Midnight Meat Train

Film fantôme

Midnight Meat Train
Ce devait être une critique en bonne et due forme du Midnight Meat Train de Ryuhei Kitamura, mais pour cause de non sortie le 11 juin, le programme est passablement chamboulé.

Comme les sans-papiers, le cinéma de genre en France semble être condamné à être reconduit à la frontière. Après la bande de Pascal Laugier, c’est au tour du film d’horreur de Kitamura de subir le violent retour d’un ordre moral dévastateur et pernicieux. Midnight Meat Train voit sa sortie annulée, au mieux repoussée. Aucune raison avancée. Mais il semblerait que la censure (désolé, mais il n’y a pas d’autre terme !) ayant frappé Martyrs semble avoir effrayé le distributeur de Midnight Meat Train. Que la décision de classification soit confirmée ou non. Malheureusement ce ne sera pas le seul dommage collatéral : les sorties de All The Boys Love Mandy Lane et Rogue (le film de croco géant de Greg Wolf Creek McLean, pas le nanar avec Jet Li et Statham) subissant le même sort, enfermés à double tour dans un tiroir.
Quand la logique économique prend le pas sur le risque artistique. Des films à caractère déviant et extrême, d’autant plus risqués car sans têtes d’affiches ou ne faisant pas partie d’une franchise.

Baisser son froc dans ces conditions à la moindre difficulté est totalement indigne et ne fera pas avancer la cause. Que se passera-t’il quand ils s’apercevront que même des blockbusters estivaux peuvent se montrer subversifs ? The Dark Knight, la suite de Batman Begins, s’avère à ce titre sacrément gratiné avec un Joker complètement barré en co-vedette. Et que dire de Wanted, adaptation d’un comic dont le "héros" est un jeune homme qui va prendre la tête d’une organisation de super-criminels !
En plus d’être scandaleuses, ces sorties repoussées sont inquiétantes pour la suite. Et notamment pour les jeunes réalisateurs français désireux de se lancer dans le film de genre. Pas seulement d’horreur ou fantastique, d’ailleurs. Comment obtenir le moindre financement dans un paysage aussi sinistré ?
Après les sorties techniques de Pathfinder l’été dernier (dix copies !) et celle de The Mist en février dernier (40 copies, c’est Byzance !), ça commence à faire beaucoup.
Alors okay, impossible pour le moment de voir Midnght Meat Train, mais on va pas se priver pour parler de sa gestation douloureuse et conclure par le synopsis, histoire de vous mettre l’eau à la bouche…

Ecrivain de génie, cinéaste maudit. Telle semble être la condition de Clive Barker, maître de l’horreur littéraire made in Britain. Bien que ses écrits n’aient pas connu la même frénésie adaptative que l’autre maître de l’horreur Stephen King, les quelques essais ayant pourtant rencontré un certain succès d’estime (le très bon Candyman de Bernard Rose) n’ont pu imposer Barker comme un créateur d’univers incontournable. Sans doute la déviance horrifique dont sont empreints ses films (et plus encore ses romans et nouvelles) aura refroidi les ardeurs de certains producteurs. Il est évident que la secte sado-maso interdimensionnelle de Hellraiser ou le monde interlope et souterrain des freaks (sociaux comme physiques) de Cabal ne peuvent être vendus comme un spectacle gore mais fun car décérébré.

Outre la défiance affichée vis-à-vis de ce génie transgressif, ce dernier semble avoir définitivement tiré un trait sur le monde du cinéma. Meurtri de voir le matériau d’origine à ce point trahit (Rawhead Rex) il préféra porter lui-même à l’écran ses récits. Pour, au final, déclarer forfait devant l’impossibilité de pouvoir profiter d’une liberté d’expression suffisante afin de donner corps à ses visions. Le remontage et les coupes du pourtant magnifique (même en l’état) Le Maître des Illusions finissant de l’écoeurer. Sans parler des suites catastrophiques à Hellraiser (le deuxième volet demeurant toutefois respectable pour ses quelques fulgurances bien malsaines).

Pourtant, malgré son retrait on ne cessera d’espérer voir une adaptation de ses recueils de nouvelles, les bien nommés Livres de Sang. Un temps envisagées pour une anthologie télévisuelle, c’est finalement sous la forme de films que certaines de ces nouvelles seront adaptées. Et en premier lieu, le terrifiant Midnight Meat Train.
Une nouvelle particulièrement dérangeante et extrême qui devait inspirer en 1993 le script de la suite de Candyman. Finalement remanié, on n’en entendit plus parler jusqu’en 2005 où le projet d’un film dirigé par le maquilleur Patrick Tatopoulos est envisagé. Le désistement de ce dernier pour question de planning laissant augurer d’un retour triomphal de Barker derrière la caméra.
Ce ne sera finalement pas le cas, la réalisation étant confiée à la coqueluche japonaise Ryuhei Kitamura (Versus, Alive, Azumi, Godzilla Final Wars…). Choix étonnant tant les visions des deux hommes semblent opposées, Kitamura adorant les personnages à fort potentiel iconique quand Barker se focalise d’avantage sur la mise en place d’une ambiance et d’un décorum entièrement voués à l’intrigue.
Outre leur fascination pour les figures du mal – Kitamura collectionnant les figurines des plus célèbres boogeymen du cinéma, Barker ayant crée une ligne de jouets horriblement beau, les Tortured Souls et ceux dédiés à Hellraiser – ils s’accordent sur un point essentiel, le refus de toute concession au diabolique PG-13. Autrement dit, ce sera brutal, sanglant et effrayant. Et pour parfaire cette note d’intention, l’ambiance visuelle se rapprocherait de Blade Runner et surtout Seven, tandis que le remaniement du scénario par Kitamura lui-même adapte véritablement l’histoire sans en trahir l’essence afin de la rendre la plus cinégénique possible.
Une adaptation qui semble réussie, Barker lui-même ayant approuvé le résultat final. Impossible donc de se faire une idée, pour le moment.
 
Et pour terminer, un petit résumé de l’histoire :

Leon Kaufman (Bradley Alias Cooper), un brillant jeune photographe spécialisé dans la vie de New-York by night, est repéré par la propriétaire d’une galerie d’art (Brooke Shields) qui lui promet d’exposer ses travaux. Seule condition, Leon doit lui rapporter des clichés dévoilant les aspects les plus sombres et les plus déviants de la ville. Epaulé par sa fiancée Maya (Leslie Trick’r’Treat Biggs), il se met donc à fréquenter les lieux les plus sordides afin de saisir ce qui s’y passe sur le vif et trouve enfin le sujet rêvé : les meurtres commis dans le métro la nuit par un serial killer surnommé Mahogany (Vinnie Jones), qui massacre ses victimes avec une cruauté inimaginable. Leon décide de lui coller au train, mais réalise trop tard que les souterrains de la ville n’abritent pas seulement le tueur, mais bien pire encore…
 
Si vous voulez savoir de quoi il retourne, une seule solution : lisez le livre !!




   

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