7h58 Ce Samedi-Là

Requiem pour une famille

Affiche 7h58 Ce Samedi-là

"May you be in heaven half an hour before the devil knows you're dead." Beau contre emploi pour débuter un film noir qu'une phrase que nos amis irlandais utilisent pour porter un toast, car elle sonne comme une prophétie dans un genre ou tout n'est qu'une question de timing pour que le rêve de paradis se transforme en enfer.


Hank (Ethan Hawke) et Andy (Phillip Seymour Hoffman) sont deux frères. L'un est criblé de dettes et fait subsister tant bien que mal sa famille tandis que l'autre a réussi dans l'immobilier. Seulement tout ne va pas si bien pour Andy, dans sa tête et dans son couple. Après un séjour à Rio qui a redonné vigueur à sa vie de couple, il songe à y retourner pour s'y installer avec sa femme (Marisa Tomei). Les finances ne suivant pas, il décide de préparer un coup: Le cambriolage de la bijouterie de papa (Albert Finney) et maman (Rosemary Harris) qui hériteront de la prime d'assurance (comme ça tout le monde est content). Ne pouvant le faire lui même, il met son frère sur le coup. Et comme Hank a un gros déficit de confiance autant que de fric, il fait lui même appel à un autre type pour l'aider. Seulement le cambriolage tourne mal, la mère tire sur le gros bras et se prend une balle. La longue route vers l'enfer commence pour les frangins et n'est pas prête de s'arrêter.


Sydney Lumet est un vieux de la vieille. A 80 ans bien tassés et une carrière jonchée d'un paquet de chef d' oeuvres (Dog Day Afternoon, Douze Hommes En Colères, Serpico... et surtout Network), il remet une fois de plus le couvert avec Before The Devil Knows You're Dead qui devient 7h38 Ce Samedi-Là en français...
Un titre pareil ferait penser à un fait divers, ce que le film transcrirait si on se trouvait dans une position extérieure. Or ici, tout se joue bel et bien de l'intérieur au sein de cette famille qui subira les conséquences d'un acte inconsidéré. Impossible de déconnecter ou de se rabattre sur un échappatoire, sitôt entré dans le film, ce malin de Lumet ne nous permettra pas d'en sortir.

Le héros du film noir est voué à finir tragiquement. Ici, il n'y a pas un héros, il y'en a autant qu'il y'a de point de vue. Sydney Lumet établit dès le départ une chronologie éclatée qui, autant qu'elle évite d'installer une routine, met en place une multitude de portrait, les positionnant par rapport au moment fatidique du casse.
Si Andrew, le commanditaire, ouvre le métrage, chaque point de vue est ensuite suivi au coeur de cette famille sur le point d'exploser.

L'événement confrontera ainsi chacun aux démons familiaux, faisant éclater les non dits et établissant au final un affrontement qu'on pourrait qualifier de shakespearien.
Un affrontement qui donne tout son sens au titre, car ce diable qui hante la phrase d'introduction du film pourrait bien être le père. Cet être dont Andy ne peut s'émanciper et qui est sans le savoir sur la trace de son fils pour le corriger de l'erreur suprême: le matricide. Ou quand le self made man voit la mort de tout ce qu'il a construit socialement, en dépit d'une lourde carence affective, pour se retrouver dans l'état du petit garçon qui a fait une grosse bêtise et qui tente de le cacher. La réaction du gamin apeuré n'est alors qu'une course désespérée ou plus rien n'est sous contrôle, si bien que le frère le plus responsable se révèle au final le plus imprévisible.

La réalisation est classique, elle ne nuit pas à l'ensemble et la caméra suit admirablement tous ces parcours. Le seul écueil au classicisme est cet éclatement scénaristique. Sinon, Lumet filme cette famille et ceux qui lui leur tournent autour comme Eastwood avait filmé ses acteurs. Et il n'a pas à en rougir, car la distribution est impeccable, que ce soit Ethan Hawke, Phillip Seymour Hoffman, Marisa Tomei (elle enlève le haut, la note du film remonte) ou Albert Finney, ils sont tous au diapason. L'académisme n'empêche pas pour autant le papy de prendre le contrepied du Eastwood et de montrer la violence brute, celle qui est aussi soudaine que définitive.

Bien sûr, on pourrait étroitement associer ce film à Fargo : Monsieur tout le monde commet un acte crapuleux en famille sans vouloir se salir les mains, et la situation se retourne contre lui. La similitude avec les frères Coen se poursuivrait sur cette spirale de micro événements, de décisions maladroites et de coïncidences malheureuses qui conduisent le personnage au point de non retour. Coincé dans l'étau, il devra sombrer, emportant les autres dans son sillon. Ici nous sommes bel et bien dans ce versant du film noir, mais dans la vieille acception du terme.
Ici pas d'absurde qui prête à rire, ni cette localisation typique Coenienne qui oriente vers la comédie de moeurs, il n'y a qu'un groupe de personnages tellement bien campés qu'ils imposent au spectateur une identification malsaine, parfois même une empathie. Et la musique de Carter Burwell, compositeur attitré des Coen, accompagne étrangement ce sinistre voyage.
Du vrai cinéma, pur, beau et dérangeant.
8/10
BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU'RE DEAD
Réalisateur : Sidney Lumet
Scénario : Kelly Masterson
Production : Michael Cerenzie, Paul Pamar, Brian Linse…
Photo : Ron Fortunato
Montage : Tom Swatwout
Bande originale : Carter Burwelll
Origine : USA
Durée : 1h57
Sortie française : 26 septembre 2007




   

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