L'abus de foie gras, de vodka et de cadeaux bizarres provoque, vous le remarquerez aisément, le besoin physiologique de faire des "bilans". Lire l'édito de janvier...
Pour la Toussaint la rédac a passé ses cuirs de gotheux et est allée soupirer sur des tombes poussiéreuses sa lassitude du cruel monde des médias. Oué, on est d'humeur dark. Parce qu'après une bonne année de développement plus ou moins appliqué pour transformer quelques milliers de lignes PHP en magazine cinéphile agréable et intéressant (et là vous serez gentils de dire oui sinon on s'ouvre les veines sur un poster de Robert Smith), vous voulez savoir comment on nous présente de par le Web ?
Attention je lâche le mot : on est un "blog". Et influent en plus. Comme si ça suffisait pas...
Avant tout, comme l'expliquait la taulière, on n'est pas encore atteint au point de croire qu'on influe qui que ce soit. Mais blog bordel… Voilà ce qui arrive quand des génies d'école de comm cherchent à récupérer des termes du Net sans comprendre ce qu'ils veulent dire. Comme si les mots "fanzine", "webzine", "magazine en ligne" ou même l'archaïque "site" n'existaient plus, et que la moindre page s'affichant dans un navigateur se devait être un blog. Influent. Ne pas oublier l'influence ! Ce concept marketing de "bloguinfluent" est absolument génial quand on y pense : il permet à tout à chacun d'étaler au plus grand nombre sa fierté abrutie de ne constituer qu'un rouage de plus dans la longue chaîne de la pensée mécanisée. C'est difficile à croire mais il y en a (beaucoup) qui se gargarisent d'être flattés pour n'être que de petits représentants de commerce, qui vantant le dernier Nokia, qui testant les dernières crèmes anti-ride (pour un lectorat de 17 ans de moyenne d'âge). Représentant de commerce, certes, mais représentant de commerce en ligne : "Regardez-moi j'ai trop la classe je suis soumis au marché, oh oui j'aime ça."
Alors imaginez un peu la gueule qu'on tire quand on lit à droite à gauche que l'on est un "blog influent"… Déjà qu'on a du mal à faire ami-ami avec les cadors de la catégorie qui veulent bien aider à diffuser la passion du cinéma mais seulement si cette passion correspond à leur propre idée du septième art, alors si en plus de dire que Dumont est un pornographe débile on nous qualifie de "blogueurs", qui c'est qui va nous linker, hein ? (quoique avec "influent" collé derrière ça pourrait aider certains à élargir leurs voies d'une passion très élastique selon les modes et périodes).
Pour en revenir aux apôtres de Loïc Le Meur et à sa Bible 2.0, c'est-à-dire ceux qui s'escriment à changer de portable tous les deux mois pour enfin devenir un de ces fameux "geeks", ceux qui ont compris en 2004 que l'intérêt du Net venait des internautes eux-mêmes (ils ont juste mis dix ans), voici quelques pré-requis basiques avant de continuer à polluer le Web avec des concepts grotesques d'apprentis marketeux :
Un blog influent n'est absolument jamais influent. Un blog n'est qu'un site regroupant les "web logs" d'un simple internaute. Un fanzine n'est pas et n'a jamais été un blog.
Ce n'est pas bien compliqué. Et respecter ces menues définitions permettra de garder encore un temps l'illusoire espoir que tout en ce bas monde n'est pas destiné à devenir un produit, que les individus placent leur indépendance d'esprit légèrement plus haut que des cartons d'invitation et autres louanges sans sens.
D'ailleurs, cet édito sera la flagrante preuve que l'on est tout sauf influent.