Entretien - Didier Poiraud

Fat Didier and Poiraud Avenger

Affiche Atomik Circus, Le Retour De James Bataille

Didier Poiraud est un cinéaste rock'n'roll, déconneur et généreux, bercé par une culture déviante. Passionné humble et amoureux du fantastique, du son qui claque et du sang qui gicle, il est encore un peu blessé par l’échec du premier long, Atomik Circus, Le Retour De James Bataille.


C'est dans sa demeure peuplée d'Escarpins Sauvages, à la déco rappelant ce que pourrait être le resto route de la famille Leatherface (tête de taureau
imposante !), que l'artiste se livre à cet entretien.


Atomik Circus, initialement, est une BD. L'adaptation s'en éloigne-t-elle vraiment ?
A fond ! J'ai essayé de faire un album de bande dessinée, puis vu que je suis très laborieux, j'ai changé plusieurs fois de style de dessin... J'ai travaillé ensuite avec mon frère, fait des clips, et mon premier film Les Escarpins Sauvages, puis un deuxième film, Satinas dont j'ai hyper honte tellement c'est une horreur de scénario (mais il y a une très bonne direction photographie !). Au fur et à mesure, j'ai fait de la publicité, abandonné James Bataille puis souffert de ne pas avoir été jusqu'au bout de mon délire. Pendant quatre ans, j'ai tanné tout le monde : "Hey, j'ai un scénario génial !". Puis on fait la pub avec la Statue de la Liberté qui m'a rapporté de l'argent, je suis passé de RMIste à grosse fortune en un an, avant de trimer deux ans plus tard...

Mon producteur, ayant vu que je mettais tellement d'énergie à écrire ce scénario improbable, s'est dit : "Ce mec là, soit il est fou, soit il est génial !". Bon, maintenant, je sais qu'il me traite de fou (rires) vu que le film n'a pas fait une seule thune... Vanessa voulait sortir des sentiers battus, et elle a accepté cette folie, croyant que c'était du Gilliam ! (rires). Elle est en contente, moi aussi, même si la fin se barre trop en sucettes. Normalement, on devait y voir James Bataille sur la plage, qui refait la blague du début du film "Tu as un p'tit grain de merde sur la joue", et soudain, on découvre la tête de Poelvoorde, réincarné en grain de beauté, sur la joue de Vanessa, qui hurle "Laissez-moi sortiiiir !!".
Après James Bataille, j'ai vu le deuxième Pirates Des Caraïbes, et je me suis dit "C'est dingue !". On y voit Johnny Depp avalé par un monstre de l'Apocalypse. J'avais pris ça de la littérature d'horreur, le Chtulhu de Lovecraft, monstre que tu retrouves dans The Mist aussi. Faut pas me la faire à moi ! Ils couchent ensemble les deux nigauds, Depp revient au scénariste avec plein d'idées, et connaît très bien James Bataille ! Tu trouves pas ça bizarre quand même ?! Je me monte peut être un peu le bourrichon, mais bon. rires)


Atomik Circus, Le Retour De James Bataille
 


Peux-tu nous reparler de la promo atroce de TF1 ?
C'est très simple : on a fait l'avant-première avec les mecs de TF1, le producteur à l'époque était celui du Boulet, et a vendu le film version Bambi, alors que tout le monde avait le scénario dans les mains et avait vu qu’il y avait du gore. La vérité, c'est que les mecs ne lisent PAS les scénarios ! Canal avait accepté le projet, mais avait coulé à ce moment là. Un nouveau patron arrivait chez TF1, a repris le projet de Canal. Il y a une sorte de pataquès qui s'est créé : le mec n'avait pas lu le scénario et un jour, il nous a fait : "Mais c'est pas possible, on peut pas passer ça en prime time !". Mais évidemment qu'ils pouvaient pas passer ça en prime time ! Donc ils ont fait un procès à mon producteur, ont perdu, car c'était à eux de lire ! Ils ont juste pas fait leur métier, et on a fait ce qu'on a pu, avec mon producteur qui me demandait d'atténuer tout. Ils m'avaient grillé quinze pages de scénario, du coup mon scénar ne tenait plus, j'ai filmé 90 minutes, et j'ai aucune scène coupée ! Le film devait être plus court ! C’est un peu hard, bizarroïde ! James Bataille devait escalader une falaise, rencontrer des gens…Tous les personnages secondaires ont été mis en avant... Hors production, M6 n'avait pas filé les cinq plaques qui devaient suffire. Le producteur a décidé de jouer toutes ses billes et les a perdues ! C'est dommage, car c'était quand même chouette comme expérience...

