Si C'était Lui...

Le projet Chaos

Affiche Si C'était Lui...

Il existe un courant underground dans le cinéma français, totalement méconnu du grand public car agissant de manière invisible pour mieux asseoir sa force subversive. En cette fin d'année 2007, qui aura vu cette culture anar' prendre son essor, j'ose vous révéler le secret, estimant le ver de la rébellion suffisamment introduit dans le fruit du consensus pour ne plus en sortir de sitôt.


Le plan est simple : lassés de voir des scénarios ineptes, sans intérêt ni ambition être aisément produits par le biais de montages financiers propres au système des subventions publiques et les ventes assurées aux télés (dont le service… public) empêchant ainsi qui que ce soit d'être un tant soit peu concerné par le destin d'un film, une bande d'artistes engagés décida d'infiltrer l'establishment pour le dynamiter de l'intérieur en révélant ouvertement que n'importe quoi peut atterrir dans nos salles sans que le talent, le professionnalisme ou la motivation des instigateurs ne soient un instant remis en question, quand bien même ils récidivent dans l'échec chaque année avec une régularité presque diabolique.

Ces artistes, ces partisans d'un Art sans concession voulant rompre avec le cinéma de papa pour CSP+ neurasthéniques, ces visionnaires transgressifs prêts à sacrifier leur amour du travail bien fait afin de révéler au grand jour l'immobilisme déliquescent de la production hexagonale se nomment Bernard Jeanjean, Anne Fassio, Marion Vernoux, Malwenn.ou encore Jean-Michel Verner. Retenez bien ses noms. Un jour vous les remercierez.

Ils ne vous disent peut-être rien, mais sachez par exemple que Marion Vernoux a pertinemment démontré avec
A Boire qu'un film peut être mis en chantier sans aucun découpage technique. Respect pour elle. Si vous saviez le mal qu'elle a dû se faire pour filmer comme ça… Dans le même ordre d'idée, Anne Fassio au printemps dernier mettait la profession dans l'embarras avec le sulfureux Je Déteste Les Enfants Des Autres, manifeste énervé d'une cinéaste dénonçant les scénario jamais retravaillés mis en scène comme des films de vacances. Faisons au passage un hommage rapide à Malwenn qui réussissait l'exploit facétieux de récolter les lauriers de la critique en filmant un repas de famille avec la caméra du petit cousin dix ans après que les Danois du Dogme aient montré l'intérêt et surtout les limites du procédé ! Dix ans ! De leur côté, Messieurs Verner (Célibataires) et Jeanjean (Je Veux Pas Que Tu T'en Ailles) enfonçaient le clou en démontrant par l'exemple que des scriptes vus tous les après-midi sur M6 pouvaient très bien séduire des stars et des producteurs de cinéma ! Qu'on nous parle de clivage entre le monde du petit écran et du 7ème Art après ça ! Pendant qu'on y est, un rapide coucou à Cecile Teleman et son générique en Comic Sans MS de Tout Pour Plaire, un des plus beaux faits d'arme de la bande.

Si C'était Lui...
"Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, Je vais faire un film de merde. Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi"


Les faits sont là, donc, implacables, irréfutables, et tout ça grâce à une poignée de cinéastes prêts à tout pour défendre une certaine idée du Cinéma.

C'est dans cette grisante sédition corporative que prend place le nouveau film d'Anne-Marie Etienne,
Si C'était Lui…

La cinéaste reprend ici le concept du
Boudu Sauvé Des Eauxde Renoir (remaké il y a seulement deux ans mais on ne va pas chipoté pour si peu), à la sauce sociale mais pas trop : Lavoine n'est pas vraiment un clochard, juste un SDF avec les clés d'un F6. Normal. Anne-Marie Etienne ne pouvait mieux s'y prendre pour nous illustrer, à nous autres pauvres incrédules, que les thèmes pas du tout assumés jusqu'au bout sont bien plus vendeurs ! Et à cette note d'intention molle et de facto inefficace, Etienne parfait la démonstration grâce à un scénario d'une bêtise formidable. Ainsi, le spectateur attentif se demandera quelle est la nécessité de présenter des scènes absolument inutiles telle celle où le héros fait connaissance avec le filleul de Carole Bouquet, filleul qu'on ne reverra plus du film, tout en faisant directement référence dans un nombre conséquent de séquences à des pivots du récit tout simplement pas présentés au spectateur. Absolument pas construit, le scénario va jusqu'à introduire une impromptue voix off en fin de métrage pour résumer durant dix minutes la  progression comico-dramatique finale comme si, arrivée au bout de quatre-vingt dix minutes de film, l'équipe s'était dit qu'il était temps d'expédier la dernière demi-heure ! Les copains du projet Chaos en rigolent encore.
Mais les financiers ne prêtant pas trop d'attention à ces "détails", Etienne s'est efforcée de diriger les acteurs de sorte à ce qu'ils improvisent en tout instant et que la moindre scène de quiproquo paraisse lamentable, quitte à devoir les filmer n'importe comment. Admirable. Courageux.
Alors je vous en prie, soutenez son film, soutenez leur action : allez voir ce film méritant !


Il reste à savoir pendant combien de temps le projet Chaos pourra continuer à pirater le cinéma français avant que le pot aux roses soit découvert. Longtemps, apparemment. 

2/10

SI C’ÉTAIT LUI…
 
Réalisateur : Anne-Marie Etienne
Scénario : Anne-Marie Etienne
Production : Christine Gozlan & David Poirot
Photo : Gilles Henry
Montage : Christophe Pinel
Bande originale : Christophe Julien
Origine : France
Durée : 1h28
Sortie française : 12 décembre 2007




   

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