Gérardmer 2013 : Dagmar, L'Âme Des Vikings

Soeurs de sang

Affiche Dagmar, L'Âme Des Vikings

Après le déjà remarqué Cold Prey, le réalisateur norvégien Roar Uthaug (rien que son nom annonce la couleur) enfonce bien profondément le clou et souligne une fois encore que le Grand Nord est toujours présent dès qu’il s’agit d’apporter un vent de fraîcheur à Gérardmer (Morse, Sauna, Rare Exports...).


La vie dans la Norvège du 14ème siècle n’est pas facile : une épidémie de peste a décimé la population et les survivants s'aventurant sur les routes doivent également courir le risque d’être attaqués par des barbares sans pitié. La jeune Signe voit ainsi sa famille massacrée par une bande dirigée par la cruelle et charismatique Dagmar. Epargnée et faite prisonnière, Signe parvient cependant à s’évader avec Frigg, la fille de Dagmar. La poursuite infernale peut commencer.

Malgré un budget que l’on devine limité, Uthaug nous offre ici une pure perle noire de sauvagerie poétique où rien ne sera épargné à ses protagonistes. Mêlant habilement des résonnances de conte cruel à une trame plus classique de survival, Uthaug ne lâche à aucun moment son postulat de départ (les twists pourris, c’est pas pour ici) et garde en permanence un ton premier degré incroyablement satisfaisant. Mais si on devine un étonnant travail de direction artistique derrière cette oeuvre, l’éblouissante réussite de Flukt tient également à un casting hors du commun. Chaque personnage transcende le cliché auquel on aurait pu initialement l’associer et donne un relief inattendu à un récit déjà d’une grande richesse (thématique, symbolique, scénaristique). On retiendra évidemment la prestation habitée de la jeune Isabel Christine Andreasen. Mais la Palme revient sans la moindre hésitation à Ingrid Bolso Berdal. Totalement inouïe dans le rôle de Dagmar, Berdal mérite une reconnaissance internationale au moins aussi grande que celle de Noomi Rapace. Berdal confère en effet à son personnage une aura quasi-surnaturelle qui ne fait que souligner la portée tragique de cette figure vouée au mal, presque trop impressionnante pour qu’on ose s’y attaquer.

Dagmar, L'Âme Des Vikings


Autre bonne surprise, Uthaug manie avec grande aisance une certaine imagerie “fantasy” : aimant visiblement tous ses personnages, le réalisateur norvégien multiplie les plans icôniques mais se montre assez sage pour éviter que ceux-ci ne phagocytent jamais son récit. La voilà sans doute, la clé derrière la belle réussite artistique de Flukt (son titre original) : un équilibre rare entre scénario écrit le couteau entre les dents et réalisation soignée, sans fioritures, ne se perdant jamais dans des effets de style parasites. Si on ajoute à cette avalanche de qualités une utilisation inspirée du Scope mettant en valeur les majestueux paysages norvégiens, on obtient le film le plus abouti de ce début de festival (hors compétition, ça va sans dire).




   

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