All The Boys Love Mandy Lane

Heat girl

affiche All The Boys Love Mandy Lane

Cela fait quatre ans que le film est terminé et deux ans qu’il aurait dû sortir dans nos contrées après une première incursion enthousiaste à Gérardmer. On peut dire qu’elle sait se faire désirer la bouillante Mandy.


C’est donc à l’éditeur Wild Side que nous devons la sortie en DVD du premier film de Jonathan Levine, All The Boys Love Mandy Lane. D’accord, c’est toujours mieux que rien mais on peut légitimement regretter une distribution en salles au vu de la qualité de ce film. Vieille antienne malheureusement toujours d’actualité dans notre si épanoui paysage cinématographique français qui patine toujours autant à classifier les œuvres selon leur profil marketing plutôt que leurs qualités artistiques. Tout est une question de positionnement, de coeur de cible à atteindre. Chaque film dans sa case (ou dans son genre) et rien qui dépasse sinon c’est la foire. Forcément, lorsque des comédies américaines d’apparence grassouillette et délicieusement régressives discourent avec pertinence, subtilité et émotion des plus importants rites de passage (l’âge adulte, la maturité, la paternité, la fraternité…), qui questionnent les choix d’une vie comme ses engagements, voire même qui stigmatisent nos dysfonctionnements comportementaux et sociétaux (comprenez les comédies engendrés par ces grands malades du Saturday Night Live, du Frat Pack et de ses affiliés) sont promues comme des succédanés d’American Pie, il ne faut pas s’étonner de la déconfiture au box office.

Il en va de même pour d’autres œuvres ne relevant pas d’un genre spécifique ou clairement identifiables, des œuvres transversales mixant diverses références culturelles, artistiques ou cinématographiques. Il n’y a qu’à voir ce pauvre Scott Pilgrim Vs. The World qui a vu sa sortie repoussée déjà deux fois. Sans présumer de la qualité du film, ce mélange de pop art, de culture manga, comics ou vidéoludique n’est pas un produit de consommation courante. Mais il faut bien lui coller une étiquette, sûrement que l’enjeu amoureux structurant la narration en fera un client idéal pour une comédie romantique sur fond de musique rock (logiquement en DVD se sera classé avec Sexy Dance 3D). Oui, il n’y avait pas assez de bagnoles et de chimpanzé pour le vendre comme un film pour gosses.

Tout ceci semble nous avoir éloigné de la belle Mandy, pourtant on constate un maltraitement similaire car malgré la bonne réputation acquise après avoir écumé divers festivals, All The Boys Love Mandy Lane reste un véritable casse-tête marketing tant il est difficilement classifiable. Qui est susceptible de s’intéresser à cette chronique adolescente mixant et triturant les codes du slasher, du whodunit voire du survival et renvoyant autant à Virgin Suicides de Sofia Coppola qu’au cinéma de Larry Clark ? Les CSP+, les geeks-, les spectateurs moyens ? Allez, arrêtons de nous plaindre et acceptons une bonne foi pour toute qu’à des prises de risques artistiques on préfèrera pratiquement toujours des remakes bêtifiants et ripolinés comme Les Griffes De La Nuit nouvelle dégénération, The Crazies (papy Romero doit se retourner dans son bocal de formol) ou autre Bouse A La Saint-Valentin 3D.


All The Boys Love Mandy Lane
 

Si Mandy Lane est la fille la plus populaire du lycée, c’est d’abord (et avant tout ?) par la grâce de sa beauté. Un être inaccessible qui attise autant la convoitise de la gent masculine que la jalousie de ses congénères féminines. Elle a pour seul ami et confident Emmet, le type le plus quelconque (aussi bien physiquement que par sa personnalité) de l’établissement et donc le moins populaire. Ils forment ainsi un beau couple antinomique, sorte d’alpha et oméga d’une jeunesse en pleine ébullition. Deux pôles opposés qui s’attirent. Deux antihéros, le vilain petit canard taciturne et la belle blonde que l’on soupçonne écervelée, dont les trajectoires a priori discordantes sont pourtant similaires car la beauté la plus lumineuse confine à l’isolement aussi sûrement que l’anonymat le plus profond. Ce qui les écarte d’emblée des préoccupations majeures de leurs camarades, soit le flirt, la picole et la fumette.

