Scream 4

Slasher de déjà-vu

Affiche Scream 4

Après Scream 3 en 2000, Wes Craven avait juré que la boucle était bouclée. Le voilà pourtant de retour à Woodsboro avec la nouvelle génération SMS / Facebook, Ghostface sur les starting blocks et le retour de Sidney, Gale et Dewey pour le passage de témoin. Vous avez dit remake ?


Wes Craven avait sorti Scream à la fin de l'année 1996 (à l’été 1997 en France) avec la volonté de ressusciter le slasher movie qui s’essoufflait de ses nombreux erstazs, alors que le genre horrifique se faisait de plus en plus rare sur les écrans. Il s’agissait de démonter les codes des slashers précédents pour les mettre en évidence, accepter de dénoncer le factice (que tout le monde admettait tacitement) de la fiction antérieure pour ré-ancrer le genre dans quelque chose de réel. Il engagea des acteurs familiers, identifiables, qui avaient un passé avec le spectateur grâce aux séries TV (Neve Campbell, Courteney Cox) dans lesquels ils avaient joué, ce qui allait rendre la menace imminente sur leur vie plus dramatique.
S’ajoutèrent à la recette un ancrage référentiel lourd pour améliorer l’identification d’une génération de fans de films d’horreur qui pensaient devancer aisément la pensée d'un psychokiller, la réexploration des archétypes et surtout la remise au goût du jour du whodunit qui ouvrait les suspicions sur n’importe quel élément du casting. Mais Craven et Williamson avaient planté les graines du propre démontage de leur formule, car mettre les clés des codes en valeur sans révolutionner le genre ouvrit la voie à une mise en abîme encore plus sévère à chaque suite en guise de contenu. Une fuite en avant qui mena au parodique Scary Movie et à une vague de slashers référentiels chargés en séquelles qui tombèrent encore plus vite en désuétude face à une génération "à qui on la fait plus". Les néo-slashers portèrent la marque rouge Williamson / Craven et furent vite fustigés par les fans historiques du genre, raillés par un public sevré à qui les Wayans avait donné le bâton pour le battre. Cette génération leur préféra vite les torture porn (Saw, Hostel…) , les remake des classiques horrifiques des 70’s/80’s et dans le cas le plus heureux à des essais originaux dopés à la référence (Shaun Of The Dead).

Scream 4
 

Le réalisateur démontre dès l’ouverture de Scream 4 cette absence de déférence envers les suites qu’il a refusées et qui dirigent la série stab, miroir fictionnel des Scream, vers un film à tiroir complètement crétin. Maintenant que le temps a passé, que l’ombre du remake pointe le bout de son nez, Papy Craven réapparaît comme un roublard avec Ghostface dans sa manche. Il reprend Kévin Williamson (pour le traitement, car celui-ci fut assez occupé sur sa série Vampire Diaries pour lâcher la finition à Ehren "Scream 3" Kruger), réinvite ses trois stars, nos amies des séries TV (Kristen Bell, Anna Paquin, Hayden Panetierre, Alison Brie) dans ce qui s’apparente à un reboot de sa saga… Mais les apparences ne sont pas toujours ce qu’elles sont. 
Faut-il croire l'auteur des Griffes De La Nuit lorsqu’il répète qu'il fallait attendre suffisamment longtemps afin d'avoir la matière nécessaire à la mise en oeuvre d'un Scream 4 requestionnant le genre comme le premier opus à son époque ? La réponse semble positive à la lumière du résultat, car de la matière à disserter, il y en a. Or la nouvelle cuvée Ghostface n’est pas un renouveau, tout au plus un fossoyeur qui arrive à point nommé avec l’intelligence de pousser sa logique dans ses derniers retranchements, sans rien proposer de nouveau. Est-ce une bonne chose pour le cinéma d’horreur ? C’est en tout cas un bien pour le premier film.

