Interview - Agnès Merlet

Changer d'Eire

Affiche Hideways
La rencontre avec Agnès Merlet, réalisatrice de Hideaways, en salles aujourd'hui, part d'un malentendu. La déférence à l'univers de l'œuvre et à l'implication du spectateur laissait penser que j'allais rencontrer une artiste ayant trouvé le salut d'une cinématographie sans distanciation à l'étranger.
La discussion qui suivit tourna alors rapidement au quiproquo, la cinéaste ignorant (volontairement ?) les barrières qui l'ont poussé à l'exil, sans toutefois les renier.


Quel a été votre parcours jusqu'à Hideaways?
J’ai étudié aux Beaux-Arts où j’y ai fait du cinéma expérimental. C’est là que j’ai découvert le cinéma, parce que je voulais faire de la peinture à l'origine. Après je suis entrée à l’IDHEC, puis j'ai passé deux années à l’INA à faire des documentaires pour la télévision : sur des images de synthèses, des fractales, des émissions de géopolitique, sur la mode.
Au bout de deux ans je me suis dit qu’il fallait que je m’arrache de là parce que sinon j’allais y finir ma vie. Après j’ai pensé écrire un scénario mais ça a pris du temps. J’ai fait des clips, des pubs, puis j’ai réalisé Les Fils Du Requin et Artemisia.
J’ai voulu faire un film de genre en France qui se passait dans le milieu des Beaux-arts et qui prenait le crime parfait comme acte artistique ultime. Ça parlait pas mal de body-art, et là j’ai commencé à avoir plein de problèmes parce qu’on l’a trouvé trop nihiliste et dérangeant. J’avais quand même une partie du financement mais je n’arrivais à obtenir une chaîne de télévision. En clair, on me demandait d’avoir des acteurs connus, des adolescents de dix-huit à vingt ans. Il y avait le problème de la violence du sujet.
Je l’ai préparé deux fois, en changeant de producteurs. On trouvait mon sujet trop anglo-saxon, typiquement américain, et on me disait que cela n’existait pas en France. Je me suis dit que je devais faire un film directement en anglais puisque mes scénarios étaient trop anglo-saxons. J’ai écrit Dorothy, mais ce n’était quand même pas si simple pour une production française de faire un film en anglais, pour les financements, etc., mais ça je ne le savais pas encore.

Hideways

Et pour Hideaways ?
Un jeune scénariste irlandais, Nick Murphy, m’a proposé un scénario, et comme le coproducteur irlandais, le fond irlandais, Eurimages, ont beaucoup aimé Dorothy, c’était beaucoup plus facile. On a eu des coproducteurs suédois qui se sont greffés pour les effets spéciaux mais la structure de production était la même que pour mes précédents films.

Comment s'est passé le travail sur le scénario ?
J’ai retravaillé le scénario avec l’auteur. J’aimais beaucoup l’idée et les thèmes, dont je suis assez proche. Je viens de la campagne, d’une ferme et j’ai perdu un petit frère d’un cancer, c’est quelque chose qui me touchait vraiment. Je savais que je ne l'aurais pas abordé d’une manière distanciée. Nick avait écrit le scénario de façon beaucoup moins réaliste, il devait y avoir beaucoup d’effets spéciaux. Je savais que ca serait un cauchemar, donc il a été retravaillé, redramatisé.

Avez-vous participé à la conception des effets spéciaux ?
Avec des suédois (ndr : Filmgate), c'était très préparé. Toutes les parties avec les effets spéciaux ont été storyboardées, il y avait des responsables d’effets spéciaux sur le tournage et les plans étaient déterminés à l’avance.

Et au niveau de la direction artistique ?
J’ai fait une image numérique fixe dans un premier temps, en cherchant sur le Net tout ce qui m’intéressait (cabane, bois, matières), puis j’ai passé un moment avec Justine Gasquet, qui a créé des images numériques. Elle a crée l’univers visuel par collage, recomposition, matière. La décoration s’est inspirée de ces images.

Est-il plus facile de produire un film de genre en coproduction européenne plutôt qu'avec des capitaux exclusivement français ?

Il n’y a pas de plus facile, cela dépend du genre de film...

Et pour ce genre de film ?
Il est tourné en anglais et en Irlande donc effectivement c’est mieux de passer par une coproduction, mais maintenant si le film est en français... Cela dépend, si le film est pris par un studio français.

Mais si on ne trouve pas de financement en France, est-ce une solution ?
Ah ! Qui ne trouve pas de financements en France...? Ça peut être une solution, c’est à examiner. Je ne sais pas s’ils ne trouvent pas de financement parce que ce n’est pas bon ou autre... Oui s’il y a trop de violence et que les chaines de télé refusent, c’est une possibilité. Les films en anglais permettent d’avoir un financement sur les ventes à l’étranger qu’on n’obtient pas pour un film spécifiquement français.

Hideways

Beaucoup d’artistes français désirent faire ce genre de film, n’y arrivent pas et perdent du temps à les monter en restant en France.

C’est une question ou une constatation ?

Une constatation, a priori.
Oui c’est vrai, ce n’est pas quelque chose de français, c’est plutôt anglo-saxon, on n’a pas la culture du film de genre, la culture fantastique. C’est vrai que les films français sont plutôt réalistes et psychologiques. Si on demande à l’étranger ce qu’est un film français, on pensera plutôt à ça. Maintenant le film de genre existe aussi en France mais je crois que pour avoir le CNC c’est un peu difficile avec ces films, il y a certains modes de financement inaccessibles.

Lorsqu'on est une femme, y a-t-il autant de préjugés quand on veut faire un film de genre ?
Avant on me demandait si c’était difficile de faire un film en tant que femme. C’est un peu comme partout, il y a moins de femmes que d’hommes. Il faut savoir s’imposer. Peut-être que quand on voit le film de Claire Denis sur les vampires (ndr : Trouble Every Day) ou les films de Lucile Hadzihalilovic, on voit des films de genre un peu différent, sans respect de tout les codes des fameux films de zombies, les codes pour avoir peur... Ces films de femmes sont plus personnels, j’ai l’impression.

Pourtant vous avez  respecté les codes de la romance dans votre film.

Je ne sais pas du tout, je n’ai pas tellement regardé... Je crois qu’il réunit plusieurs genres dans un : à la fois comique, au début, histoire d’amour, thriller aussi. J’aime bien mélanger les genres et ne pas respecter les codes d’un seul en particulier.

Hideways

Vous n'aviez pas peur d'une comparaison avec Twilight, notamment à cause du choix de Harry Treadaway ?
Ah vous trouvez l’acteur insipide ?

Non, mais c’est la première chose qui m’a été dite après la projection : "Il ressemble à Robert Pattinson".
Twilight
, c’est sur un vampire, c’est quelque chose qu’on connait déjà au niveau mythologique... Cela me faisait plus penser à quelque chose comme Frankenstein. C’est bien que vous le trouviez séduisant ce garçon. Il y en avait plus "essentiellement beaux" au casting. L’actrice était blonde à la base je lui ai teint les cheveux pour qu’elle ne soit pas une beauté évidente.

Le film ressemble à un conte. Et ce qu'il tire son inspiration de la littérature ?

Non, l’idée était d’aller à l’encontre des super-héros avec le pouvoir de sauver les gens, l‘inverse des films hollywoodiens.


Hideaways, dans les salles le 23 novembre 2011.


Remerciements à Lison Müh-Salaün, Lucie Mottier et Bénédicte Vagne.


   

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