"On dit souvent que Télérama dégomme systématiquement le cinéma populaire. Pas toujours. Télérama a aimé Amadeus, Trois Hommes Et Un Couffin ou Le Père Noël Est Une Ordure..." Lire l'édito de l'été...
Woody Allen est futé : après le semi-ratage évident de son Vicky Christina Barcelona, pourtant déclaré "film le plus sensuel de l'auteur" par une presse qui n'a pas dû entendre la voix-off omniprésente et didactique (à moins que la sensualité soit de s'ébattre tout en étant commenté par son psy), le névrosé de Big Apple revient aux bases en démarchant le gigantissime Larry David.
Ce dernier (dont on murmure qu'il réunirait le cast de Seinfeld lors de la prochaine saison de Curb Your Enthousiasm !) apporte sa gouaille et son sens de l'ironie au cinéaste qui nous ressert le même discours (passion amoureuse contre sagesse) mais en ajoutant à son Whatever Works ce qui manquait cruellement à l'escapade barcelonaise : un vrai point de vue cynique et distancié, une grosse louche de misanthropie assumée, qui rend ici, paradoxalement, la galerie de dingos du film beaucoup plus intéressante et sensuelle que les trois gravures de mode de son essai précédent.
Tenir un site Web, et a fortiori de cinéma, c'est un peu être témoin chaque jour de ce pittoresque combat permanent entre passion et raison, entre hémisphère droit et hémisphère gauche, qui peu à peu vous force à tout prendre avec dérision sous peine de devenir aussi névrosé qu'Allen. Il n'est pas dit que cela rende nos interlocuteurs plus intéressants et sensuels (c'est même très peu probable), mais comme le montre l'auteur de Manhattan, cela permet au moins d'apporter cette petite touche de bon sens philosophe qui manque tant dans les échanges contemporains. Par exemple, quand vous vous rendez compte qu'une fois sur deux des insultes suivent les liens vers votre site postés sur divers forums, légitimés par leurs auteurs car "nous on fait pareil", comment réagir ? D'expérience vous savez qu'expliquer la différence entre argumentaire critique et insulte ne servira à rien et vous fera perdre du temps (on a carrément autre chose à faire que répéter les bases des cours du secondaire). Donc autant rendre hommage à ces prix Nobel potentiels en ornant le haut de votre écran avec les plus originales des injures à notre égard lues de par le Net. Nous repensons également souvent à cet internaute qui nous confia avec le plus grand sérieux que nous sommes "le degré zéro du journalisme". Fier de son attaque, il ne se rendait même pas compte à quel point c'est vrai puisque nous ne sommes effectivement pas journalistes.
Ce qui m'amène, c'est l'époque, à faire un rapide bilan de cette seconde année d'existence qui aura vu l'activité du site doucement augmenter (la couverture de nos premiers festivals, quelques coups d'éclats repris – timidement - par certains médias), mais pas autant que les vraies activités professionnelles de vos rédacteurs (Vendetta et la critique de Morse, c'est nôtre Macguffin). Heureusement, de nouveaux collaborateurs sont venus nous prêter main forte (Simidor, Monsieur Bobine, Michael de Wildgrounds), sans oublier évidemment tous les lecteurs qui nous proposèrent des articles très souvent intéressants et pertinents. Un grand merci à vous tous !
Et quid de la suite ? Mystère… Sans doute la même chose ! Tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous accrochons très peu à l'idéologie de la croissance infinie imposée par on ne sait quelle divinité, donc nous n'allons pas vous faire le discours du manager de base qui promet moult évolutions pour une prospérité rapide et soutenue, puisque d'une on s'en cogne, de deux on pourra difficilement faire plus tant nos projets dans le monde réel s'avèrent chronophages. Puis comme ça, nos confrères professionnels, ceux qui gonflent leur chiffre de visites avec des news journalistiques plus basses que zéro ("Trop bien, une affiche d'un DTV qui sortira dans deux ans !!"), pourront continuer à supposer notre audience pour mieux nous moquer. Remarquez, ils doivent avoir quelque part raison de prendre leur lectorat pour des bœufs gavés aux flux RSS puisque ce genre de site n'est jamais insulté par les prix Nobel des forums.
Si la quantité devait déterminer la qualité, on le saurait, depuis le temps. Donc pour le moment, on va dire qu'on se contente de notre côté d'un bon "whatever works". Et surtout d'un été tranquille à mater des films au frais.