Love Actually

Love, love, love

Affiche Love Actually
Il faudrait un jour se demander les raisons de la toute puissance de la comédie romantique, à travers les décennies, passant du noir et blanc à la couleur.
Hormis les classiques de Wilder, Cukor et compagnie, de véritables modèles d’écriture pointilleuse, comment peut on expliquer le succès incroyable des romances des années quatre-vingts, des bluettes de Gary Marshall, de la romance cynique jusqu’au premier degré le plus salvateur, de La Garçonnière jusqu’à High Fidelity ? Serait-ce dû au charisme des acteurs, à la comptabilité des couples esquissés, à la concision des scénarios, à l’universalité des messages véhiculés, et ce malgré le microcosme spécifique où se développe la dramaturgie (généralement, la Grosse Pomme) ? Oui, mais pas seulement. Pourquoi craquer à telle scène ? Pourquoi, derrière l’humour pince-sans-rire de la rom’com’ british ou le trash de la romance US (Mes Meilleures Amies), découvrons-nous finalement notre aisance à succomber au charme des bons sentiments ?

Tout simplement puisqu’une bonne comédie romantique n’est pas simplement un idéal de vie ou une modernisation du conte de fées. En vérité, la comédie romantique en appelle, plus qu’à notre candeur, à quelque chose de plus intérieur encore : notre amour profond du cinéma, en ce qu’il a de plus féerique, magique, hollywoodien, fantasmagorique, ce qui pourrait sembler antinomique avec le paysage réaliste généralement illustré dans ce genre de films.

Deux mots pour le constater : Love Actually.


Love Actually

Plus que le feel good movie faisant exploser la joie lors de cette période sponsorisée par le fallacieux Tim Allen, c’est une sorte de bénédiction tout droit sortie de l’usine à rêves. Un plaisir de cinéphage avant tout. Petit rappel.
Le film tout entier est un patchwork. Patchwork de personnages archétypaux que chacun a déjà vus, connaît, devine, à la manière d’icônes enregistrées dans l’inconscient collectif. Le Premier Ministre et son histoire de cœur. Le plaqué qui va redécouvrir l’amour avec une jeune étrangère. Le veuf. Le gamin amoureux. Le mec qui en pince pour la petite amie de son meilleur pote (d’un côté, c’est Keira Knightley). Le couple en détresse. La secrétaire sexy à outrance. La paumée au bonheur quasi irréalisable. La star vulgos jouissive en diable, qui, forcément, ne connaît pas l’idylle. Plus que des clichés, chaque personnage est une image faisant partie d’une galerie symbolique : l’idée, c’est de résumer tout un demi-siècle de romances filmiques en un seul film. Un concentré de citations.

Ainsi le concept de l’œuvre chorale prend tout son sens, puisqu’il ne s’agit pas, au fond, d’un best-of foutraque, mais bel et bien de plonger le spectateur dans un terrain connu pour mieux le diriger vers une conclusion en forme de feux d’artifices. Ce souci d’écriture témoigne de la diversité sociale qui fait de la comédie romantique un médium incroyablement universel : de la petite travailleuse un brin potiche à la rock star, du gars un peu tristounet reclus en milieu rural au politicien rigolo, tous se croisent, se rencontrent, se font face, et vont finalement succomber au charme de la love story. La carte de la comédie romantique s’étend de toutes parts. Wilder s’en servait d’ailleurs pour balancer du portrait sociétal cinglant et il n’y qu’à revoir Le Terminal pour se convaincre de cette fusion. La comédie romantique est désormais perçue comme un refrain entêtant : il est enregistré par tous, éculé, mais on y revient sans cesse. Curtis se joue de ce refrain, puisqu’en assimilant tous les codes du genre il offre aux cinéphiles un témoignage définitif sur la force d’un genre.


Love Actually

Chaque figure est incarnée par un acteur ayant fait ou semblant immédiatement faire partie de la famille Richard Curtis : ce dernier a scénarisé Quatre Mariages Et Un Enterrement, Coup De Foudre A Notting Hill (où officiait déjà Hugh Grant), The Tall Guy (coucou, Emma Thompson), et il n’est pas surprenant de retrouver Rowan Atkinson (rappelons que Curtis scribouillait jadis pour la fameuse série Mr Bean) ou Colin Firth (Le Journal De Bridget Jones). Tout cela n’est pas anecdotique. C’est une toile qui se dresse (un patchwork, rappelez-vous !) : récapituler toutes ses obsessions, ses leitmotiv, ce qui fait l’essence même de son cinéma, s’étant, avec le temps, affiché comme un modèle de cinoche romantique. C'est-à-dire : un état d’esprit purement anglais, où le délire (la scène de danse de Grant), le cynisme (fabuleux Bill Nighy que Curtis emploiera une nouvelle fois avec Good Morning England), le perso du candide génial (Martin Freeman, who else?) comme celui de la maladroite "boulotte" (Renée Zelwegger est ici remplacée par Martine McCutcheon) épousent une philosophie basée sur le coup de foudre instantané, la quête éperdue de la happy end, l’éclatement final et décisif de la sentimentalité. Ce qui attire le public, c’est ce cocktail d’hilarité pleine de dérision qui tente de cacher -pour mieux finalement le dévoiler avec éclats - un croquis très naïf et tout aussi irrésistible de l’Amour.


