Meneuse de revue #20

60 millions de sic

Technikart et les geeks

Tout ce qu'il ne faut pas dire mais qu'il faut lire, c'est dans la meneuse de revues, la meneuse aux seins nus ! (ce n'est pas vrai, c'est pour la rime, il fait trop froid pour le topless).



ÉTAT CRITIQUE
Les critiques de cinéma parlent-ils de cinéma ? Que la question se pose est déjà en soi assez inquiétant. Voici un excellent article de Judith Bernard chez Arrêt Sur Images qui démontre comment les critiques des grandes publications sont d'avantage des portes étendards idéologiques que de vrais lieux d'analyses filmiques en comparant les papiers d'Eric Neuhoff du Figaro et de René Solis de Libération sur le Che de Soderbergh.

Extrait pour les pauvres non abonnés à @SI :

"Troisième axe de dézingage, très efficace : le travestissement burlesque, qui consiste à récrire dans des formes vulgaires un récit épique, l'expurgeant de sa noblesse héroïque. Soit, pour le Che, le décrire comme suit :

"La cause oblige le révolutionnaire à se promener dans des forêts hostiles, à prononcer des harangues à l’ONU qui n’est pas un territoire moins dangereux, à visser sur son crâne un béret vaguement ridicule. Ces nécessités ne découragent pas les cœurs purs : ils ne se doutent pas que tout cela finira en tee-shirts."

Dégradation du projet politique en une "cause" sans objet, de l’expédition en "promenade", du discours solennel en "harangue", ironie sur les dangers de l’ONU, jugement de valeur esthétique sur l’accoutrement "ridicule", et enfin anachronisme du devenir tee-shirt du commandante, la parodie est parfaite, redoutable, et très orientée idéologiquement. Avec un tel axe critique, on voit mal quel film sur le Che eût pu séduire Neuhoff – le commandante eût partout porté ce béret, traversé des forêts, parlé à l’ONU, entouré d’insurgés ignorant, forcément, que le visage de leur chef finirait imprimé textile ou poster par dizaines de milliers. Ce n’est donc pas le film qui est visé, mais le Che, sa vie, son oeuvre, sa postérité – et ses sympathisants contemporains, surtout."


LE FILM DE PARANO AIGRI DU MOIS
Lars von Trier, c'est classe. T'es en soirée, tu veux te la péter, tu parles du dernier LVT. Etrangement, certains travaux de Von Trier ne bénéficient pas de la même aura. Citons en vrac sa série horrifique L'Hôpital Et Ses Fantômes, sa société de production de pornos pour femmes Puzzy Power ou encore son scénario autobiographique (et sa voix off) pour la comédie danoise Erik Nietzsche, Mes Années de Jeunesse sortie il y a quelques semaines.

Dans les années 70, Erik, jeune homme féru de septième art, entre dans une école de cinoche pour enfin assouvir sa passion. Manque de bol, l'endroit ne correspond pas vraiment à l'idée qu'il s'en faisait : les profs sont frustrés et névrosés, les élèves condamnés à attendre deux ans avant de toucher la moindre caméra, la politique artistique en apparence libertaire se révèle réactionnaire au possible (adapter Sade est considéré comme du fascisme), et la guerre fait rage entre les élèves pour savoir qui sera le plus orienté dans le sens du vent. Bref, Erik Nietzsche montre l'école de ciné comme une usine à tuer les talents dans l'oeuf. Erik Nietzsche est un film réaliste, objectif et pessimiste dans le constat. Erik Nietzsche porte bien son nom.

Et devinez quoi ? La comédie autobiographique écrite par l'auteur lauréat de la Palme d'Or n'a été distribuée que dans une salle en France. Macfly a été le voir le jour de sa sortie, il y avait cinq spectateurs à la séance. Ajoutez à cela un accueil critique glacial (quand accueil il y a), et vous serez sûrs que personne n'entendra plus jamais parler de ce métrage.

Dommage qu'un film exposant le caractère castrateur des écoles de cinéma soit si mal mis en valeur chez nous, tout comme l'avaient été Art School Confidential de Terry Zwigoff et The Shape Of Things de Neil LaBute (pourtant habitués des festivals eux aussi), qui pointaient également du doigt les travers des écoles d'art.


MAÏWENN'S MASTER CLASS
"Ah bah moi c'est tout pour mes acteurs. C'est simple. J'm'en fous du cadre. J'm'en fous de la lumière. J'veux pas qu'ils aient de marques au sol. J'veux qu'ils soient le plus heureux."
(L'Hebdo Cinéma - Cinquième extrait, vers 6'30")

On a trouvé ce qu'il faut à Maïwen, ça s'appelle le théâtre. Pas besoin de s'astreindre à une grammaire, pas besoin de nier les principes fondamentaux du médium artistique qu'on investit, pas de contraintes techniques, moins cher (oui, encore moins que la DV). 

