Zoolander 2

Fashion weak

Affiche Zoolander 2

Le verdict est tombé et semble faire l'unanimité chez les détracteurs comme chez les défenseurs du premier : Zoolander 2 est bien le foirage annoncé par son four US et le lynchage critique qui l'accompagna. 


Pour un artiste tel que Ben Stiller, qui a pris l'habitude de cliver le public à quasiment chacun de ses passages derrière la caméra, fédérer tout le monde sur le constat de son échec relève d'une ironie qui ne manque pas piquant. Au-delà de la pente descendante sur laquelle sa carrière tend à glisser depuis quelques années, dépassé qu'il est par une nouvelle génération d'acteurs comiques évoluant sur un terrain qu'il a contribué à déblayer, le bide de Zoolander 2 confirme avant tout le rendez-vous manqué permanent que représente la carrière de Stiller-réalisateur avec le zeitgeist de la culture pop.

Zoolander 2

Excepté Tonnerre Sous Les Tropiques, dont la reconnaissance immédiate devait beaucoup à l'engouement d'alors autour de ses têtes d'affiches, les films de Stiller se distinguent souvent par leur capacité à louper le coche avec leur époque. Qu'il s'agisse de Génération 90 et La Vie Rêvée De Walter Mitty, sortis dans une indifférence relative qui tranchait avec les espoirs placés en eux par leur studio respectif, ou Disjoncté et Zoolander, devenus cultes avec le temps après s'être mangé un bide plus ou moins cinglant dans les salles obscures, Stiller a le plus souvent affronté des vents contraires en tant que cinéaste. Acteur populaire qui a longtemps maintenu une côte d'amour avec le public, sa filmographie en tant que réalisateur a le plus souvent suscité la perplexité des spectateurs qui l'applaudissaient quand il se coinçait les couilles dans sa braguette. Un sort souvent réservé aux œuvres qui semblent faire du pied à leur contemporains pour mieux les confronter à ce qu'ils n'ont pas forcément envie de voir ou d'entendre, et qui chez Stiller peut prendre des allures d'opération kamikaze (voir Disjoncté et le formidable sabordage auquel il procédait du Jim Carrey's movie). En somme, Ben Stiller acteur est un produit d'appel pour Ben Stiller réalisateur qui tend à tromper le spectateur sur ce qu'il viendra voir, démarche qui constitue la singularité d'une carrière encore trop peu considérée.

Zoolander 2

C'est bien l'écueil dans lequel tombe justement Zoolander 2 en essayant de donner au public ce qu'il est censé avoir envie de voir. Comme si Stiller, persuadé de tenir enfin un emblème de culture pop entre les mains, choisissait pour la première fois de faire ce qu'on attendait de lui sur un tel sujet. Soit du fan service faisant évoluer le film sur la béquille du premier opus durant ses deux premiers tiers, des blagues sur les selfies et les mannequins démodés pour jouer la carte du décalage générationnel, et des personnages qui s'échinent à être plus con que con... On serait bien en peine de faire à Stiller un procès d'intention quant à la raison d'être de cette suite, mais le zèle avec lequel Zoolander 2 essaie d'être en phase avec son temps se révèle presque contradictoire avec la démarche du cinéaste, qui n'a jamais hésité par le passé à contrarier les habitudes du spectateur avec la représentation de l'idiotie sur grand écran. En cela, le cinéma de Stiller n'est pas forcément un cinéma de première vision, et il fallut un moment à Zoolander pour faire rire les "deux hémisphères" à l'unisson, précisément pour la propension du réalisateur à nous mettre en face de l'autisme plus ou moins aggravé dans lequel les personnages évoluent.

Autrement dit, voir
Zoolander pour la première fois consiste à contrarier les signaux envoyés par la bêtise du personnage à la partie reptilienne du bulbe (qui a très envie d'en rire) en réalisant à chaque fois à quel point le personnage vivait dans une réalité alternative inaccessible au commun des mortels. Rebelote pour Tonnerre Sous Les Tropiques avec sa galerie d'acteurs qui s'enfonçaient dans le fantasme pour suivre une quête de rédemption susceptible de les conforter dans leurs névroses narcissiques. Reality bites ("la réalité mord"), soit le titre original du premier film de Stiller, et véritable feuille de route d'une carrière qui n'a cessé de confronter des protagonistes enfermés dans leur bulle au monde extérieur.

