Rencontre avec Yves Boisset

L'épris du danger

Affiche Espion Lève-Toi

Yves Boisset fait sans conteste partie d’une espèce en voie d’extinction dans le paysage cinématographique français, celle des metteurs en scène très engagés, n’hésitant pas à attaquer de front les autorités et le pouvoir en place.

Qu'il s'agisse de la guerre d'Algérie (R.A.S.), des scandales frappant le monde politico-judiciaire (Le Juge Fayard Dit Le Shériff), du monde trouble des services de renseignements internationaux (Espion, Lève-Toi) ou du racisme ordinaire présent dans le cœur du français "moyen" (le déstabilisant et glaçant Dupont-Lajoie), Boisset n'a jamais choisi la sécurité et est toujours allé gratter là où ça ne sent pas bon. Plus fort encore, avec Le Prix Du Danger, Boisset dénonçait avec vingt ans d'avance le phénomène de la télé-réalité et ses dérives possibles. 

Depuis quelques années, le réalisateur délaisse néanmoins le grand écran pour se concentrer sur des œuvres de télévision, ce qui lui laisse davantage les coudées franches.
Tout récemment, Yves Boisset a participé à la 7ème Edition du Festival du Film Policier de Liège en tant que membre du jury. Nous avons saisi cette opportunité pour le soumettre à la question.

Nous entamons les débats en revenant sur le passé de critique du réalisateur. Yves Boisset en profite pour nous faire partager sa passion pour l'extraordinaire
Nuit Du Chasseur de Charles Laughton.
Si vous tendez l'oreille, vous aurez peut-être même l'occasion d'entendre en arrière-fond la grosse voix de Michel Galabru, le président du jury du festival, qui se faisait pourtant interviewer à quelques pièces de distance...




A noter qu'un léger souci technique aux environs de la sixième minute nous a malheureusement fait perdre un court passage (quelques secondes) au cours duquel Yves Boisset poursuivait sa vision de la critique. Nous avons néanmoins pu le sauver via le dictaphone. En voici la retranscription :
 

"Les gens ont absolument perdu toute confiance dans la critique, qui soit démolit des trucs à tort ou à raison que les gens trouvent biens, soit au contraire meurt d'ennui devant des films qui ne les atteignent pas, qui ne les touchent pas. Vous savez, on a coutume de dire dans le cinéma "Merde ! T'as un bon Libération, t'as un bon Télérama, t'as un bon Monde : le film va être une catastrophe !".
C'est une boutade, mais c'est significatif de la perte d'influence de la critique sur les gens qui vont au cinéma."


Dans la deuxième partie de notre entretien, Yves Boisset nous parle avec force anecdotes des réalisateurs avec qui il a eu l'occasion de travailler tout au long de sa carrière. Par extension, il évoque un état d'esprit professionnel un peu disparu depuis.




Dans la troisième et dernière vidéo, Yves Boisset nous fait part de son sentiment très sombre sur le cinéma politique contemporain en France, et s'attarde également sur ce qui s'est fait à une certaine époque en Italie.




BONUS TRACK
Avec un interlocuteur comme Yves Boisset, il est difficile de ne pas ressentir comme un goût de trop peu à la fin de l'entretien.
Du coup, voici un petit cadeau : l'ultime partie de l'interview, qui ne figure pas dans le document vidéo que vous venez de voir, au cours de laquelle le réalisateur nous parle de ce qu'il nous réserve pour l'avenir. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a rien perdu de sa flamme ni de sa passion pour les sujets explosifs.


Nous avons lu que pas mal de projets vous avaient été refusés pour des raisons politiques...
Hé bien, on ne vous dit jamais que ce sont pour des raisons politiques. On ne vous dit pas "Il ne faut pas parler de ça !".
On vous dit plutôt que cela n'est pas intéressant, que cela ne va pas intéresser les gens. Maintenant, que cela n'intéresse effectivement pas les gens, c'est possible.

