"- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..." Lire l'édito de mars...
Ça y est, nous sommes en mai, c'est parti pour quatre semaines de bassinage en côte d'usure. Ereintés par cette transhumance pour bétail cinéphilique et obnubilés par la chasse aux accrédit', journalistes et chroniqueurs se pâment devant la clinquante vitrine festivalière et dédaignent ce qui donne le seul et réel intérêt à tout ce barnum, c'est-à-dire le marché du film.
Glamour toc et strass en terrasses ne représentant pas pour nous le summum de la cinéphilie, nous vous proposerons en lieu et place des insupportables pronostics un petit reportage sur les coulisses du rendez-vous incontournable de l'industrie du septième art grâce à nos inside man and woman.
A ce moment de mon texte j'avais prévu de me prononcer sur la thématique grave soulevée dans l'édito du numéro de mars du magazine dont il ne faut pas dire le nom (Mad Movies mais chuuuuuuut), à travers duquel l'auteur rendait un vibrant hommage aux éditoriaux engagés de son aîné, le fameux et l'engagé JP Putters, par un discours audacieux mais toutefois très profond, il faut le reconnaître, se résumant à peu de chose près à : "C'était trop cool ce festival en plus y avait une fille avec nous". Mais ne sachant qu'ajouter sur ce thème puissant, je passe l'occasion qui nous est donnée de glorifier le rôle de la collaboratrice de sexe opposé en manifestation cinéphile. Puis ça pourrait rendre la taulière jalouse.
Et là, je sens que j'ai moyennement satisfait nos lecteurs qui n'apprécient guère que l'on se moque du magazine dont il ne faut pas dire le nom, car cela nous "dessert", fait de nous des wanabe califes "parmi tant d'autres" (tient, il existe d'autres sites qui s'intéressent à ce que font leurs confrères ?), produit des textes qui n'ont pas leur place ici et des réflexions à côté de la plaque. Tout ça. Rappelons alors aux mémoires sélectives ne s'activant pas lorsque les autres revues en prennent pour leur grade que la rédaction de L'ouvreuse se donne allègrement le droit de traiter les films et tout ce qui touche au cinéma de la manière dont elle le désire. Et bien souvent elle désire décortiquer et comprendre ce qui se passe chez les califes en place censés aiguiller le public et éduquer leurs petits yeux au cinéma et à l'image. On est d'accord, c'est complètement improbable comme volonté éditoriale quand l'individualisme conduit tout à chacun à se persuader que ce qui n'a pas d'influence sur soi ne peut en avoir sur autrui, donc à quoi bon dénoncer ci ou fustiger ça ? Sans parler de l'autre fantasme corollaire de cette claustration réflexive qui stipule qu'un fait est strictement isolé, qu'il ne peut en aucun cas être la cause ou la conséquence d'un autre : d'ailleurs si on parle de presse influente, ce n'est pas du tout parce qu'elle influe entre autres sur les couches décisionnaires, non non, c'est juste comme ça, pour faire joli.
Le lassant anathème "critique = jalousie, frustration et misérable ambition" semble destiné à servir de charpente rhétorique encore un bon bout de temps tellement les affronts à l'égo sont vécus aujourd'hui comme des viols, des traumatismes si violents qu'ils effacent chez les victimes la mémoire immédiate : voyez par exemple ce pauvre Francis Lalanne sortir de ses gonds dès lors que l'on discute la qualité de son album et de son livre, allant jusqu'à hurler à son critique "Je ne t'autorise pas à me juger !". Rappelons que l'artiste regrettait quelques minutes plus tôt que la France ne soit plus un état de droit, discours sur lequel repose son livre. Sacré Francis.
Le cas Lalanne est symptomatique de ce désir de liberté individuelle à la carte : Citoyens, dites ce que vous voulez, soyez libres de penser, mais putain d'ta race t'as pas intérêt à chier sur mes bottes sinon t'vas voir ta gueule à la récré. En sommes. Je vous laisse faire le parallèle avec le réflexe qui laissent de marbre certains internautes devant nos réprimandes envers les Libé, Télérama, Technikart, Cahiers et autres Studio Cine Live, et qui engendre des cris d'orfraie dès que nous touchons à la revue sainte.
A ce propos, laquelle de ces illustres publications se fendra la première d'un dossier sur le téléchargement et ses conséquences sur le cinéma ? Non parce que nous, on est méchant on tape sur tout le monde, ok, mais fondamentalement on adorerait trouver chez nos aînés des articles expliquant au public comment le téléchargement illégal massif de Wolverine n'a pas empêché celui-ci de devenir le film le plus rentable de la franchise X-Men en quelques jours. Naïvement nous comptions sur Technikart, revue geek de référence s'il en est, pour nous révéler qu'on ne peut toujours pas télécharger des salles de cinéma.
Car pendant que les rédactions se gardent de contredire les affligeants discours officiels, les penseurs institutionnalisés redoublent d'effort dans leur travail de sape anti-Internet, les cuistres et leur effarante bêtise continuent de faire autorité, ce qui, on le conçoit, reste toujours moins grave que de savoir qui d'Almodovar ou de Loach repartira avec la Palme.
Je vous laisse donc avec ce bon vieux Alain Finkielkraut, philosophe auto-proclamé, officier de la Légion d'honneur et producteur à France Culture depuis vingt ans (un homme qui n'influe pas oseront rétorquer certains), qui se ridiculise pendant une heure vingt chez Daniel Schneidermann à propos de cet objet démoniaque qu'est Internet sans que cela n'émeuve qui que ce soit dans le landernau culturel (et c'est pas faute de s'y reprendre à plusieurs reprises). Extrait :