On lui proposerait bien de s'intéresser à la performance capture, mais après tout c'est un outil pour gérer à la fois le "bonheur des acteurs" et la composition des cadres.


ON A RETROUVÉ LE MAKING OF DE DRAGON ROUGE




L'EXCEPTION CULTURELLE BEGAIE
"Depuis de nombreuses semaines, les enfants multiplient farces et mauvais coups. Les victimes sont bien sûr d'autres enfants... mais aussi et surtout, les parents. A bout de nerfs, ceux-ci décident d'abandonner le village pour ce qu'ils pensent être une journée. Mais rien ne se passe comme prévu : sur le chemin du retour, ils sont faits prisonniers par des soldats. A Timpelbach, cette nouvelle de village sans parents fait le bonheur d'Oscar et de sa bande de brutes !"
Résumé de Les Enfants de Timpelbach, sortie le 17 décembre 2008.

"Dans les années 1880, aux confins de l'Ouest américain, la petite ville de Big City attend l'arrivée d'une caravane de nouveaux immigrants. Hélas, la caravane est attaquée en chemin par les Indiens, et tous les adultes de Big City partent pour la défendre. Au matin, les enfants de Big City se réveillent orphelins, avec pour seule compagnie adulte un vieil alcoolique et le débile du village."
Résumé de Big City, sortie le 12 décembre 2007.

Toujours prompts à dénoncer les affreuses démarches mercantiles américaines telles que suites, remakes, pompages et assimilés, les médias français se sont faits assez discrets sur cette étrange coïncidence. Pas bégueules, les créatifs du pays leur donnent une deuxième chance de nous montrer toute l'étendue de leur sens de l'observation et esprit critique :

"Ariane et Hugo décident d'échanger leur vie pour échapper à la routine, qui, après dix ans de mariage, leur donne le sentiment d'être des hamsters pédalant dans une roue. Elle se retrouve du jour au lendemain à la direction d'une entreprise de location de matériel de chantier. Et lui s'improvise vendeur de bijoux à domicile... Mais la vie est-elle plus belle lorsqu'on la contemple de l'autre côté du lit ?"
Résumé de De L'Autre Côté du Lit, sortie le 7 janvier 2009

"Promise à un brillant avenir professionnel mais fatiguée de plafonner dans sa carrière parce qu'elle doit aussi s'occuper de ses enfants, Marianne rêverait d'inverser les rôles avec son mari Bruno pour qu'il rentre plus tôt s'occuper du foyer et qu'elle puisse à son tour se consacrer davantage à son job !"
Résumé de 48 Heures Par Jour, sortie le 4 juin 2008

Ha, l'inventivité. Tandis que Jean-Paul Salomé nous prévient, malgré des chiffres le contredisant systématiquement, que le cinéma français va mourir du téléchargement, on réussit à dégoter des financements conséquents pour produire deux fois les mêmes films.



ELOGE DE L'AMOUR ET COMBAT ORDINAIRE


A partir de 1'30", le bon Manu Larcenet envoie un peu de bon sens dans l'univers Godard. De mémoire, c'est seulement la deuxième personne publique à dire "con" au cinéaste suisse, après François Truffaut.


D'EAU DOUCE
Marin Karmitz a des principes. Le grand manitou des salles MK2 ne censure pas seulement les films avant de le voir et ne fait pas qu'intenter des recours en justice aux cinémas municipaux subventionnés tentant de s'agrandir. Car pour se pardonner, il rejoint le "Conseil pour la création artistique" de Nicolas Sarkozy.

Elisabeth Lebovici se le demande également, et pose une belle réflexion, quoique angoissante, d'après une sentence du père Marin : "Cette structure part d'un constat : la culture a disparu du champ politique."


D'EAU D'ÂNES
Puisqu'on parle de "politique" : Frédéric Lefèbvre nous apprend qu'il a allumé des serveurs dans une cave avant même que Wanadoo existe, alors hein, bon, voilà quoi. Ça calme. Du coup il peut très bien déclarer que le Net est le refuge des psychopathes, des violeurs, des racistes et des voleurs. Oui il peut : Wanadoo, serveurs, cave, légitimité, tout ça. Apparemment avant la naissance de Wanadoo il n'y avait pas de psychopathes, de violeurs, de racistes et de voleurs. Et Lefèbvre va sûrement créer des filtres et contrôles parentaux pour les rues.

