Dead Silence

Puppet master

Affiche Dead Silence
 

Alors qu’Insidious, le nouvel opus de James Wan est sorti sur les écrans ce 15 juin, faisons un petit retour en arrière avec Dead Silence, tourné juste après Saw et balancé en sortie technique la dernière semaine de novembre 2007. Ce n’est peut-être pas un chef-d’œuvre mais le film méritait mieux que ça.


Malgré un Death Sentence de très haute tenue, James Wan et son compère Leigh Wannell sont surtout reconnus des fans de genre pour être les créateurs de Jigsaw, le célèbre manipulateur de la franchise à succès Saw. Budget serré, contraintes artistiques multiples (décors, temps de tournage réduit, etc.) admirablement contournés par un scénario roublard à souhait. Pourtant, si le twist final carrément imparable relève la sauce d’un film assez conventionnel en termes d’intrigues, il ne saurait occulter la maîtrise et l’amour indéfectible que ce duo porte au genre. Pièges retors, atmosphère glauque, Saw intègre à merveille ses diverses influences dans une narration morcelée (façon puzzle) et ménageant une ambiance relativement anxiogène.
Restant associée à la saga en tant que producteurs et consultant scénaristique, les deux amis préfèrent explorer d’autres horizons que s’enfermer dans la routine de séquelles se vidant peu à peu de leur substance.

C’est ainsi que leur dernier né Dead Silence s’articule autour de la fascination et la peur qu’éprouvent Wan pour les poupées et son admiration des bandes horrifique italienne.
Initialement envisagé sous le titre Ssshhh!, le film aura connu son lot de déboires en tous genres pour être enfin distribué en salles dans nos contrées. Une sortie sacrifiée avant de débarquer au milieu du tout venant des inédits DVD. Pourtant, s’il est loin de révolutionner le genre dans lequel il s’inscrit, Dead Silence demeure un très bon conte macabre à l’intrigue certes simple voire minimaliste, à la narration linéaire mais il dégage une ambiance gothique et funèbre à souhait.


Dead Silence
 

Un couple retrouve un étrange paquet devant leur porte. A l’intérieur, une poupée de ventriloque baptisée Billy. D’allure inquiétante, elle se révèle mortelle pour Lisa. Poupée dotée d’une vie propre ou simple réceptacle d’un esprit démoniaque ? Afin d’éclaircir l’affaire, Jamie Ashen revient dans sa ville natale pour enquêter. Au fur et à mesure de ses recherches, il apprend que ce meurtre est lié au passé refoulé des habitants et mettant en cause une inquiétante ventriloque, Mary Shaw. Celle-ci bien que décédée continue à terrifier et demeure ancrée dans l’inconscient collectif.

Débutant en milieu urbain - l’appartement du jeune couple - l’action va bien vite être transposée dans la bourgade natale de notre héros. Et alors que sa voiture pénètre dans la ville, l’impression d’une force maléfique à l’œuvre se fait pressante. Une entrée digne d’un western lorsque la voiture remonte la rue principale où magasins et habitations semblent abandonnés depuis des lustres. Une ville fantôme, déjà. Avant d’être une ville de fantômes.
C’est en allant visiter son père, avec lequel les relations sont tendues, qu’il se remémore une vieille comptine que lui chantait sa mère, ayant pour sujet Mary Shaw et destinée à effrayer les enfants. Entre ce patriarche cloué sur un fauteuil roulant, la nouvelle jeune compagne de celle-ci et un vieux couple s’occupant de la morgue locale, tous semblent terrorisés et taire un secret inavouable.
Travaillant les cadres comme autant de peintures gothiques et clairement influencés par les films de Mario Bava ou ceux de la Hammer (célèbre firme anglaise qui produisit de nombreux films mettant en scène un bestiaire désormais légendaire : le loup-garou, la momie, Dracula…), le superbe travail photographique de John R.Leonetti (dont on peut apprécier le superbe boulot sur Death Sentence et surtout I Know Who Killed Me de Chris Siverston), par ses couleurs désaturées, instille une tonalité presque monochromatique aux images et un aspect minéral aux décors ainsi qu’aux personnages, donnant l’impression que tout ce petit monde est aussi pétrifié métaphoriquement que physiquement.
En contrepoint, la couleur rouge "habillant" la voiture du héros ou la robe de sa jeune et (très) jolie belle-mère dont l’utilisation pourrait rappeler le Sixième Sens de Shyamalan comme indicateur de la vérité, mais qui instaure en priorité une magnifique correspondance visuelle entre ce rouge écarlate ressortant de cette ambiance terne et le rouge des lèvres de Billy sur sa peau cireuse. Une manière plutôt habile de traduire visuellement que la contamination de la malédiction de Mary Shaw opère à grande échelle. De plus, le film peut se targuer d’un climat oppressant qu’aucune blague à deux balles ne vient détendre. Et si le scénario est plus minimaliste et linéaire que leur précédente collaboration, c’est à dessein. Le but recherché étant de générer la peur avec un minimum d’effets.