On a pris Jason Flemyng, ce qui fut aussi une erreur, car quand tu regardes sa carrière, il n'a jamais eu un premier rôle ! Moi, je voulais que ce soit Gonzales, un chanteur canadien qui va bientôt sortir son film, parce que je crois vraiment en Gonzo, c'est un musicien génial qui joue avec Fest, mais TF1 voulait une star... James Bataille a failli être Edouard Baer ! On s'était réunis chez lui, dans le sud de la France, avec Poelvoorde, et on n'a pas pu en placer une, car ils se sont lancés dans une bagarre de comiques. Ça a duré jusqu'à trois heures du matin, ils ont été jusqu'à l'extinction des blagues. Edouard avait hyper la frite, et c'est Benoît qui a perdu. Ils se sont revus après, et cette fois, c'est lui qui a gagné ! Mais toi, si tu racontes une blague, ils te mouchent, d'une puissance... (rires) Je devais aussi avoir Jean Yanne, qui est mort la première semaine de tournage, du coup, on a eu Marielle qui est super dedans, on aurait pu avoir Robert Charlebois ! Ce que je voulais, c'était un mec qui arrache. J'aurais pu avoir Jean Dujardin qui faisait trop "star de la TV" ! Au final, Flemyng accentue le coté SF, c'est donc pas si mal que ça, même si ce qu'on te raconte, tu ne sais pas si c'est du lard ou du cochon ! Normalement, c'est une série, comme Retour Vers Le Futur : on a fait le deux, on pensait faire le un, et le trois !


Affiche Atomik Circus, Le Retour De James Bataille
 


On sent même l'influence de Jean-Luc Godard, avec cette voix off...
Au niveau stylisme, je me suis inventé un univers. Je me suis dit : "C'est une colonie française du Salaire De La Peur". On le tournerait dans un désert ou dans une forêt. D'où l'idée du Portugal. Comment faire croire à un film fantastique, avec un look américain et des gens qui parlent français ? Donc j'ai tout misé sur le look "Salaire De La Peur+ revival + Godard".
Godard, c'est plus dû aux Little Rabits, qui sont très emprunts de la Nouvelle Vague, comme Katerine, etc. D'où la voix off avec des lyriques hyper décalés, qui au lieu de téléguider le spectateur le fait vriller sur une sorte de poème. J'ai laissé faire les choses, j'aurais peut être dû appuyer le style Carpenter, mais c'est aussi pour ça que le film continue à durer, moi même il me surprend encore !


Ce mixe des genres est très surprenant.
J'ai bossé avec mon frère Thierry, qui est plus classique et veut faire des vrais films hollywoodiens. Moi je suis plus série B, ma façon de travailler est complètement différente. L'idée de créatures en latex me faisait rigoler, en tant qu'artiste. Mon frère préfère le vrai côté "super bien fait" des aliens. Je reste dans une idée de film à la Fellini sans être du Fellini : utiliser le décor pour ce qu'il est. J'adore quand Fellini fait un paquebot avec de fausses vagues en plastique, j'aime ce décalage là ! Je fais des films de forme, étant sculpteur, je ramène cet imaginaire là dans des histoires. Gondry, lui, est davantage technicien du cinéma. Moi, dans le découpage, je suis beaucoup plus Tintin ! Je me sens proche d'Alex Cox. Repo Man, pour moi, c'est un film ultime, que je me sens capable de pouvoir faire, qui mélange SF et mouvement punk. Je suis né en 66, j'ai carrément connu le mouvement punk. Après 80, je suis passé à Billy Idol et tous ces groupes du même genre qui ont suivi... Chacun perpétue ses propres types d'obsessions. Quentin (Dupieux), c'est toute cette génération actuelle : électro, jeux vidéos... Moi, je suis plus rock'n'roll. Old school ! (rires)

