Les Trois Royaumes par Brazil

Fadaises rouges

Affiche Les Trois Royaumes

C'est avec un peu de retard que nous revenons sur un papier traitant le dernier film de John Woo Les Trois Royaumes (Red Cliff) paru dans le numéro d'avril de la revue Brazil, papier dont la teneur nous avait passablement consternés, presque autant que l'indifférence qu'elle suscita.


Et pour cause : cet article d'une quinzaine de lignes d'Eric Coubard regorge de "blagues", assertions hasardeuses et autres "traits d'esprit" que ne renierait pas un Thierry Rolland des grands soirs. Extraits :

"Qui dit Chinois, dit aussi naïveté. Les phrases moralisatrices, les allégories candides (la guerre et le thé, l'union et la paille...) jettent un trouble dans cette effusion de combats acharnés […]"

"[…] bien orchestrés par le maître Woo (plus on est de Woo, moins y a de riz... que)."

"Parfois on s’y perd au milieu de cette guerre (il n’y que des jaunes avec la même tronche) et on se demande combien sont morts, occis par leur propre camp (z’ont même pas un foulard de couleur aux fesses pour les reconnaître)."

Ne manquent plus que la Suze, les cahouètes et les grilles de Rapido à remplir sur le comptoir. Si ce n'est que parmi les supporters de foot, nombreux sont ce qui s'élèvent contre ce genre de clichés (lire les différents articles et forums des très bons Cahiers du Foot). A croire que le cinéphile lecteur de publications telles que Brazil est plus conciliant niveau condescendance larvée au sein de la critique française (phénomène loin d'être nouveau, lire l'article de Rafik Djoumi sur la sinoxploitation). Ce sentiment de complaisance est renforcé par des passages fainéants listant tous les éléments que le spectateur est en droit d'attendre dans un film de guerre historique, mais qui ici semblent assez peu évidents pour l'auteur :

"Il y a des héros sur tous les terrains ; des guerriers manieurs de sabres, de lances et d'épée, des conseillers militaires savamment intelligents et stoïques et des femmes décidées à prendre leur destin en main. Il y a des décors et des paysages somptueux et du numérique à foison."

Au moins nous épargne-t-il sa déception de ne pas voir de soldats volants dans un film de guerre réaliste comme nous en avait fait part Jérémie Couston de Télérama dans sa critique des Seigneurs De La Guerre de Peter Ho-Sun Chan (au passage, les stars asiatiques Andy Lau et Takesi Kaneshiro y étaient nommées "les deux autres chacals"…).

Les Trois Royaumes
Notre Vercingétorix avec Christophe Lambert tient largement la comparaison au point d'autoriser toute forme d'arrogance.


Rassurez-vous, dans cet article on y parle aussi de cinéma. D'ailleurs voici la phrase : "Deux heures vingt cinq de plans hallucinants, de mise en scène nerveuse et de chorégraphies sanglantes avec combat naval dantesque à la clef. C'est du pur entertainment."
John Woo et le milliard de Chinois seront ravis d'apprendre qu'un grand film historique sur une de leur bataille majeure, un récit qu'on se transmet de génération en génération depuis 2000 ans, n'est qu'un simple divertissement, quand en France la moindre fiction télé décorée de croix gammées est un "devoir de mémoire".

Les Chinois se ressemblant tous et leur Histoire étant moins importante que la nôtre, on n'est pas non plus obligé d'être très rigoureux sur les termes. Ainsi Coubard invoque le "manga" pour décrire l'ampleur de la fresque sans que l'on sache bien ce que vient faire ici la BD nippone. A tout hasard, signalons à l'auteur que la BD chinoise, qui ne ressemble pas vraiment à la japonaise, se nomme "manhua".

Mais bien évidemment ce texte, de ses allusions navrantes à ses approximations, est à prendre au second degré. Nous le savons, on nous a déjà appris que lorsqu'un critique français laisse parler sa condescendance vis-à-vis d'un peuple ou d'un genre cinématographique, c'est forcément du second degré (lire Honoré Vs. Verhoeven et la réaction en commentaire du réalisateur français). Et quelque part, ce n'est pas plus rassurant.

Après tout, peut-être que Brazil aimerait qu'un journaliste chinois place dans un de ses articles sur OSS 117 ce genre d'affirmation : "Qui dit Français dit aussi esprit colonialiste rance des années 20" ?




   

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