Scream 4
 

Dans une des premières scènes, le shériff Dewey Riley déclare que l’horreur des générations précédentes sert d’amusement aux suivantes. Il fait alors référence aux massacres que Sidney Prescott, sa femme Gale Weathers et lui-même ont essuyés sur les trois premiers épisodes, qui n’est ici que prétexte à des soirées à thème et à des plaisanteries grasses.
Le réalisateur pose d’emblée son intention en mettant sur le devant de la scène les survivants, pas à titre de caméo (comme l'avait fait Halloween H20) mais en tant que héros de son récit face à des jeunes qui recherchent la parodie en disqualifiant la vie de Sidney Prescott. Une intention consistant donc à définir de nouvelles règles de la peur en démontant cette génération blasée pour qui l’Histoire est si lointaine qu’elle a viré à la légende urbaine : en les privant de leur socle de référence, les présentant démunis face au danger, pour devenir les héros de l’histoire de Sidney, Craven redonne à l’horreur du passé tout le sens dont on l'avait privé à force de traitements cyniques.
Ainsi l’avenir de Woodsboro demeure esclave d'une histoire qui n’est qu’à moitié sienne, ses protagonnistes se conduisant comme une bande de crétins bons à supprimer.
Scream 4 cracherait donc sur la nouvelle génération avec les éléments qui ont installé la précédente. Elle se moque en fait de sa représentation par les médias, des remakes de films d’horreur, des séries qui se contentent de reprendre la formule archétypale de l'original en changeant les acteurs (la nouvelle Sidney, le nouveau Billy, la nouvelle Tatum, le nouveau Randy, la nouvelle Gale) et ajoutant une dose de mise à jour / fausses bonnes idées (le réel comme un nouveau niveau de mise en abîme sonne comme une mauvaise blague) alors que la fabrique est en panne.

Scream 4
 

Surfant sur la mode du méta-film, Scream 4 tombe dans beaucoup des travers qu’il dénonce et devient un slasher très moyen. En sus de personnages fonctions dûs au remake, les séquences obligées sont expédiées sans le suspense des premiers opus quand d’autres auraient carrément pu être retirées au montage. Ghostface est ici bourrin, brouillon, tentant de nous faire croire qu’il existe de nouvelles règles à découvrir alors qu’il ne fait que remettre au goût du jour les meurtres du précédent de manière anarchique. Si les scènes d'introduction annonçaient déjà le twist à venir, le film ne dévoile sa substance que dans sa dernière partie, lorsque les auteurs finissent par faire tomber les masques.
La démonstration est brillante, son intégration à l'intrigue surprenante, mais le procédé est d’une fainéantise contestable quand le film d'horreur s’efface derrière la dissertation sur le genre. Tout au plus, à défaut de sursauter, peux-t-on admirer la proposition finale, car en s’engouffrant dans la machine pour gripper son mécanisme, Craven et Williamson se posent en bourreaux du remake horrifique.
On peut aussi porter son attention sur les trois vrais héros de cette aventure, ceux que le film vise au sens propre comme au figuré, car ne sont-ils pas ceux qui restent après qu’on ait enterré tous les ersatz les précédant ?  Si Dewey et Gale empruntent les voies auxquelles ils nous avaient habitués, Sidney devient le seul rempart de réalité dans cet univers factice. Elle n’est plus la scream queen fragile et traumatisée, mais une femme qui a décidé de vivre avec ses démons pour devenir le gardien du temple de la réalité. Une réalité fissurée par les apparences, instrumentalisée jusque dans son relai par les médias
Après avoir gagné les droits sur le film de sa vie, elle récupère les droits sur sa vie. Et Craven les siens sur la franchise. Pour de nouveaux horizons ?

6/10
SCREAM 4

Réalisateur : Wes Craven
Scénario : Kévin Williamson & Ehren Kruger
Production : Ron Schmidt, Harvey Weinstein, Bob Weinstein, Carly Feingold, Wes Craven
Photo : Peter Deming
Montage : Peter McNulty
Bande originale : Marco Beltrami
Origine : USA

Durée : 1h50

Sortie française : 13 avril 2011




   

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