Affiche Atomik Circus, Le Retour De James Bataille
 


Concernant le cinéma de genre en France, le public n'est peut être pas prêt à l'accueillir car manquant de références.
Ça commence à rentrer dans les mœurs. Les américains, les canadiens, les japonais ont la culture. Les français sont encore dans du téléfilm. Le cinéma reste un travail de création et c'est pour cela qu'il dure. Comme un album de vinyle, c'est une représentation de notre temps. Je fais parti de ces gens qui rêvent de poser leur caca sur la forme cinématographique, tu vois ! Et quand on m'aura trop cassé, j'arrêterai.
Je suis à fond dans l'underground, j'ai une profonde haine pour tous les commerciaux qui te dénigrent. J'ai fait du stop pour la première fois de ma vie, et c'est là que tu vois la différence entre les commerciaux qui te disent (voix comique) "Non mais j'ai pas de place" (t'as juste envie de les buter !) et le camionneur qui te prend, des mecs vachement sympas. On est dans un monde de merde, et les mecs de droite, comme Sarko ou TF1, qui veulent faire du chiffre, sont tout sauf humains. Je suis en guerre contre cette vision du premier de la classe coiffé à la nazi. Fuck ! Je suis un Cheyenne, et je serais toujours contre ces gens là, quoi qu'il se passe.


Tu es ainsi très attaché à la notion de contre-culture ?
Je suis issu des années 70, je fais du cinéma de fanzine, j'ai plein d'idéaux qui ne vont pas très bien avec le côté militaire de "fabriquer un film". Je ne suis pas fan du film d'horreur, on m'avait proposé un slasher dans un parking, mais je m'y sens mal. Je préfère le délire ! C'est tout mon côté John Waters. Comme chez Waters, mes personnages ne doivent être que des stéréotypes, des ratés, car, en somme, ça me définit plutôt bien ! C'est important que les gens comme nous existent, on prend des risques, et on ne veut pas avoir nos petits lauriers à Cannes, on s'en branle. Gérardmer me suffira amplement ! Je fais les choses naturellement, je suis un marginal, je n'ai pas les compétences pour faire plaisir à tout le monde, mais je pense faire de mes tares des qualités. Et donc avoir le droit d'exister. Quand je ne me ferai plus plaisir, j'arrêterai. Ça n'aurait pas de sens. Je fais des films qui me font marrer. Ou j'essaie de me marrer en faisant des films. Autrement, ça ne m'intéresse pas ! Et surtout, j'aurai jamais le niveau de Spielberg, ni l'envie de travailler comme ça. Je n'ai ni la culture, ni la patience... Ni le sérieux !

Affiche Atomik Circus, Le Retour De James Bataille
 


Quels sont tes projets ?
Ils sont liés à la Black House Session. C'est une collectivité. Je vais peut être tourner des pièces de théâtre en films, utiliser toutes les énergies possibles pour arriver à en faire des trucs du dingue, outrepasser les codes du cinéma normal. Comme le théâtre est devenu le théâtre de rue, faire du cinéma de rue. Avec toutes les technologies, j'ai bon espoir d'une grosse évolution du cinéma. Je suis certain que le cinéma traditionnel va changer de forme, d'ici les années à venir.


Merci à Didier Poiraud pour sa disponibilité.




   

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