Patchwork, oui oui oui, qui s’inscrit dans une tradition en s’assumant comme un héritier d’un certain rêve américain. Un rêve de toile. Nora Ephron traitait, plus que des relations causticos-complexes entre hommes et femmes (Cf. Quand Harry Rencontre Sally) d’un principe méta-textuel sympathiquement exploité : la vision de la romance sacralisée à l’intérieur même de la comédie romantique. Nuits Blanches A Seattle se perçoit ainsi comme un témoignage de midinette cinéphile où Elle Et Lui prend la forme d’une gigantesque madeleine de Proust. L’amour parfait, qui ne demande qu’à se répéter, lors d’une conclusion au sommet de l’Empire State Building. Le type de récits sorti de la conscience d’une femme se rêvant princesse. D’ailleurs, le prince charmant était déjà le protagoniste de Pretty Woman. Mais si, vous savez, le pur produit des années 80 qui débarquait pile poil en 1990. Le truc qui se concluait sur ce message on ne peut plus évocateur : C’EST HOLLYWOOD, TOUT EST POSSIBLE ! Car finalement, tous ces films ne traitent que d’une chose : le fantasmagorique fictif, où le spectateur en revient à réviser ses classiques, se remémore les séquences si mythiques où Bogart vous fixait d’un regard si charismatique, où tout pouvait se réaliser en un clin d’œil, où la sérénité était un coup du destin. Et bien, tout en étant un pur spécimen de comédie anglaise, le film de Curtis marie tout ce qui a été dit plus haut : même dans un détonnant cerveau UK, tout respire l’usine à rêves.


Love Actually

C’est bien simple, Love Actually est tout à la fois un film musical (où le timing comique se marie aux sonorités tout aussi rythmées), un film des fêtes (où la mélancolie valse avec le bonheur) et une ode façon "il était une fois" à ce Baiser (avec un grand b les mecs) qui construit et définit toutes les grandes histoires d’amour hollywoodiennes. A croire que cette saveur libérée par la comédie romantique est la même qui fait chialer le public devant les bonnes pâtisseries de Noël, ou qui fait se dandiner devant les airs éclatants de la comédie musicale. Quiconque a vu Le Mariage De Mon Meilleur Ami, perle de PJ Hogan, sait d’avance que la romance doit commencer, se poursuivre puis se conclure par le chant, la musique. Il en est de même chez Curtis où une playlist surligne le thème du film : All I Want For Christmas Is You, Turn Me On, Here With Me, Bye Bye Baby, All You Need is Love, Love Is All Around (petit coup de coude complice au fan de Quatre Mariages Et Un Enterrement : Love devient Christmas !), etc. En fait, ces trois sous-genres combinés libèrent une même sensation : l’éloge de l’Amour parfait. C’est pour cela que Curtis combine les intrigues caractéristiques , l’emploi symbolique des morceaux, la bonne humeur communicative et ces images qui sont autant d’illustrations hollywoodiennes du coup de foudre. Love Actually est limite kamikaze dans sa volonté d’assumer jusqu’au bout son titre (pas d’histoires de sexe, de l’Amour, seulement de l’Amour !), jusqu’à devenir une oeuvre-somme sur l’entertainment sentimental le plus festif qui soit ! Fun du musical, premier degré du xmas movie, sentimentalité de la love story plurielle. Tout cela pour aboutir à un dénouement aux tenants cristallisés par le patronyme québécois du bouzin : "RÉELEMENT L’AMOUR" !


Love Actually

Un patchwork... ou une mosaïque. A l’image de celle, sacrément significative, qui se déploie progressivement lors de la toute dernière séquence du film, où chacun s’enlace, se retrouve, se rencontre, comme si la comédie romantique avait encore de beaux jours devant elle, comme si, l’Idéal une fois accompli (même le gros ringard rosbif a réussi son coup !), tout ne pouvait en définitive que commencer et recommencer, se répéter à l’infini. C’est de tout cela dont traite Love Actually et de cette manière il résume tout un univers cinématographique, pour lequel a longtemps œuvré Richard Curtis. Plus qu’un microcosme du Septième Art : un imaginaire !


L’occasion n’est est que trop belle pour ne pas conclure cette chronique par la sentence du philosophe Beat Kiyoshi, habile théoricien qui résume l’objet filmique de cette manière, simple et concise :


"Love Actually, c’est le Cloud Atlas de la comédie romantique !"


Tout est dit.
Bye bye, Baby
.

LOVE ACTUALLY
Réalisateur : Richard Curtis

Scénario : Richard Curtis

Production : Tim Bevan, Eric Fellner, Duncan Kenworthy, Liza Chasin & Debra Hayward

Photo : Michael Coulter

Montage : Nick Moore
Bande originale : Craig Armstrong

Origine : UK  / USA / France

Sortie française : 3 décembre 2003



   

Ajouter un commentaire

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.

RoboCom.


Informations supplémentaires