Il y a une vie après l’Hadopi : la vidéo en poche par l'Utopia

Le peer contre-attaque

Vidéo en poche
Il y a fort longtemps, dans une galaxie très lointaine… L’étoile de la mort Hadopi, dite aussi usine à gaz inapplicable, pratiquement mort-née, était toujours animée de gesticulations comme un zombie sortant de terre prêt à vous agripper. Heureusement, la résistance s’organise…

Alors même que cette institution est loin de reposer sur des assises (juridiques, fonctionnelles) solides, elle semble prête à balancer ses premiers mails d’avertissement afin de protéger les ayants-droits d’œuvres viollemment piratées par des sauvageons 2.0. Vous savez tout le bien que nous pensons de cette croisade anti-culturelle sinon, veuillez vous reportez à la checklist des articles parus sur le site. Pourtant, depuis la promulgation le 12 juin 2009 de la loi Création et Internet, nous ne lui avons consacré qu’une attention polie relayée de temps à autre au sein d’une meneuse de revue. La loi dite Hadopi 2 est donc finalement passée avec un changement notable puisque désormais les sanctions encourues (amende + accès internet suspendu) ne dépendent pas d’une autorité administrative (aussi Haute soit-elle) mais d’un juge. Cependant, de nombreux points posent problème comme le fait que cette loi crée le délit de négligence caractérisé pour l’internaute arguant que son IP a été piratée. Autrement dit, pour éviter d’être sanctionné pour un défaut de protection de votre système, il vous faudra soumettre votre activité numérique à la surveillance de logiciels certes estampillés Ministère de la Culture mais qui ne constituent pas moins de jolis mouchards institutionnalisés.

Autre problème, le fait que l’Acerp (Autorité de Régulation des Communications et des Postes) aurait dû être consulté dans le cadre des décrets organisant la collecte des IP incriminés puisque le coût sera supporté par les ayants-droits et les Fournisseur d’Accès à Internet (FAI). Un vice de forme attaqué par le FAI associatif FDN auprès du conseil d’Etat le 24 août dernier, et rejeté le 15 septembre. Ne restent que les deux recours formés par FDN cette fois-ci sur le fond sur lesquels doit statuer le conseil d’état.

Et alors que cette action en justice était intentée dès le mois de mai, repoussant de facto l’envoi des premiers mails d’avertissement (prévus pour septembre, ils arriveront peut être courant octobre. Reste à savoir de quelle année), cela n’a pas empêché le gouvernement de se prêter à une propagande massive en distribuant entre le 20 et le 30 août à la sortie des péages autoroutiers quelques 260 000 dépliants expliquant les conditions d’exercice de l’Hadopi.

Dépliant Hadopi
Dépliant Hadopi : un document bientôt culte ?

Comme s’il ne subsistait aucun obstacle, qu’il soit juridique donc avec les recours de FDN ou structurel (labélisation Hadopi ? filtrage volontaire ? identification ?)
Une manière de préparer l’opinion publique à accepter l’idée que ça y est, l’Hadopi est prête à fondre sur les contrevenants. Une tactique similaire a été appliquée à la non moins fumeuse réforme actuelle des retraites, la plupart des quotidiens ayant abondamment relayé courant juin un encart gouvernemental expliquant l’avant projet de loi et ce qui allait changer, instillant l’insidieuse impression que tout était déjà joué. Rappelons que le dit projet de loi est en cours d’examen… Devant ces entreprises de sensibilisation se muant en actions de persuasion, difficile d’allumer des contre-feux efficaces.

Heureusement, outre les téléchargements directs et le recours à des VPN, il reste de multiples façons de contourner le problème Hadopi ou de trouver des antidotes à ce lent poison.
Alors que les frontières physiques ont été symboliquement abolies permettant la libre circulation des flux migratoires et des capitaux, il est malheureux de constater une tendance gouvernementale au cloisonnement d’une frontière virtuelle, restreignant la circulation, l’échange, le partage d’oeuvres culturelles. Pourquoi toujours raisonner sur le même mode répressif alors que militer pour l’institution d’une licence globale serait profitable et équitable pour tout le monde ?

