The X-Files - Pilote

Rencontre du premier type

Affiche The X-FilesLes X-Files ont ressuscité une nouvelle fois pour une dixième saison après un second film mitigé, l’occasion de revenir sur son remarquable premier épisode. Certes, il était difficile d’en déduire le succès et le culte qui suivraient mais ce pilote demeure un modèle de lancement de série.


Le discret engouement suscité par le programme n’est pas une surprise tant ce premier opus présente des qualités d’écriture, de réalisation et d’effets visuels inédits pour une série visant le grand public. Autrement dit, c’est un petit choc télévisuel ! Pourtant, Le Prisonnier, Doctor Who ou peu de temps auparavant Twin Peaks avaient elles aussi bouleversé la manière d'envisager la série TV mais n’ont pas eu un impact aussi retentissant que la création de Chris Carter.
En s'attardant sur ce pilote, on voit que les bases fondatrices du show sont déjà bien établies : fraîchement débarquée au QG du FBI, la médecin légiste Dana Scully est assignée au bureau des affaires non-classées (les X-Files, donc) afin de seconder celui que ses collègues surnomment "l'extra-terrestre", Fox Mulder. La jeune femme est chargée d'observer les activités de son partenaire et les consigner afin d'éclairer la hiérarchie sur la pertinence de de cette section. Le scepticisme et le cartésianisme de Scully s'opposant de nature à la foi (pas aveugle) de Mulder envers les phénomènes paranormaux, ce qui pourrait engendrer une certaine dévaluation de son travail. A peine les présentations faites, il l'entraîne sur un premier cas étrange dans la petite ville de Bellefleur, Oregon, où quatre jeunes gens de la même promo ont été retrouvés morts dans la forêt avoisinante. Les circonstances mystérieuses de leur décès amènent Mulder à envisager l'intervention de petits hommes gris.

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Investigation dans un coin reculé où les fédéraux se heurtent à la méfiance voire l'hostilité des représentants du pouvoir local, découvertes bizarres, conspiration du silence... Ce premier épisode définit les motifs récurrents qui rythmeront la série, dont le développement et les imbrications via un vaste complot aux ramifications complexes en feront son succès. Ces éléments sont également présents dans l'autre série phare de l'époque, Twin Peaks, mais ses intrigues demeureront liées à la ville aux monts jumeaux, lieu unique un brin mystique à la frontière du Canada (et du monde des esprits malfaisants) tandis que X-Files variera décors et environnements. De plus, la série de David Lynch et Mark Frost se montrera davantage hermétique pour les téléspectateurs, développant une ambiance de plus en plus poisseuse et anxiogène à mesure que Bob multipliera les apparitions. X-Files quant à elle déploie un horizon plus ouvert géographiquement mais également sur ses velléités métaphoriques et mythiques puisque le fil conducteur du grand arc narratif repose sur l'influence exercée par des visiteurs de l'espace et toute la mythologie ufologique sous-tendue qui a innervé de multiples aspects de la culture populaire. C'est sans doute la mise à l'épreuve de ce fantasmes en prise avec une réalité qui serait sciemment occultée - un complot ourdi par une obscure officine gouvernementale et les récits impliquant des extra-terrestres - qui a en premier lieu titillé l'intérêt du public. Ainsi que l'inspiration assumée du récent Silence Des Agneaux (Scully est une émule de Clarisse Sterling) et de la série Dossiers Brûlants mettant en vedette le père spirituel de Mulder, Carl Kolchak.

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D'une manière générale, X-Files montre comment deux agents dans l'ombre vont tenter d'apporter la lumière sur des phénomènes inexpliqués et dont on minimiserait officiellement le caractère singulier. Cette dichotomie est introduite dès ce pilote où images et cadres jouent régulièrement sur l'opposition entre obscurité et lumière, premier et arrière-plan, renversant le paradigme voulant que ce qui est exposé, explicitement défini, reste irréfutable et contient toutes les réponses (la vérité est ailleurs...). La série ne cessera d'en éprouver le fondement dès ce premier épisode : ce qui baigne dans une éclatante luminosité n'est pas digne de confiance (le shérif apparaissant en contre-jour des phares de son véhicule lorsque Mulder et Scully explorent la forêt) et les réponses et la vérité demeurent dissimulées derrière un discours sinon réconfortant du moins prosaïque (le supérieur Blevins s'adressant à Scully tandis que l'homme à la cigarette, pourtant en retrait et silencieux, semble dominer la scène).

