Interview - Gustave Kervern & Benoît Delépine

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Interview Gustave Kervern & Benoît Delépine
Nous sommes quelques temps après l'avant-première parisienne de Louise-Michel, dans un bar des Halles où le vin blanc et les mini sandwichs club coulent à flot, quand tout à coup Gustave Kervern et Benoît Delépine acceptent de nous parler.

De leur carrière, de leurs motivations, de leurs espoirs, alors qu'ils ne savaient pas encore que leur film en serait à plus de 200 000 entrées pour 92 copies au bout de deux semaines.
(Nonobstant le fait  que je n'ai pu les avoir tous les deux en même temps, eu égard à leurs obligations conviviales, et que j'ai pas su me rappeler du fonctionnement exact de mon enregistreur lors de mon entrevue avec Gustave)

Tout d'abord une question qui nous brûle les lèvres : la scène où Yolande court après la caméra est-elle une référence à Terminator 2 ou bien alors pas du tout ?
Benoît Delépine : Franchement j'ai adoré Terminator 2. Donc on a essayé de faire la même chose mais sans effets spéciaux en fait. On l'a mise à l'arrière d'un pick up avec la caméra sur la cabine et on lui a demandé de bouger les bras pour faire semblant de courir.

Très bien. Pourriez-vous nous parler maintenant de la correspondance qu'il pourrait y avoir entre votre métier de journalistes grolandais et vos films ?
Gustave Kervern : Et bien en fait c'est complètement différent. A Groland on est dans une logique de sketch avec l'obligation de faire rire en trente secondes pour satisfaire à cette putain d'audience alors que dans un film on a beaucoup plus de temps et de liberté pour développer nos idées. C'est vraiment un processus à part.

Oui, c'est vrai pour la formule actuelle mais que dire alors de la période Groland Sat ?
GK : Oui et bien justement dans Groland Sat on pouvait faire ce qu'on voulait, vu que c'était du crypté et qu'on avait pas de contrainte d'audience.

BD : C'était un peu notre age d'or, ma période préférée. Grâce au concept de chaînes on pouvait faire n'importe quoi. Même si les études nous ont révélé que c'était une catastrophe et que personne n'allait plus regarder l'émission, ça a été une révélation pour Gus et moi, grâce notamment à la série Don Quichotte De la Revoluccion, saga où nous attaquions les moulins du néo-capitalisme.

Benoît s'interrompt et salut une dame qui s'en va.

BD : Au revoir Andréa ! A bientot !
Andréa Ferreol, la seule star qu'on ait eu à l'avant première. Bon on la reçoit comme une clocharde mais elle est quand même venue hein, quand même merde le cinéma italien quoi ! Tout ce qu'on aime !

Oui il y a du beau monde dans ce film ! Et d'ailleurs heu, mince, qu'est ce que je voulais dire... heu
BD : Ha ben ça je n'sais plus.

Une autre personne quitte la soirée et en profite pour demander à Benoît si il est confiant.

BD : Nous ne sommes jamais confiants nous sommes toujours méfiants, non mais en fait on s'en fout. Mais bon, c'est pas fait hein, attendons. A bientôt !
A part, goguenard : Quel con !

GK : Non mais c'est vrai que nous sommes mentalement préparés à l'échec.

BD : C'est pas qu'on s'en fout vraiment mais bon, qu'est ce que tu veux faire ?

Mais justement par rapport à Aaltra et Avida, vos deux premiers films, où vous vous étiez vraiment lâchés ...?
BD : Ouais tu veux dire que là on a fait dans le commercial...

Non mais sans aller vers le commercial est ce qu'il y a une volonté d'avoir plus de visibilité tout en conservant votre esprit ?
BD : Non mais c'est surtout qu'en fait le mystère fait peur. Alors que nous ça nous emmène dans des illuminations... moi je suis comme un fou. Avida, personne n'en a voulu. Cette fois ci on a fait un film qui est beaucoup plus visionnaire que ce qu'on fait d'habitude et qui est relativement évident.
Les délocalisations, le capitalisme sauvage poussent les gens à des sauvageries. Tout ça c'est du B A BA à la Jean Pierre Machin, je sais plus comment, pas Foucault, un autre.
On a fait un Don Quichotte relativement évident, aucune ellipse, le trajet de deux personnages qui foncent vers leur but final. C'est quasiment un livre pour enfant, on pense que tout le monde devrait suivre.

Un film didactique ? Certains mécanismes sont mis à nu, le groupe d'ouvrière finit par avoir un côté conseil d'administration lui aussi.
GK : Oui en effet mais en même temps ce n'était pas notre principal objectif. On avait surtout envie que ce film se fasse, qu'il existe. Le fait qu'il soit apprécié par la plupart des personnes ayant participé et par celles faisant partie de notre cercle d'ami est déjà une récompense. Par la suite, si le film trouve son public ce sera évidemment génial pour nous mais il est vrai que parfois on peine à y croire.

BD : On est arrivé à un film que tout le monde reconnaît, qui se déroule de façon logique et même radicale, qui pourra parler à plus de gens. Je pense qu'on ne fera jamais mieux qu'Avida. Mais on en avait un peu mare d'être dans de petites salles avec dix personnes super énervées, avec des gros points d'interrogations au dessus de la tête en train de nous dire "Vous nous avez fait traverser tout Paris pour voir un film incompréhensible !",  alors que pour nous il était limpide.

Oui mais vous avez quand même réussi à conserver votre personnalité dans ce film qui a son caractère bien à lui non ?
BD (à la manière de Mickael Kael) : Oui, car dans notre hotte de magiciens nous avons décidé de transformer des points d'interrogation, en points d'exclamation !




   

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