Comment s’organiser autrement pour que tout le monde, artistes et amateurs, y trouvent son compte ? Une tentative de réponse vient d’être apportée par l’Utopia, et cela n’a rien d’une utopie.

SECOND LIFE
" …ce qui nous anime est de faire partager des œuvres qui n’ont souvent pas accès à d’autres écrans que les nôtres, ni même au piratage qui n’est somme toute qu’un « avatar » de la consommation de masse."

L’extrait de cette note d’intention libertaire mis ainsi en exergue n’est pas issu d’une déclaration d’un site de partage de fichiers ou de cinq gus dans un garage. Non, nous la devons au réseau de salles Art et Essai Utopia qui, avec l’initiative Hadopi-proof "Vidéo en Poche", a mis en place depuis juillet dernier un étrange commerce puisqu’en échange de 5 euros, un gentil membre du réseau vous copie (!) sur votre clé USB ou carte mémoire (!!) le film de votre choix parmi le catalogue proposé (!!!). Une mesure qui s’avère un joli tacle glissé à l’actuel ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, comme à l’instigatrice de la fumeuse Hadopi (Haute Autorité gna gna gna gna), dame Albanel (que nous adorions détester), alors qu’elle n’est nullement en contradiction avec la loi Création et Internet luttant contre le partage de fichiers s’effectuant en infraction avec le droit d’auteur. Oui, car sur les 5 euros payés, 1,18 € sont pour la salle, 0,82 € sont consacrés à la TVA et le reste, soit 3 euros, vont directement dans la poche de l’ayant droit.

Le réseau Utopia serait-il parvenu à résoudre la quadrature du Net ? Soit proposer une alternative à la diffusion d’œuvre au bénéfice des consommateurs ET des auteurs ? Sans doute pas complètement mais il est vrai que proposer un réseau parallèle où l’action physique - venir dans une des salles Utopia sises à Avignon, Bordeaux, Montpellier, Saint-Ouen L’Aumône et Pontoise ou Toulouse et Tournefeuille - serait complétée par une dématérialisation numérique totale – le film est copié sur votre périphérique de stockage au format ouvert Matroska (.mkv) et sans DRM (c'est-à-dire sans restriction de copie privée ou de lecture à une zone géographique ou de copie privée) – est aussi pertinent qu’alléchant et enthousiasmant.

Certes, le catalogue est surtout composé, pour l’instant, de films documentaires déjà diffusés dans le circuit de salles (Les LIP, L’Imagination Au Pouvoir de Christian Rouaud, histoire sensationnelle et science-fictionnelle d’une usine gérée, en 1973, en autogestion par ses ouvriers ; Non Au Mac Drive de Frédéric Chignac et ses émules citadins de José Bové, le film qui initia l’aventure Vidéo en Poche…et plein d’autres !). Mais vous pourrez également vous procurez L’Impitoyable Lune De Miel de l’impayable Bill Plympton ou The Saddest Music In The World du canadien fou et génial Guy Maddin

De toute manière, cette initiative n’a pas vocation à concurrencer les offres VOD ou les sites d’échange de torrent en termes de quantité ou de nouveauté mais bien de se définir comme une ressource complémentaire mêlant qualité, rareté et curiosité. En effet, cette nouvelle forme de distribution permettra de développer l’exploitation d’œuvres introuvables sur le réseau ou trop marginalement partagées et donc prolonger leur existence. Qui sait si le succès aidant le catalogue ne sera pas étoffé par des distributeurs, des éditeurs (des Majors, soyons fous) séduits par l’alternative. En attendant, Utopia propose d’étendre l’initiative à toutes les salles indépendantes en formulant la demande. Ainsi, plus le réseau s’étendra, plus il sera attractif, autrement dit une expansion virale créant un véritable cercle vertueux. Plutôt pas mal comme utopie…

Surtout, cela permettrait peut être, sinon de tirer définitivement un trait, du moins de neutraliser l’action de l’Hadopi pour que jamais nous ne soyons les témoins de cette scène :

Martine coincée par Hadopi
 




   

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