Gérardmer 2015 : Electric Boogaloo

Cannon balls

Affiche Electric Boogaloo

Des chutes de neige comme Gérardmer en a peu vu, mais rien n'arrête nos festivaliers, prêts à prendre d'assaut la salle du Casino de la cité vosgienne. Car un documentaire sur la Cannon, ça ne se manque pas !


Le réalisateur de Electric Boogaloo, l’australien Mark Hartley, est un habitué des lieux, ayant déjà frappé lors de l'édition 2011 du festival avec le très bon documentaire Machete Maidens Unleashed! sur le cinéma d'exploitation aux Philippines durant les années 70 et 80, puis présenté l’an dernier un remake du Patrick de Richard Franklin.
Hartley reprend sa casquette de documentariste avec cet Electric Boogaloo qui revient sur le célèbre studio Cannon Films, la firme de Menahem Golam et Yoram Globus qui laissa son empreinte bien grasse sur le cinéma des 80's. Golan/Globus : ces noms sonnent pour certains comme une fabrique à nanars, ayant lancé la carrière de Chuck Norris (Portés Disparus), Michael Dudikoff (American Warrior) et Jean-Claude Van Damme (Cyborg), condamné Charles Bronson à une palanquée de Justicier, traîné Richard Chamberlain dans un sous-Indiana Jones, décliné à toutes les sauces occidentales le film de ninjas, exploité le break dance, commis Le Bras De Fer (Over The Top), Superman 4 et Les Maîtres De L’Univers.

Hartley ne cherche pas à arranger l’histoire d’une machine à business dans un but hagiographique, dont se charge le plus officiel The Go-Go Boys. Electric Boogaloo brosse un portrait sous speed des deux moguls à travers des témoignages vifs et désordonnés (un hommage au studio ?) d’acteurs, de réalisateurs, de producteurs qui mettent principalement en évidence leur décalage vis-à-vis d’Hollywood et leur réputation d’escrocs. Il fonde néanmoins l'hypothèse de leur succès sur l’acuité financière de Yoram Globus combiné à l’amour du cinéma de studio que Menahem Golan cultive depuis son enfance. Ce dernier est souvent décrit comme une personnalité qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs des années classiques hollywoodiennes, ajoutant une absence totale de considération du politiquement correct et un curieux flair qui l'amenait à supporter des projets trop incohérents.

Electric Boogaloo


Electric Bogaloo
met en évidence le paradoxe qui a établi le succès de la Cannon, entre enthousiasme de cinéphile malavisé de Golan (on pense parfois à Ed Wood) et cynisme inhérent à l'époque et au milieu, tel que la présentation et la ventes aux financiers de films ni tournés ni même écrits, stratégie ne pouvant que très rarement mener à des résultats adéquats. La chute anticipée des deux cousins croulant sous les dettes est mise sur le compte d’ambitions mal placées, comme vouloir appliquer sur de grosses productions un modèle éprouvé sur des petits budgets. Nous suivons ainsi avec amusement leur séparation sous forme de compétition à coup de films sur la Lambada (!), Hartley parvenant à faire de ces témoignages une aventure prêtant à sourire, et réservant lors de son montage final décapant un hommage à l’héritage considérable de la Cannon sur le cinéma d’exploitation.



Electric Boogaloo vaut le coup d’œil pour l’envers du décor, mais pour comprendre comment un studio marginal à Hollywood, tenu par des expatriés, a réussi à graver tous ces moments de cinéma invraisemblables dans la tête de plusieurs générations de spectateurs, il n’y a guère que le visionnage des productions de la firme qui peut apporter un début d'explication, ce que conseille grandement l’auteur de ces lignes à quiconque ne l’aurait pas déjà fait (mais décline la responsabilité des effets secondaires).

Electric Boogallo de Mark Hartley, sortie DVD : 15 janvier 2015




   

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