Les archives McTiernan - Die Hard With A Vengeance

John says

Affiche Die Hard With A Vengeance

En 1995, avec le troisième volet des aventures de John McClane, McTiernan n'a pas seulement mis à l'amende les copycat toujours pas remis de son Piège De Cristal, mais s'est permis de chambouler sciemment la nouvelle grammaire formelle qu'il avait façonnée.


Cerise sur le gâteau, ses expérimentations servent à merveille le récit du retour de cette figure de demi-dieu de l'action dans la réalité des héros du quotidien.
S'il ne l'exprime pas ainsi, Bruce Willis a parfaitement compris et saisi la manière d'opérer de John McTiernan, comme l'illustre ses propos repris par Julien Carbon dans sa critique de Die Hard 3 dans les pages du numéro de juillet/août 1995 de Impact : "Plus que n'importe lequel des réalisateurs avec lesquels j'ai travaillé, il utilise réellement à fond toutes les possibilités offertes par la technique, mais toujours au service de l'histoire. Chez lui, la caméra devient un des protagonistes principaux."

Cependant, avant d'en arriver là, il aura fallu attendre cinq ans après l'épisode signé Renny Harlin, 58 Minutes Pour Vivre, pour  trouver un scénario viable. Ainsi plusieurs pistes pour une nouvelle histoire des tribulations de McClane ont été évoquées sans se concrétiser. Et puis, arriva le script de Jonathan Heinsleigh baptisé Simon Says. Au départ, cette histoire d'un flic, Alex Bradshaw, perturbé par la résurgence de souvenirs douloureux de son enfance en rapport avec les exactions d'un tueur psychopathe avait été acquis par la Fox, mais sans trop savoir quoi en faire. C'est alors que Heinsleigh travaillait de concert avec John McTiernan sur un remake du Captain Blood de Michael Curtiz que tout se mis en place. Voilà ce qu'en dit le scénariste (propos repris par Julien Carbon dans son papier pour Impact: "Quand Captain Blood est tombé à l’eau, je suis allé au ranch de McTiernan. Nous étions tous les deux profondément déprimés. John me confia qu’il avait adoré travailler avec moi, et me demanda alors si j’avais en réserve d’autres scénarios sur lesquels nous pourrions collaborer. J’ai cité Simon Says dont il avait vaguement entendu parler. Je lui ai aussitôt laissé une copie. Le lendemain matin aux aurores, il m’annonçait que c’était tout simplement l’histoire idéale pour un nouveau Die Hard !". Restait maintenant à adapter ce script pour le faire correspondre à l’univers de McClane, en faisant de Simon le frère de Hans Gruber venu à New York accomplir sa vengeance.

Die Hard With A Vengeance
 

Die Hard With A Vengeance est considéré par les fans du réalisateur comme la troisième partie d’une trilogie officieuse sur l’intégration du héros dans la réalité. Ou plutôt sa réintégration. En effet, McClane est un flic de la rue, proche de la population, et ses premières aventures auront pour conséquence de l’introniser dans le panthéon des héros de l’action. Ce retour au réel, McT va le rendre possible par le biais du fantastique - Die Hard est un songe, Last Action Hero est un conte et Die Hard 3 s’apparente à un réveil brutal (cf. l’explosion initiale lançant le film) - et de sa mise en scène.
Avec Piège De Cristal, McTiernan donnait naissance à un héros plus humain car faillible, en proie au doute, qui réfléchit avant d’agir et qui au terme d’un parcours semé d’explosions et de contusions entrera dans la légende. Last Action Hero mettait justement à l’épreuve de la réalité cette figure iconique par excellence, le héros d’action hollywoodien tel que le représentait Arnold Schwarzenegger. Enfin, McClane retrouve le bitume, fini les constructions géométriques verticales, retour au chaos horizontal. Il est intéressant de noter que l’on passe ainsi en trois films de la patrie du rêve pelliculé, Los Angeles à la ville qui ne dort jamais, New York, la transition s’opèrant lors du passage de Danny Madigan à l’intérieur du film de Jack Slater se déroulant dans un Los Angeles fantasmé, puis les deux compères débarquent dans le monde du jeune garçon, New York. Big Apple qui sera le cadre de Die Hard 3. Et cette immiscion de la réalité se fera principalement par l’image, les mouvements de caméra, la manière de coller aux basques de ses protagonistes.
Ainsi, McTiernan précise dans l’interview accordée au Cinéphage n°21 (et désolé pour la digression qui a précédé) : "Avec Une Journée En Enfer, j’avais envie de déconstruire un peu, de m’amuser. Je voulais que ce soit autre chose qu’une pièce mise en scène pour le bénéfice exclusif de l’objectif. Je voulais que le film soit enregistré par la caméra comme si un étudiant de vingt ans, qui aurait été arrêté par hasard dans un commissariat et qui serait témoin de ce qui arrive, l’avait filmé. J’ai viré tout ce qui était mélodramatique. Je voulais que le look ne soit pas net."

