The Dark Knight

Birth of a lol

Affiche The Dark Knight

Cet été, le public s'est réfugié dans les salles climatisées pour vivre le combat plus psychologique que pyrotechnique entre le très sombre chevalier et son meilleur ennemi, le coloré Joker. Opposition mythique diront les plus enthousiastes, sans forcément savoir à quel point ils sont proches de la réalité.


Selon plusieurs sources non officieuses, le personnage du Joker n'aurait pas été créé par Bob Kane lui-même, mais par un de ses co-auteurs, Bill Finger, docteur ès vilains puisqu'il a également à son actif le Riddler et Catwoman. L'anecdote veut même qu'il se décida à doter Batman d'un ennemi au sourire figé et démesuré après avoir vu l'adaptation cinématographique de L'Homme Qui Rit, le roman de Victor Hugo dans lequel le personnage principal porte un masque rieur afin de cacher un faciès ravagé. Opposer un guignol farceur à un héros sombre et tourmenté participe à l'idée même de la parfaite antinomie, un ennemi absolu en tous points contraire. Mais peut-être cette fascination a-t-elle des racines plus profondes que l'attrait de la négative maléfique du Héros.

Kayapo
Un indien kayapo : why so serious?


Il existe chez les Kayapos, peuples indigènes d'Amérique tropicale (dont fait parti le fameux chef Raoni) un mythe plusieurs fois millénaire contant la naissance du rire : un homme alla boire un jour au ruisseau, dans une forêt, lorsqu'il rencontra une étrange créature qui ne savait pas parler. Pour briser la glace, cette dernière se mit à caresser l'homme avec ses mains froides et légèrement griffues. L'homme lâcha ainsi le premier éclat de rire jamais entendu dans le monde. Amené dans l'antre de la créature, des chauves-souris se joignirent à eux et firent rire l'homme jusqu'à l'évanouissement. Les camarades de l'homme, lorsqu'ils apprirent cela, se sentirent vexés de voir comment ils pouvaient succomber aussi facilement face à de si petites bêtes, et décidèrent d'enfumer leur caverne pour venger l'outrage. Et depuis les hommes Kayapos considère le rire comme une faiblesse à combattre.
Le parallèle avec notre duel de comic book est assez aisé à faire, mais signalons tout de même, histoire d'être complet, que la créature à l'origine malgré elle de ce premier rire et du conflit qui suivit est un kuben-niêpré, soit un homme pourvu d'ailes et de pieds de chauves-souris, à la fois ami des hommes et source de dangers (il amène le rire, la perte de connaissance).
Alors Finger s'entendait-il en mythologie sud-américaine, ou le film cité plus haut réveilla en lui un souvenir inconscient ? La question peut se poser car il semblerait qu'on lui doive également le nom "Batman", préféré au "Birdman" de Bob Kane.

Toujours est-il qu'en 2008, bien loin des huttes kayapos et des forêts mystérieuses, des hommes et femmes continuent de s'intéresser à un homme chauve-souris provoquant malgré lui l'arrivée du "rire permanent" et donc du danger. On s'étonnera toujours que des récits puissent traverser les millénaires, renaître sous des formes différentes et passionner encore les audiences. Soit refaire la tâche de l'humanité antérieure comme disait Nietzsche.
On me signale dans l'oreillette que c'est même à cela que sert le fantastique.

Bat People
Stewart Moss dans The Bat People (Jerry Jameson, 1974)



   

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