Selon notre ministre de la culture une deuxième coupure publicitaire durant les films permettra à terme de voir des Fellini et des Visconti sur TF1…
Imaginez la scène : vous êtes dans les bureaux de TF1, à l'étage programmation et achat de fictions. Vous venez de commander huit palettes de séries policières et quatre stères de blockbusters familiaux à un prix plus que correct. Pour vous remercier de votre fidélité, le grossiste vous file un porte-clé et une diff gratuite de Rabbi Jacob. Après une matinée bien remplie, vous allez en direction de la machine à café en compagnie de Marie-Martine et Paul-Benoît, vos collègues du service. Et là, Jean-Jérôme de la Faisandière, le petit nouveau, déboule comme un fou dans le couloir : "Albaba ! Albaba ! Albanel vient de nous autoriser à foutre deux coup' pubs par film !". A peine avez-vous le temps de réaliser et de sauter de joie dans les bras de Marie-Martine que Paul-Benoît vous ramène sur terre : "Bordel les gars, à vos téléphones !! Je veux tous les Fellini, les Visconti et les De Sica pour demain matin prêts à diffuser ! Vous me caler une rétro Rossellini dimanche soir, la semaine d'après on entame un cycle Bergman en prime et vous me dégagez tous les Julie Lescaut, on les remplace par l'intégrale Jean Vigo !! J'aurais jamais cru vivre un tel moment dans ma carrière !!"

Enfin, si selon Marin Karmitz "la culture a disparu du champ politique", elle n'a pas disparu du champ religieux, ce qui, pour un pays laïque, la fout mal quand même : ainsi à Lyon une association catholique interdit la diffusion d'un film qu'elle juge "blasphématoire". Le tout sans l'avoir vu évidemment, comme l'exige l'éthique du parfait censeur garant de la bonne morale.
Tout ceci nous inspire une question : madame Albanel, le manque à gagner d'une copie inexploitée pour un petit film d'auteur, c'est plus grave ou beaucoup plus grave qu'un millier de DivX téléchargés un an après sa sortie ?


TROP SPEED, RACER
Les mauvais films, les copinages, les effets de mode et consorts ne résistent pas au temps. Les bons films, si. Forcément, certains critiques doivent s'y adapter, ce qui engendre régulièrement des retournements de vestes si cocasses que la plupart préfère y aller à fond en espérant que les excès d'aujourd'hui effacent ceux d'hier (voir à ce titre l'accueil délirant qu'on fait à un Romero en bout de course).

Aujourd'hui, c'est Libération qui tente le triple loops piqué sans atterrir les quatre fers en l'air : sept mois après l'effarant papier de Bayon, Olivier Séguret tente de sauver les meubles de la maison en qualifiant Speed Racer de "chef-d’œuvre un poil trop précoce." Mais alors juste un poil hein. Un poil de six mois.


L'ENFANT, CET ALIBI DU SIECLE


Effectivement, protégez vos gosses, empêchez-les de découvrir le monde avec des vidéos de députés de droite paranoïaques et ignares.


SHOWTIME
Danny Boyle a adapté Qui Veut Gagner des Millions ? dans son dernier film Slumdog Millionaire. Imaginons quels autres jeux télé peuvent être portés sur grand écran :

- La Roue de la Fortune par Tim Burton
- Motus par Kim-ki Duk
- Le Juste Prix par Thomas Langmann
- Des Chiffres et des Lettres par George Lucas
- Les Z'Amours par Claude Lelouch
- Burger Quiz par John Landis
- Une Famille En Or par Kourtrajmé
- Koh Lanta et Fear Factor par Bruno Dumont
- Le Kamoulox par David Lynch


LE CINÉASTE QUI DEVIENT BON D'UN COUP
"On n’avait jamais cru pouvoir penser et dire un jour du bien d’un film de Danny Boyle."
Didier Péron - Libération

Ouf, il arrête avec ses films de drogués, de gangsters, de hippies, de zombies et de science-fiction, pour enfin confectionner un zoli drame tiers-mondiste. Fallait lui dire plus tôt comment faire de bons films monsieur Péron, il aurait gagné du temps.


SICK CULTURE

Technikart et les geeks
 





























La rédaction de Technikart conclue ce "dossier geek" par un copier/coller de trois pages du forum Mad Movies. C'est à la fois amusant et étrange de prendre le forum de ce magazine pour exemple quand on sait qu'il y a à peine deux ans Mad Movies, ses rédacteurs et ses lecteurs étaient pointés du doigt par Technikart pour accointances néo-nazies suite à un article sur 300 indiquant en substance que le film de Zach Synder est facho et surtout "reconnu par les siens" (sic) en citant la revue historique du fantastique.