"Je ne voulais pas que le travail de caméra soit trop uni. Si je voyais que les travellings – qui étaient faits caméra à l’épaule, et non sur des rails – étaient trop réguliers, je me cognais au caméraman. Je le secouais. Je disais aux acteurs de ne pas respecter leurs marques. Quelquefois, je leur donnais des marques officielles et, en douce, je leur indiquais un autre jeu de scène, ce qui forçait la caméra à les suivre de façon inattendue. Le caméraman a râlé au début, mais à la fin, il a compris que ce retard de réaction de la caméra était ce que je recherchais."
Et pour justifier ce choix, McTiernan en revient toujours à la musique : "Une variation. Les musiciens font ça : ils passent de Chopin ou Haendel au jazz sans que personne n’y trouve à rien à redire… Ça convenait à ce film-là, cette façon de faire. Par ailleurs, c’est la première fois que j’effectue le montage d’un film sur ordinateur. J’avais essayé sur Medecine Man, mais c’était très décevant. Ce que je voyais sur l’écran vidéo n’était pas la même chose que sur l’écran cinéma. Il a fallu que je démonte tout le film… Le premier montage de Medecine Man avait l’air mal dégrossi. Or, c’est exactement le look que je cherchais pour Une Journée En Enfer."

Die Hard With A Vengeance
 

A noter qu’au cours de cette même interview par Paul Grave, il ne se départit pas de son sens de l’humour, glissant au passage une petite pique ironique pour répondre à une question incongrue faisant état que Die Hard 3 : "C’est un film sur les moyens de transport… " Sa réponse : "Il y a des voitures, des trains, des hélicos, un bateau, des vélos… Il manque des patins à roulettes ! Si seulement j’avais pu y penser plus tôt… " Ou alors, il avait déjà en tête une nouvelle version de Rollerball

Die Hard With A Vengeance
 

Et comme dans pratiquement tous les films de John McTiernan, il y aura eu pour celui-ci quelques mésententes avec le studio, notamment en ce qui concerne la conclusion du métrage. Les fans connaissent la fin alternative qui proposait un duel très particulier, mais celle initialement envisagé par le maître était encore plus jouissive car elle correspondait parfaitement au perpétuel regard ironique qu’il porte sur ses œuvres. McT la révèle au cours de l’interview accordée à Erwan Chaffiot et Cyril Delavenne pour le n°8 de Starfix Nouvelle Génération : "La fin originale rendait le film sensé. Ce n’était pas une scène de plus dans le film, cette fin ne faisait qu’un avec le film. Elle était en rapport avec cette bombe posée sur la fontaine et pour laquelle il fallait remplir un bidon de quatre gallons d’eau. Dans le film, Zeus se dispute avec McClane parce qu’il ne veut pas laisser la bombe à la portée d’un enfant. Zeus la porte donc à un flic qui se trouve être un méchant. Celui-ci ne veut alors pas non plus la prendre, mais son partenaire insiste à son tour… Ensuite, il y aurait dû y avoir encore deux ou trois situations avec cette bombe, où les gens se la passaient. Et lorsque les terroristes s’échappaient dans un avion en fêtant leur victoire, Jeremy Irons ouvrait par mégarde la bombe finalement arrivée jusqu’à lui, et déclenchait le mécanisme. La dernière phrase du film était donc la sienne : "Est-ce que quelqu’un a un bidon de quatre gallons ?" Cette fin était écrite mais n’a jamais été filmée."




   

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