Au vu des sujets qui vous ont été refusés (la mort de Pierre Beregovoy, l'assassinat de René Bousquet, l'affaire des disparues de l'Yonne…), on peut estimer qu'au contraire, cela serait très intéressant !
Vous aviez également un projet, appelé Barracuda, qui abordait les relations... "spéciales" entre la France et le continent Africain. Pensez-vous encore pouvoir mener à bien ces différents projets ?
J'espère ! Actuellement, j'ai deux projets. Je ne dis pas qu'ils se feront. Ils sont en discussion.
Certains ont trouvé le financement. Il y en a un en tout cas qui me paraît bien parti vu que cela serait la Paramount qui le financerait. Il parle des derniers jours de Kadhafi. C'est un film qui s'appellerait Amazone. C'est l'histoire d'une jeune fille enlevée par des proches de Kadhafi, emmenée vers la forteresse de Bab al-Azizia. Elle y est violée par Kadhafi et par ses sbires. Elle en nourrit une haine inextinguible contre Kadhafi. Elle est emmenée par Kadhafi lors de sa fuite vers l'Algérie. Là, et c'est une histoire complètement vraie, elle réussit à appeler les rebelles. Ceux-ci finissent par coincer Kadhafi dans un souterrain, sous l'autoroute qui mène en Algérie.
Le tout vraisemblablement avec l'intervention des services français.

C'est un très bon sujet ! Vous avez mentionné un deuxième projet à côté de celui-là...
Oui. Les Diamants De La Colère. C'est un polar, mais assez sulfureux. Cela parle de Bokassa, des diamants, de Giscard d'Estaing, de la relation de Giscard d'Estaing et de son frère (Olivier Giscard d'Estaing, qui était un homme d'affaires et qui a gagné de l'argent en quantité inimaginable dans l'Afrique de l'Ouest). Olivier Giscard d'Estaing était, notoirement, l'amant de Catherine Bokassa, future impératrice de Centrafrique. C'est lui qui l'a présentée à son frère. C'est un peu les Kennedy !
Ils étaient tous les deux les amants de Catherine Bokassa, qui était d'ailleurs une fille superbe, même encore aujourd'hui. J'ai été la voir à Genève : elle frise la soixantaine mais elle est vraiment très belle. Elle a mieux vieilli que Giscard d'Estaing, sans parler de Bokassa...
Dans ce film, on voit intervenir des gens comme René Journiac (le conseiller aux affaires africaines du président français), Jean-Christophe Mitterrand papa-m'a-dit et un des "grands hommes" de notre époque, Patrick Balkany (maire de Levallois, proche de Sarkozy et grand maître de la Françafrique actuelle).

Mais c'est un brûlot !
Oui, je ne sais pas si j'arriverai à le faire. Il y a des gens que ça inquiète beaucoup.



Un immense merci à Mr Yves Boisset pour sa disponibilité et sa gentillesse.
Nous tenons également à remercier le comité d'organisation du Festival du Film Policier de Liège pour nous avoir donné la possibilité d'interviewer ce réalisateur décidément trop rare.
Nous associons à nos remerciements l'hôtel Liège Crowne Plaza pour avoir mis un de leurs luxueux salons à notre disposition pour la durée de l'entretien.

Enfin, merci à Alain de Culturopoing pour une troisième interview qui s'est aussi bien passée que les précédentes. Quand tu veux pour la prochaine !




   

Commentaires   

 
0 #1 Eric GIBAULT le lundi 26 mai 2014 à 13:37
Bonjour,

Est-il possible de reprendre contact avec Yves Boisset pour connaître l'état de ses projets ?

Merci
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0 #2 Pierre Remacle le lundi 26 mai 2014 à 16:44
Bonjour,

Malheureusement, cet entretien avait été arrangé suite à un contact direct avec les organisateurs du Festival du Film Policier de Liège. Nous n'étions pas passés par d'autres intermédiaires.

Néanmoins, je vais en toucher un mot avec l'ami avec qui cet entretien a été préparé et réalisé. Si jamais nous réussissons à reprendre contact avec Mr Boisset, croyez bien que nous ne manquerons pas d'en parler sur Louvreuse (et sur Culturopoing).

Cordialement.
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0 #3 Eric GIBAULT le lundi 26 mai 2014 à 20:26
Merci pour votre réponse, Monsieur Yves Boisset est un cinéaste sincère en plus d'être un homme de conviction qui témoigne ici superbement bien d'un passé qui était quand même nettement plus exaltant qu'aujourd'hui. Pas de nostalgie, juste un constat :)
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