Et c’est parfaitement réussi, les scènes impliquant la ventriloque sont à ce titre éloquentes. Sa représentation est ainsi fortement marquée par l’influence des terza madre d’Argento et ses apparitions sont toujours liées à un motif particulier de la bande sonore, les bruits environnants (musique d’ambiance, grésillement de néon…) venant à s’estomper puis se distorde, pour finalement totalement disparaître. Une Mary Shaw apparaissant de prime abord comme une riche excentrique vivant dans son théâtre sur l’eau et offrant à tous ses talents de ventriloque. Un talent bien vite remis en cause lors de la scène de flashback où cinquante ans en arrière une altercation entre un enfant du public et la poupée Billy avait plombé l’ambiance. Un Billy vindicatif qui revendiquait son droit d’exister. Sans doute le point culminant du film qui, s’il avait été plus approfondi par la suite, aurait pu lui octroyer un statut d’excellence. Car plus jamais cette ambiguïté sur l’existence d’une conscience chez ce Pinocchio dégénéré ne sera abordée, le scénario préférant rebondir sur une classique histoire de réincarnation.

Dead Silence
 

Pas d'autre ambition que de créer des émotions fortes pour James Wan qui s'y emploie avec délectation, utilisant de magnifiques décors aptes à recréer cette impression de peur latente que les films de couloirs de la Hammer savaient si bien véhiculer. Le théâtre où se situe l'iune des dernières séquences semble hors du temps car isolé à la fois par l'eau du lac envirronant et l'épais brouillard que l'on doit traverser, en barque (sur le Styx ?), pour y accéder. Un lieu à l'architecture gothique plutôt bien mise en valeur et qui rappelle dans ses derniers instants (et toute proportion gardée) la maison d'Inferno d'Argento.

Des références qui ne desservent jamais le film puisque non ostentatoires, ne parasitant nullement une histoire envoûtante. Enfin, si le twist final peut paraître préfabriqué, il est assez bien amené et relève clairement un film parfois un peu froid, agréable à suivre mais sans véritable surprise. Dead Silence fonctionne d'ailleurs assez bien, donnant au final une conclusion digne des Contes De La Crypte. S'il ne rénove pas le genre, il sait s'en montrer digne et respectueux. L'utilisation et la mise en scène des obsessions et références de Wan, sans être foncièrement originales, n'en demeurent pas moins belles.


DEAD SILENCE
Réalisateur : James Wan
Scénario : Leigh Whannell & James Wan
Production : Mark Burg, Gregg Hoffman, Oren Koules, Peter Oillataguerre
Photo : John R.Leonetti
Montage : Michael N.Knue

Bande Originale : Charlie Clouser
Origine : Etats-Unis

Durée : 1h29
Sortie française : 21 novembre 2007




   

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