Gérardmer 2015 : Exists

Big croute

Affiche Exists

Avec le pompeux long-métrage "intelligent" moins rythmé qu’un tournoi de dominos pour troisième âge, l’autre genre quasiment inévitable à Gérardmer ces dernières années est le redoutable (et redouté) found footage.


Après Grave Encounters (2012), The Bay (2013) et The Sacrament (2014), c’est Exists qui s’y est collé pour la sélection hors compétition de l’édition 2015. Et il n’a guère fait mieux que ses tristes prédécesseurs.

Un groupe de cinq jeunes gens décide de passer le week-end dans la cabane de l’oncle de deux d’entre eux, située au beau milieu d’une immense forêt texane. Au programme, le package habituel : détente, musique, flirts, VTT, petite tête dans le cours d’eau voisin, etc. Ce séjour débute cependant mal : au cours de leur trajet nocturne vers la cabane, leur voiture heurte un animal lourd et non identifié. Dès lors, le groupe va se voir implacablement poursuivi par une présence gigantesque, poilue et extrêmement agressive (RIP Demis Roussos).

On dit que les malfaiteurs reviennent toujours sur les lieux de leurs crimes. C’est certainement le cas pour Eduardo Sanchez qui, plus de quinze ans après son désormais culte Projet Blair Witch, retourne vers ses premières amours, à savoir le found footage forestier mettant en scène une bande de jeunes désemparés devant une menace contre laquelle ils ne parviennent pas à lutter. On aurait pu croire qu’une décennie et demie à voir défiler les navets consternants s’inscrivant dans la mode initiée par son premier long aurait donné à Sanchez la réflexion et le recul nécessaires pour éviter les erreurs de ses nombreux émulateurs. Le résultat n’en est que plus triste : on jurerait voir un premier film amateur tant les défauts sont indénombrables. Scénario sans audace ni originalité, mise en scène inexistante, ridicule involontaire des situations (il est incroyable qu’aucun membre de l’équipe n’ait tiqué devant l’idée de la poursuite entre le monstre et un des jeunes en VTT), interprètes au jeu plus qu'approximatif, clichés permanents… C’est comme si le réalisateur était resté coincé en 1999. Pire : il ne parvient même pas à reproduire les divers éléments que Daniel Myrick et lui avaient correctement développés dans le Projet Blair Witch, comme l’ambiance angoissante, le caractère insaisissable de la menace, le sentiment d’urgence de plus en plus étouffant ou encore la dynamique de groupe palpable entre les héros traqués.

Exists

Dans Exists, les personnages, aussi antipathiques qu'interchangeables, se distinguent surtout par leur effarante stupidité devant l'épreuve qu'ils subissent. Quant à la menace (souffrant d'ailleurs d'un travail de maquillage à la qualité très discutable), elle est clairement identifiée et se retrouve constamment à l'écran, ce qui lui fait perdre toute aura de mystère. Plus gênant encore, si le principe même de found footage au coeur du Projet Blair Witch pouvait bien trouver une justification intradiégétique dans la démarche des protagonistes apprentis cinéastes, cela n'est plus du tout le cas dans Exists où les héros se filment sans réelle raison, génération GoPro oblige. Conséquence malheureuse : le spectateur passe très vite le plus clair de son temps à se demander pourquoi le caméraman amateur continue à filmer ses amis se faire attaquer au lieu de les aider à repousser l'assaut du monstre.

Décidément, après l'exécrable Willow Creek, autre found footage réalisé par Bobcat Goldthwait (God Bless America) et présenté au BIFFF 2014, le personnage du Bigfoot n'a pas de chance dans ses représentations cinématographiques récentes. S
i avec Exists Sanchez s’échine à faire croire à ses spectateurs d’une part que le Bigfoot hante bien les forêts américaines et d’autre part que sa carrière en tant que réalisateur existe encore, il échoue malheureusement dans les deux démarches.



Exists d'Eduardo Sanchez, sortie française : inconnue




   

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