Gérardmer 2012 : Tucker & Dale Fightent Le Mal

Survival tendancies

Affiche Tucker & Dale Fightent Le Mal

Chaque année au festival de Gérardmer, la Nuit Fantastique propose de découvrir ou redécouvrir plusieurs films rassemblés sous une même thématique.


Cette année elle nous a permis de goûter la crème de la comédie actuelle : le joyeusement anar New Kids Turbo, puis les aventures de Tucker et Dale qui "fightent le mal" à quelques jours de leur sortie en salle, le 1er février.
Une bande d’étudiants décide de passer un week-end à faire la fête dans une forêt reculée. Tucker et Dale, deux gentils rednecks animés des meilleurs intentions, viennent y passer le week-end pour retaper une cabane et profiter du calme des lieux. Ce qui aurait pu être le cas si un malheureux incident n'avait conduit les deux amis à secourir une des étudiantes alors qu’elle se noyait et à la ramener chez eux. La rencontre des deux groupes entraînera une suite de quiproquos qui aboutiront à un bain de sang.

Tucker & Dale Fightent Le Mal
 

Que ce soit dans les survival (Massacre A La Tronçonneuse, Détour Mortel ou La Colline A Des Yeux) ou bien les slashers (la série des Vendredi 13 en tête), le bouseux du trou perdu ou le crétin congénital ont constamment été placés au sommet de la chaîne des prédateurs. Il n’a jamais fait bon être un jeune qui aime s’amuser dans la campagne américaine, car il y avait toujours un neuneu consanguin avec une gueule de travers pour surgir et faire voler les têtes (au mieux). Le premier coup de génie du film d’Eli Craig est d’inverser les rôles en faisant des étudiants BCBG les bourreaux et les rednecks les victimes. La peur de mourir devient à la fois le mobile qui les conduira à envisager l’autodéfense, mais aussi un véritable slasher qui, à la manière de la Mort dans la série des Destination Finale, vient cueillir les étudiants crétins les uns après les autres.
Eli Craig tient ce postulat sur toute la durée de son film, érigeant le malentendu culturel (et un élitisme disproportionné des étudiants) et le quiproquo au rang de bible du métrage, se réjouissant de livrer les interprétations complètement erronées des événements de chacun des camps au spectateur dans la confidence. Dans la lignée des meilleures comédies horrifiques, ce qu’il n’est pas vraiment au final, Tucker et Dale ne se gêne pas pour faire gicler le sang, découper les membres (dont deux doigts coupés, qui viennent rejoindre la longue liste de la thématique Twix de ce festival), ou déchiqueter les corps dans une bonne humeur communicative.

Tucker & Dale Fightent Le Mal
 

Le film d’Eli Craig pourrait être une comédie potache de plus assortie d’une idée originale ou bien un simple catalogue de morts violentes, mais son second coup de génie est de se détacher des sentiers battus en  proposant une réflexion à peine déguisée sur le préjugé sans jamais prêcher, se contentant de dévoiler son absurdité par les comportements ridicules des prétendus victimes.
Si les comédies les plus efficaces de ces dernières années ont offert de beaux portraits de losers magnifiques qu’on se surprenait à aimer (les films d’Adam McKay, les Harold & Kumar…), Eli Craig monte d’un niveau en développant, à la manière de Shaun Of The Dead, une véritable empathie envers le héros de l’histoire. A la fois émotif, sincère, et doté d’une intelligence qui s’ignore, Dale est épris de la superbe Alison en dépit de tous ce qui les sépare. On ne voudrait pour rien au monde que leur histoire se termine mal, et l’intérêt que l’on prend dans le film s’en trouve décuplé. Bien qu'il soit à quelques coudées de la maestria du film d'Edgar Wright, ce premier long sans prétention a de quoi devenir un petit classique.




   

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