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La volonté, ambitieuse pour l'époque, d'appliquer à chaque épisode une mise en scène cinématographique est clairement définie lors de segment inaugural qui fait la part belle à une photo travaillée pour mettre en valeur plusieurs ambiances. Outre les jeux de lumière, notamment avec les lampes torches brandies par Mulder et Scully (un gimmick récurrent renforcée la saison suivante par l'utilisation des fameuses lampes xenon), on remarque ici une variété de plans et d'échelle qui renouvellent le sempiternel champ/contre-champ largement usité à la télévision. Comme ses interprètes, la réalisation est quelque peu hésitante mais ces balbutiements n'empêchent pas l'expression d'un salvateur désir de décloisonner le petit écran. Twin Peaks faisait déjà l'étalage d'une réalisation soignée et enivrante mais ce n'était pas si surprenant, la série étant chapeauté par un cinéaste chevronné.

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X-Files a su jouer sur les peurs de l'inconnu (qu'est-ce qui se cache au-delà des étoiles ou au fond d'un conduit sombre ?) et la méfiance envers la parole officielle (on nous cache tout, on ne nous dit rien). Le pilote fonctionne parfaitement sur ces deux pôles via notamment le mutique homme à la cigarette, présenté comme un simple observateur attentif tirant sur sa clope qu'une dernière séquence, renvoyant aux Aventuriers De L'Arche Perduepose en figure centrale de l'intrigue : l'implant récupéré par les deux agents est remisé par ses soins dans une salle immense au cœur du Pentagone où les rayonnages contenant d'autres preuves secrètes s'étendent à perte de vue. Son interprète, William B. Davies, sous l'égide de Carter, en fera une figure majeure du show aussi essentiel que le duo Scully et Mulder.

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X-Files séduit aussi car elle ose introduire le fantastique dans les foyers sans fantaisie mais en le subordonnant aux enquêtes minutieuses de deux agents éternellement en conflit avec l’autorité, avec les croyances de l’autre, avec eux-mêmes et leurs traumas. De plus, le showrunner et les scénaristes n’ont de cesse d’interpénétrer la diégèse avec la réalité des téléspectateurs en datant les événements de la série au plus près des dates de diffusion, renforçant ainsi la sensation de découvrir sur leur écran une réalité sinon parallèle du moins dissimulée. Le pilote fonctionne sur ce principe en débutant son action quelques temps avant sa première diffusion, induisant un puissant lien de crédibilité. Et malgré l’heure de grande écoute, la série ne sera jamais avare en effets chocs ou sanguinolents pour appuyer le réalisme des situations. Le pilote pave la voie avec l’excavation d’une tombe révélant un cadavre peu ragoutant que Scully et Mulder étudieront sous toutes les coutures.

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La série se conçoit comme un parcours initiatique, notamment par le biais du personnage de Scully à travers lequel nous découvrons un univers où se côtoient surnaturel et Science-Fiction dont Mulder le freak est le gardien, une identification pertinente afin de se confronter aux intrigantes théories du gardien des X-Files. Ce pilote s'ingénie alors à définir leur relation avec autant de soin que celui porté à la mise en images, d'autant que les protagonistes sont les garants de la longévité d'un programme. Mission accomplie de fort belle manière car si leurs points de vues divergent et engendrent quelques conflits, ils font preuve déjà d'une belle complémentarité. La séquence où Scully vient trouver du réconfort auprès de Mulder dans sa chambre d'hôtel cimente leur collaboration naissante, Fox donnant un important gage de confiance à sa partenaire lorsqu'il lui confie sa motivation intime et profonde, percer le secret de la disparition de sa sœur Samantha. S'il est enclin à toujours considérer avec sérieux les hypothèses les plus farfelues, Mulder n'est pas pour autant un dévot à la religion ufologique. Le poster qui orne son bureau, que l'on découvre lorsque Scully lui rend visite pour la première fois, illustre parfaitement son état d'esprit : I want to believe. Et pas à n'importe quel prix.

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Si dans cet épisode inaugural Mulder et Scully faisaient l'expérience de la disparition d'un laps de temps, les téléspectateurs qui découvraient ce show appelé à devenir culte n'avaient pas perdu le leur.




X-FILES - PILOT
Réalisateur : Robert Mandel
Scénario : Chris Carter
Production : Chris Carter & Daniel Sackheim
Photo : Thomas Del Ruth
Montage : Stephen Mark
Musique : Mark Snow
Origine : USA
Durée : 48 minutes
Diffusion française : 12 juin 1994




   

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