Quarry

That 70's blues

Affiche Quarry

1972. Max Conway (Logan Marshall-Green) revient du Viêt Nam, et son trauma n'est pas son unique problème. Ayant participé à un massacre de civils dénoncé par la presse, il est mis au ban de la société. Un mystérieux personnage l'approche alors et lui offre d'exécuter des hommes contre de l'argent.


Maintes fois visité au cinéma, le stress post-traumatique du Viêt Nam pouvait bien se trouver une seconde jeunesse dans les arcanes d’une organisation criminelle. L’égide de Cinemax, petite sœur de HBO connue pour ses productions musclées (Strike Back et Banshee), la réalisation de Greg Yaitanes (producteur et réalisateur pour Banshee) et la moiteur de Memphis promettaient un nouveau rollercoaster décomplexé dans l’Amérique profonde. Ce serait oublier le tournant pris récemment par la chaîne avec The Knick de Steven Soderbergh ou le récent Outcast de Robert Kirkman, productions lentes et naturalistes, déroulant peu à peu leur fil rouge telles des séries HBO un brin déviantes. Quarry est de cette veine. Cette libre adaptation de la série de romans de Max Alan Collins (Les Sentiers De La Perdition) laissera donc sur le côté une bonne partie des amateurs d'action.

Quarry

Mais la violence est bien présente. Il se dégage de Quarry une tension larvée sans cesse prête à exploser, qui fait véritablement mal quand ça arrive, que ce soit dans l’intime ou le politique. Montrer d'emblée un anti-héros en bute à l’opposition des groupes pacifistes contraste déjà avec la représentation du guerrier accueilli sous les applaudissements de la foule, installant un flagant sentiment d'inconfort. Le paradoxe est accentué par la nature réfléchie et progressiste du bonhomme, son attrait pour la natation et sa passion pour Otis Redding, transmise avec bonheur par la bande-son. Quarry parle d’un homme de paradoxes dans une époque de paradoxes. Un homme prêt à s’asseoir pour philosopher avec le gérant d’un hôtel mais qui, au coeur de l'action, n’a pas hésité à tuer des civils pour d'obscrures raisons. En somme, un personnage en trois dimensions. Le même paradoxe entoure sa femme (Jodi Balfour), jeune journaliste présentée comme une épouse aimante, propulsée successivement en femme adultère en marge puis au centre du récit. La rancœur liée à son mari se révèle au fur et à mesure jusqu’à un paroxystique quatrième épisode où leur relation toute en extrêmes rappelle le duo formé par Steve McQueen et Ali MacGraw dans le Guet-Apens de Peckinpah. Ce coup de projecteur sur la dérive d’un couple fusionnel met en lumière une forte absence de communication, source de tous les problèmes, finalement résolus dans l’affrontement.

Quarry

L'incapacité à communiquer est également au centre d'un contexte politique très présent dans Quarry. Les enjeux de l'élection entre Nixon et McGovern, la ségrégation raciale dans un collège, les attentats de Munich, la discrimination envers les homosexuels (via un très bon personnage de tueur interprété par Damon Herriman), tous ces événements en toile de fond sont symptomatiques des divisions contagieuses auxquelles la violence paraît être la seule solution. Des divisions plus que jamais d’actualité, illustrant comme une mise sur pause des problèmes sociaux opérée depuis cette époque. Intervient alors le mystérieux protagonniste interprété non sans délectation par Peter Mullan, The Broker, catalyseur au milieu de ce réalisme social d’un fantasme américain : celui d’une organisation au-dessus des lois qui tirerait les ficelles de l’Histoire en recrutant ses tueurs chez les petites mains du Viêt Nam. La décontraction de l’énergumène achève de le situer en marge de l’atmosphère générale, ce qui rend ce Broker d’autant plus insaisissable.

Quarry

Depuis quelques années, les Etats-Unis revisitent à foison leur courte Histoire à travers leurs séries télés. En dépit de la justesse des reconstitutions, la mise en scène d’une époque passée s’accompagne bien souvent d’un dépaysement esthétique et narratif qui en fait un objet fictif, un monde à part indolore, déconnecté et propice à la nostalgie. Le récent Westworld est un bon exemple du terrain de jeu fictif que peut devenir l’Histoire ainsi idéalisée. Quarry parvient à rendre ces 70’s autrement complexes, vivantes, donc insaisissables à travers une poignée de symboles, rendant justice à ceux qui les ont vécues. Le quotiden des personnages qui gravitent autour de l’ancien soldat approfondit le destin de ces hommes qui ont dû faire des choix de vie au cœur d'un changement sociétal majeur et souvent douloureux. Il est, à ce niveau, admirable que le climax de cette première saison soit un plan séquence de neuf minutes au Viêt Nam nous mettant dans l'urgence d'une décision lourde de conséquences, nous questionnant de fait sur notre capacité de réaction dans cet enfer, dans une totale absence de recul et de repères.
Cette lucidité politique teintée d’angoisse envers l’avenir pourrait se rapprocher de la seconde saison de Fargo, la mélancolie en moins. Ces deux séries transmettent une même inquiétude d'une époque passée en écho aux inquiétudes actuelles, et pourraient générer ainsi de nombreux émules.




QUARRY
Showrunners : Greg Yaitanes & Steve Golin
Scénario :  Graham Gordy, Michael D. Fuller & Jennifer Schuur d'après l'oeuvre de Max Alan Collins
Réalisation : Greg Yaitanes
Production : Graham Gordy, Michael D.Fuller, John Hillcoat, Steve Golin, Matt DeRoss, David Kanter, Max Alan Collins
Origine : USA
Durée : 8 x 55 minutes
Sortie française : 10 septembre 2016 sur OCS Choc




   

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