Zoolander 2

Dans cette perspective, forcer sa nature en essayant à tout prix de faire rire au présent était sans doute la plus mauvaise orientation à donner à un projet dont la raison d'être se nourrit précisément de la singularité du regard de son metteur en scène. Or, la volonté de Zoolander 2 de fonctionner par connivence avec le public est précisément ce qui tend à entamer la cohésion de l'ensemble. Comme s'il bradait ses personnages sur l'autel de leur récupération dans l'inconscient collectif et pour assouvir la quête d'immédiateté de nos contemporains. Cette volonté d'imposer la connerie de ses personnages plutôt que de l'élaborer dans la confrontation de point de vue se reflète parfaitement au détour d'un des gags les moins drôles du film, où le DJ comploteur du premier opus incarné par Justin Theroux se fait passer pour un directeur d'orphelinat... avec une barbichette et une perruque blanche riquiqui pour tout déguisement. Ainsi, non seulement Stiller prend-t-il son personnage pour un con en le rendant incapable de reconnaître son propre ennemi, mais personne ne semble en outre avoir réfléchi au fait que tout le monde dans l'histoire ne partage pas les carences du héros, et ne devrait être dupe de ce déguisement... Stiller délaisse ce qui faisait l'une des forces du premier Zoolander, à savoir guider intuitivement le spectateur dans un univers décalé mais cohérent, qui ne tournait pas autour de l'idiotie du personnage. A tout sacrifier à la transparence, on perd en densité tant cette volonté de prendre la main du public tend à transformer ses protagonistes en marionnettes du rire forcé, sorte de distributeurs automatiques de la connerie.

Zoolander 2

Le constat peut sembler sévère, mais il est surtout représentatif du haut niveau d'attentes que l'on était en droit de placer dans un film qui semblait arriver à un moment où l'époque tendait littéralement les bras au personnage qui a pratiquement inventé la duck face quand celle-ci n'était pas encore devenue un fléau sur les sites de rencontres. Ceci dit, une fois que l'on arrête de tirer sur l'ambulance, il faut admettre que tout n'est pas si noir dans ce tableau. D'abord parce que certains caméos récompensent les espoirs placés dans leur potentiel WTF (mention spéciale à Benedict Cumberbatch en modèle trans). Ensuite parce que Zoolander 2 parvient épisodiquement à émuler l'ADN du premier opus sans se sentir obligé de faire du pied comme un cochon à ses gags les plus emblématiques, notamment à travers certaines idées rejouant avec pertinence les problématiques du premier film. Enfin, parce que même en nivelant consciemment son cinéma vers le bas, Ben Stiller demeure un metteur en scène doté d'un sens visuel nettement supérieur à la moyenne (encore que le climax catastrophique nous ferait mentir à cet égard). Que ce soit en termes de direction artistique, de goût pour le cadre ou d'un découpage parfois brillant (on pense notamment à la première scène de Mugatu, comme s'il suffisait que Will Ferrell pointe le bout de son nez pour raviver l'esprit du premier), Zoolander 2 réussit sans trop de soucis à se hisser au-delà du tout venant de la comédie américaine actuelle. C'est loin d'être suffisant, mais ça permet à son réalisateur de sauver l'honneur.
Reste que le constat demeure : on espérait que Zoolander 2 parle de l'époque, mais c'est finalement l'époque qui parle de Zoolander 2. Soit un aveu d'échec éloquent pour une suite qui (ça fait mal de l'écrire) ne s'imposait pas.




ZOOLANDER 2
Réalisation : Ben Stiller
Scénario : Ben Stiller, Justin Theroux, Nicholas Stoller & John Hamburg 
Production : Ben Stiller, Scott Rudin, Clayton Townsend, Stuart Cornfeld...
Photo : Daniel Mindel
Montage : Greg Hayden
Bande originale : Theodore Shapiro
Origine : USA
Durée : 1h42
Sortie française : 2 mars 2016




   

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