Peut-être qu'en janvier 2007 être geek était moins tendance.
Peut-être que Technikart se borne seulement à illustrer sa posture de girouette culturelle.


LE CINEMA EN DIX LEÇONS




HE STILL LIVES
John Carpenter évoque Spielberg sur Den Of Geek :
"But the word ‘auteur’ has just been fucked over, it’s been skull-fucked for all these reasons. It doesn’t really mean what people think. Some of the best directors were ones that worked effortlessly in the Hollywood system. Effortlessly. I would say that Spielberg is an auteur. If you look at his work, you can see his point-of-view. There’s a man behind this, and that’s not anonymous."

D'ailleurs, un internaute avait prévu la victoire de Barack Obama en revoyant le visionnaire Invasion Los Angeles, un film qui se foutait que les acteurs soient heureux :
"Rewatching They Live over the weekend, it struck me that John Carpenter wasn’t commenting on the America that existed in 1988. At that time, our country was still in the heady days following the economic boom of the Reagan Administration, making the movie an anachronism. Somehow, John Carpenter envisioned an America almost indistinguishable from the one left behind by the Bush Administration. Just like Nada, we are experiencing a time where the rich get richer while the middle class shrinks, and working class Americans are increasingly unable to afford even the barest of necessities."

Invasion Los Angeles, le film où les extra-terrestres communiquent avec des Rolex.




LE CLIP QUI A TOUT POMPÉ SUR DARK CITY ET ROBERT RODRIGUEZ


Antony And The Johnsons – Epilepsy Is Dancing, réalisé par le collectif AFAS (Chris Blasingame, Banker White, Jim Jerome, Sean Dorsey, Tino Rodriguez, Virgo Paradiso, Andy et Larry Wachowski)


CHUTIER
- Si vous ne savez pas ce que sont les "VFX bling bling", reportez-vous à ce bilan très intéressant de Paris FX par Julien Dupuy.

- Le box-office US en un clin d'œil, c'est possible et c'est ici.

- "Je rêve d'être le Clint Eastwood français". Cette déclaration, un tantinet mégalo, ne provient pas de Clovis Cornillac ou Jean Dujardin, seuls acteurs hexagonaux dans lesquels on peut projeter une éventuelle descendance du grand Clint. L'auteur n'est autre que Francis Huster, cabot boursoufflé d'égo capable de s'offusquer d'un discours sur un plateau télé pour suivre les bêlements d'un public huant, et de s'en aller soutenir ce même discours la semaine suivante sur un autre plateau, mais débarrassé de tout public gêneur. On lui signifiera donc que Clint Eastwood est toujours resté fidèle à ses principes, lui, quitte à se faire salir par la presse.

- Dance Me To The End Love est un court-métrage de Aaron A. Goffman datant de 1995 dans lequel joue un certain Quentin Tarantino, également co-scénariste.

- Refaisons un tour par Den Of Geek, qui propose une liste de cinquante séquences mettant en scène les effets de la drogue. Du très lourd, même s'il manque les classiques More, Human Traffic et surtout L'Ours.

CAPITALE CULTURELLE 2013 : MARSEILLE PAS ENCORE PRÊT

Marseille 2013
 
































LE COURRIER DES HANNIBAL LECTER
"Je viens de lire STUDIO CINE LIVE Je trouve que c'est une bonne synthèse des deux magazines d'origine.
Couverture Brad Pitt - Prix 3.50 €
Au sommaire
Un dossier complet de 14 pages sur Benjamin Button et une enterview David Fincher / une interwiew fleuve et hors promo de Marion Cotillard / une enquête sur le système Tom Cruise / une enquête sur la crise à Hollywood, une leçon de cinéma par F Ozon / une interview par les lecteurs de P. Bruel / plus pleins d'exclusivités et de reportage sur tous les films du mois.

Merci de me donner votre avis aussitôt que vous aurez pu le lire il parait la semaine prochaine mais les abonnés des deux anciens magazines l'auront avant.
P. Boulnois
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"

Réponse :
"Merci pour l'intérêt que vous portez à mon avis, sachez toutefois que je suis heureux d'apprendre que lorsqu'on travaille à Studio Cine Live, on lit Studio Cine Live (et on arrive à l'apprécier).

Au plaisir

nicco
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"


"Salut les gars,
Ici Rurik de Mad.
Honoré de voir que j'ai été nominé aux Esquimaux Euhouards 2008. On m'a toujours dit que c'était un pas de plus vers le Goncourt !

A bientôt,
Rurik
"







   

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