Tous les garçons sont donc prêts à tout pour s’attirer les faveurs de Mandy. Même, au cours d’une fête, à tenter l’exploit de se jeter depuis le toit d’une maison pour atterrir crânement dans la piscine. Une action risquée qui se termine non pas par des projections d’eau mais de sang, la faute à un trop plein d’alcool et la force persuasive d’Emmet assurant au jeune homme dont le crâne terminera en carpaccio que Mandy aime de telles prises de risques. Un drame qui éloignera irrémédiablement la belle de son ami qu’elle prenait soin de faire inviter en contrepartie de sa présence.

Tous les garçons courent après Mandy et même littéralement comme lors de cette séquence la voyant s’entraîner à la course à pied sur la piste du lycée et symbolisant parfaitement les rivalités à l’œuvre. Tandis que les pom-pom girls s’échinent en vain à répéter leur chorégraphie sur la pelouse au centre de la piste pour attirer l’œil (et la caméra), les autres filles semblant résignées à ne pouvoir revenir à hauteur d’une Mandy à très bonne distance, les garçons redoublent d’effort pour tenter de se rapprocher. Une compétition qui atteindra son paroxysme au cours de la petite virée dans la maison familiale d’un des prétendants de Mandy. Seulement quelqu’un est bien décidé à remporter la partie, et plutôt radicalement puisque les adolescents vont se faire trucider un à un. Voilà pour le prétexte horrifique du film qui permet d’abord d’exacerber une tension sexuelle prégnante. L’intérêt ne réside pas dans l’identité du tueur, révélée d’ailleurs assez vite par le réalisateur (et comprise encore plus rapidement par les spectateurs les plus attentifs ou plutôt les moins hypnotisés par Mandy), ni même dans des meurtres graphiques puisque ceux-ci se révèlent peu originaux et inventifs. Non, le véritable intérêt est bel et bien cette insaisissable Mandy Lane dont on a du mal à cerner la personnalité et à qui la sublime Amber Heard (Bienvenue A Zombieland) prête ses traits et un subtil équilibre dans l’interprétation entre fragilité et assurance. Un personnage qui bénéficie de toute l’attention de Levine qui s’ingénie à l’isoler dans le cadre par rapport à ses "amis" (elle est régulièrement au premier plan à droite ou à gauche condamnant les autres à l’arrière-plan, quand elle n’est pas carrément au centre du cadre tel un point de focalisation ultime pour les autres) et à provoquer, face à cette créature majestueuse, le même trouble adolescent au spectateur. Une volonté mise en scène d’emblée puisque dès le début du métrage, lorsque l’ange blond paraît, la caméra se confond avec notre regard, détaillant son allure, son physique (plans sur les jambes, la chute de reins, les cheveux, le visage).

All The Boys Love Mandy Lane
 

Si elle attire tous les regards, c’est parce qu’elle attire la lumière comme personne (au passage, saluons la superbe photo de Darren Genet), magnifiant sa beauté au point de la rendre encore plus éthérée. Voilà sans doute le principal grief de ses concurrentes redoublant d’artifices (piercing sur le nombril, soutien-gorge rembourré) pour séduire quand Mandy Lane n’a qu’à apparaître pour resplendir (non, elle ne brille pas au soleil à la manière de vampires mités !). L’enjeu véritable n’est donc pas de savoir qui tue et pour qu’elle raison mais est constitué par une interrogation primordiale dans le programme de l’œuvre, quel est le degré de conscience de Mandy Lane quant à son pouvoir d’attraction, de séduction. Et de destruction.

S’il n’est pas un chef-d’œuvre du genre, All The Boys Love Mandy Lane est un troublant jeu entre Eros et Thanathos et un remarquable portrait contrasté (visuellement, thématiquement et musicalement, les titres composant la B.O ajoutant d’ailleurs une stupéfiante dimension mélancolique aux images auxquelles ils sont associés) qui ne mérite pas de passer inaperçu. Histoire que l’indifférence avec laquelle les films de Lucky McKee (May, The Woods, l’épisode Sick Girl des Masters Of Horror) et de son compère de galère Chris Siverston (The Lost, I Know Who Killed Me) ont été accueilli et exploités ne frappe pas celui de Levine qui entretient de nombreuses correspondances, notamment dans la peinture sans concession et poétique du spleen adolescent et la mise en valeur d’une marginalité qu’il ne s’agit plus de résorber ou d’adapter mais de comprendre. Jusqu’à l’aimer ?

7/10
ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE
Réalisateur : Jonathan Levine
Scénario : Jacob Forman
Producteurs : Keith Calder, Chad Feehan, Felipe Marino, Joe Neurauter, Brian Udovich
Photographie : Darren Genet
Montage : Josh Noyes
Bande originale : Mark Schulz
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h30
Sortie française : Edité en DVD par Wild Side depuis le 4 août 2010




   

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