commentaires   

 
+1 #1 Gustave Shaïmi le lundi 03 juin 2013 à 16:01
"néo-noir made in trou paumé des Etats-Unis, donnant la patte aux récents Winter’s Bone et On The Ice, mais dans un style plus frontal" : oui, ce sont effectivement les films desquels j'aurais rapproché moi aussi "Blue Ruin". En tout cas plus que des Coen. Car ce qui frappe ici, c'est le fait que la violence surgisse sans être ni stylisée, ni distanciée par une verve particulière des personnages, ni rendu ne serait-ce qu'un peu fascinante par le fait que les acteurs soient connus (Jennifer Lawrence, dans le cas de "Winter's Bone", l'est devenue immédiatement après. Cette absence de signe distinctif des personnages du film fait mine de rien sa spécificité : on y croit davantage qu'ailleurs et c'en devient d'autant plus frappant, d'autant plus réaliste, au point que l'on conçoive cette histoire comme "banale". Elle pourrait presque être celle de n'importe quel citoyen d'un Etat où les armes circulent si facilement. En cela, la charge politique est réussie.
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