"- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..." Lire l'édito de mars...
Et voici venu le temps de vous souhaiter une bonne année les poupettes ! Vous vous êtes bien régalés l'an dernier ? Vous avez vu de bons films ? Tant mieux. Profitez-en bien quand même, rien ne dit que l'année qui vient ne soit pas le tant redouté début de la fin.
Loin de moi l'idée de jouer l'oiseau de mauvais augure, mais force est de constater que plus les années passent; plus les discours encourageant l'ostracisme culturel, l'obscurantisme automatique et le formatage des idées se font nombreux, systématiques, et violents. Les mécaniques inquiétantes qui régissent actuellement la société, ses débats, son approche de la connaissance et de la culture sont trop complexes pour qu'on s'y étende ici. Notons juste, à notre humble niveau, qu'après avoir un moment cru au miracle de voir une certaine reconnaissance intellectuelle du cinéma grand public et geek après une série de cartons critiques et public au début des années 2000, et par-là même d'éradiquer tous les préjugés qui sclérosent la production cinématographique nationale, les partisans de tous bords ont simplement viré vers les extrêmes : la critique officielle ne devenant qu'une caricature snob et idiote d'elle-même, et la presse spécialisée se contentant de jouer à l'ado rebelle, réduisant le cinéma de genre à du sang qui dégouline.
Rappelons tout de même qu'en 2007, nous avons été témoins de quelque chose d'assez hallucinant quand on y repense : les trois seuls films Français ambitieux dans le fond et la forme, s'inscrivant dans un courant populaire intègre et intelligent, se sont fait descendre, allumer, étriller, par une presse pudibonde dépassée. Et ignorer par ceux censés les défendre.
Bref, les stéréotypes n'ont jamais été autant à la fête, plébiscités et glorifiés, comme si la seule façon d'exprimer des idées ou des opinions ne devait se faire que selon des schémas pré-établis, ce qui arrangent bien évidemment ceux qui n'apprécient pas trop qu'on fasse en-dehors des marques.
Les "élites" se regardent de plus en plus le nombril en vomissant tout ce qui concerne le peuple ; le peuple et ses représentants actifs que se doivent d'être les geeks et autres défenseurs de la contre-culture sont, eux, trop occupés à s'entredéchirer en vain sur les forums pour véritablement ouvrir leur gueule envers ceux qui le méritent, gueule que la dictature sociale de ce début de 21ème siècle leur ordonne de toutes façons de tenir gentiment fermées sous peine d'être officiellement mis au ban de la normalité avec une pancarte "gros blaireau aigri" sur la poitrine. Tout va bien, donc.
Mais qu'on se rassure, la presse subversive est là pour veiller au bien-être de la diversité et de l'émulation culturelle, toujours prête à défendre les rares espaces de liberté que sont les serveurs Web en traitant les internautes de "pinailleurs invétérés", d'"aigris de tout poil", de "critiqueurs agités", de "blogueurs psychanalysants et masturbatoires", de "bougres incapables de faire autre chose que de brailler des reproches à longueur de journée", de "malheureux qui n'existent qu'à travers leurs griefs, pensent donner un semblant d'importance à leur existence en vomissant des avis dépréciatifs…" ou encore de "relous du Net".
Oui, tout ça. Et non, ce n'était pas dans Télérama ou autre journal allergique à l'expression populaire et à la critique.
C'étant en décembre, dans Mad Movies, une revue où dorénavant on préfère rester anonyme pour insulter son lectorat, dans laquelle "prôner le dialogue" consiste à ne publier dans son courrier des lecteurs seulement les lettres les plus navrantes pour mieux décrédibiliser l'ensemble de ses détracteurs, et ne jamais venir s'expliquer sur son propre forum. Donc fatalement, "les âmes de mauvaise foi" en viennent à "tailler bavette entre elles"… Cela vous plaît ? Moi oui. J'aime beaucoup. La méthode, admirable, fit excellemment ses preuves au cours de l'Histoire. Voir des représentants de la culture populaire la maîtriser aussi bien m'émeut presque. C'est signe d'une ère nouvelle. Réjouissons-nous donc, sous risque d'être logiquement traité de réac ou de pleureuse !
Et comme nos journalistes ne sont pas les seuls à s'inspirer de l'école Italienne pour enterrer les débats d'opinion et la diversité culturelle, rendons hommage à notre vénéré Président dont la lettre de mission à la Ministre de la Culture Christine Albanel ne rassure pas énormément, et c'est peu de le dire. La "démocratisation culturelle"… Après avoir laisser pendant des décennies des "experts" verser des subventions à des projets de facture amateur pour la simple raison qu'ils diffusaient l'odeur de l'Art selon les critères d'une dizaine de critiques influents, voilà que l'Etat veut orienter sa politique culturelle selon les seuls désirs du public, désirs hélas bien plus dictés par les impitoyables et infatigables machines à vendre que sont les médias que par un réel intérêt pour le cinéma, qui n'est pour beaucoup qu'un produit de consommation courante. Les attentes du public, à titre d'exemple, seraient un Taxi 5, un Cœur des Hommes 3 et un Die Hard 5 – Retour à l'Asile. Miam.
L'Etat, il fallait s'en douter, n'a pas l'air de vouloir prendre le problème à la base, c'est-à-dire prôner une réelle diversité des genres et des formes, avoir un projet éducatif concret (du genre apprendre à lire aux écoliers, et pourquoi pas leur faire connaître un langage auquel ils sont bien plus soumis : celui de l'image), le tout en réformant certaines institutions qui le mériteraient bien. Espérons alors que nos cinéastes, à l'image de Cédric Klapish, n'en resteront pas seulement aux mots et tenteront de passer aux actes malgré les interdictions morales (venant des journalistes) et matérielles (venant des décideurs). Car c'est bien joli de filmer une galerie de stars dans Paris quand on est réalisateur, ou de prendre tellement à cœur son rôle de spectateur qu'on préfère corriger son prochain plutôt que d'affirmer une opinion, mais il serait peut-être temps, voire vital pour les deux parties, de ressusciter un esprit aujourd'hui mal-en-point, redouté et rabaissé : l'esprit militant.