Entretien - Céline Sciamma

Androgyne taille basse

Affiche Tomboy
"Une proposition de cinéma". Il suffit d’un mot pour comprendre, en écoutant parler la réalisatrice Céline Sciamma, que le film Tomboy ne sera pas un énième drame à la française filmé comme un téléfilm du dimanche après-midi.

Sur un terrain narratif glissant (une petite fille se fait passer pour un garçon durant un été), la cinéaste évite tous les écueils de la tragédie sociale et livre un portrait de l’enfance d’une étonnante justesse. Ici, pas de parents accusateurs étouffants. La petite Laure aura beau aborder un look masculin (l’ambiguïté plane un moment sur sa véritable identité sexuelle), son père l’initie à la conduite en voiture et lui propose volontiers une bière, témoignant de l’acceptation totale de son enfant. Et si la mère finit par découvrir le secret de Laure / Michael (la différence entre ce qu’elle est à l’intérieur du foyer et à l’extérieur), ce n’est que la nécessité de briser le mensonge qui guide un temps sa colère.

Céline Sciamma ne porte jamais sur son sujet la hauteur d’un regard d’adulte contemplant les enfants. Elle reste constamment au niveau de ces derniers, préférant jouer sur l’absence des parents (l’histoire se déroule durant l’été, à un moment insouciant où les enfants jouent entre eux loin des obligations scolaires) ou leur présence hors-champ (le dénouement plaçant les explications d’adultes derrière le mur de la petite fille). La réalisatrice refuse de commenter les faits et gestes par des chansons démonstratives. Si légèreté et drame il doit y avoir, ce sera d’abord par des procédés enfantins. A commencer par l’éveil et l’amusement par le jeu, comme en témoigne cette scène où, pour simuler les attributs sexuels masculin, la jeune Laure fabrique, avec la complicité de sa sœur, un phallus en pâte à modeler qu’elle glissera dans son maillot de bain.

Le choix même du titre Tomboy, équivalent anglais d’androgyne, réfute le terme français de "garçon manqué". Car il n’est pas question de "manquement" ou de "ratage" chez cet enfant. Juste l’affirmation d’une identité, d’abord dissimulée et forcée à se révéler dans un dénouement dont l’ouverture est aussi positive que potentiellement triste, selon le point de vue que chaque spectateur voudra y apporter.

Intègre, sincère et pudique, la réalisatrice du film se confie à L’ouvreuse dans l’interview ci-dessous :




TOMBOY
Réalisatrice : Céline Sciamma
Scénario : Céline Sciamma
Production : Bénédicte Couvreur
Photo : Crystel Fournier
Montage : Julien Lacheray
Origine : France
Durée : 1h22
Sortie française : 20 avril 2011


   

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