Vertige

Noeud de huit pas que c'est de la merde

Affiche Vertige

Il faut être responsable nous dit-on, car le "cinéma de genre français" doit en grande partie sa survie à la critique.


Même si le film est mauvais, il faut le soutenir coûte que coûte, ne pas être trop méchant, sans quoi les producteurs n'oseront plus se lancer sur ce type de projets. Et alors on aura tué le "cinéma de genre français". Une sorte de pression invisible pèse sur les épaules du critique, en particulier du critique spécialisé, qui devra trouver le moyen de défendre l'indéfendable à partir du moment où le film en question entre dans la fameuse catégorie (rappelons aux distraits que le "cinéma de genre français" dont nous parlerons dans cet article est maintenant devenu synonyme de "cinéma d'horreur français", car le teen movie par exemple, c'est bien connu, c'est pas du genre. Afin d'éviter toute confusion nous utiliserons donc ici le mot-valise "cinémadgenrefrançais").

Un postulat bien pratique pour tout le monde. Les critiques n'ont plus qu'à trouver tout génial. Et après un long tâtonnement à la fin des années 90 / début 2000 pour apporter une unité de style (à l'époque, quels points communs entre Promenons-Nous Dans Les Bois et Maléfique ?), les auteurs n'ont même plus à faire de bons films, mais simplement à suivre le cahier des charges du cinémadgenrefrançais qui suffira à leur assurer les faveurs de la presse spécialisée. Un Dogme95 sauce fromage-qui-pue que nous vous révélons ici en exclusivité :


DOGME N°1 : LE BUDGET DEVRA ÊTRE RIDICULE
Rendons-nous à l'évidence : un film d'horreur, c'est pas un vrai film. Les films avec du sang c'est pas sérieux, ça n'intéresse personne, donc on garde la thune pour Les Bronzés 4. Avec son budget anémique, le film d'Abel Ferry ne déroge pas à cette première règle. Vertige sort d'une collection de filmsdgenrefrançais développée par Sombrero Productions. Collection à laquelle appartenait le déjà catastrophique Mutants, avec lequel Vertige partage un décor montagnard et une absence totale de prise de risques (en langage critique spécialisé qui veut sauver le cinémadgenrefrançais, on appelle ça de "l'humilité" ou de la "modestie"). On change de saison, on enlève les zombies, on remplace par un pont suspendu, un redneck croate, trois mousquetons et une louche de The Descent. Et hop, on a le nouveau chef-d'oeuvre de l'horreur à la française. Vertige est un pur film de producteur sacrifiant tout sur l'autel de l'économie et se contentant de polycopier ce qui a déjà été fait en beaucoup mieux ailleurs, sans rien apporter de nouveau (en langage critique spécialisé qui veut sauver le cinémadgenrefrançais, on dit que c'est "assumé"). Entre une prod mettant des batons dans les roues de son réalisateur et "l'auteur d'horreur" en roue libre façon Martyrs, peut-être qu'on pourrait trouver un juste milieu, non ?

Vertige
Un budget tellement serré que les comédiens doivent réparer les projos eux-mêmes



DOGME N°2 : LE FILM DEVRA ÊTRE DÉPRIMANT
Autre grande constante du cinémadgenrefrançais : pas d'humour. On n'est pas là pour déconner, on fait des films sérieux vachement adultes et vachement sombres comme le Dark Knight tu vois. On veut du cinéma déprimant dans la grande tradition française. Ambiance Berlin-Est / Sarajevo avec étalonnage "matin gris-bleu" en option. Marre du cynisme rigolard. Marre du recul X-generationesque, on veut des personnages premier degré, dépressifs et pleurnichards (voir Dogme n°3). Du cinéma direct dans ta face comme dans les années 70, gros ! D'ailleurs c'est bien connu, il n'y a pas une once d'humour dans Massacre A La Tronçonneuse, Délivrance ou L'Exorciste.
Malheureusement pour lui, Vertige rappelle moins cette vision caricaturale du cinéma des 70's que quelques gloires de la télévision française comme Fort Boyard (le roulement de percussions sur la fin du film est exactement le même que celui du générique) ou Extrême Limite. Comme si ça ne suffisait pas, les auteurs de Vertige commettent une monumentale erreur pendant l'exposition : les personnages se mettent à chanter (en souriant !!!) sur Alright de Supergrass. "Il ne peut plus rien nous arriver d'affreux maintenant" eût été plus adapté.


DOGME N°3 : UN PERSONNAGE DEVRA ÊTRE UN GROS BOULET
Troisième règle évoquée plus haut, tout filmdgenrefrançais devra être équipé d'un boulet fictionnel, un personnage ne servant qu'à énerver le spectateur. Rappelez-vous : Abdel dans A L'Intérieur, ou la meuf qui chiale tout le temps et qui met une heure et demie à se faire tuer dans Martyrs. Pleurnichard, tête-à-claques, geignard, relou, ce personnage qui se ferait tuer au bout de dix minutes dans n'importe quel film du reste du monde devient un héros en France. Si on voulait interpréter un peu, on dirait que ce gros boulet est une sorte d'auto-allégorie lucide de la condition du cinémadgenrefrançais.
Avec son passif de réalisateur de sketches des Guignols, on se doutait que Ferry partait avec une longueur d'avance, mais jamais on aurait imaginé qu'il parviendrait à faire aussi fort que le personnage de Loïc, sans nulle doute le pire neuneu vu depuis longtemps sur un écran. Quelque part entre la marionnette de Johnny Hallyday et celle de Richard Virenque, Loïc est lâche, complètement débile, peureux, atrocement énervant... Et donc il reste jusqu'à la fin du film. Normal.


DOGME N°4 : LE TITRE DEVRA ÊTRE BREF/font>
Détail qui a son importance, le titre doit être court et percutant. Sans arriver au génie pur de Ils, Vertige ne compte tout de même que trois syllabes mais n'a pas le mystère insondable d'un Martyrs ou d'un Humains. Cela dit, il est repompé sur un chef-d'oeuvre d'Hitchcock et ça, fallait oser.


DOGME N°5 : LE FILM DEVRA ÊTRE ENGAGE ET SANS CONCESSION
Crise économique, vache folle, Nicolas Sarkozy, réchauffement de la planète, grippe G, hépatite K... Soyons réalistes, nous vivons actuellement une époque épouvantable. Conscients du contexte dans lequel ils évoluent, les réalisateurs du cinémadgenrefrançais se doivent de traduire le cri de rage d'une génération. Tels des George Clooney baguette sous le bras, ils s'engagent et dénoncent la société.
Dommage ! Encore un gros point en moins pour Vertige qui ne s'engage pas et ne dénonce rien. Pourtant deux trois BX en feu au début et à la fin, même si ça n'avait aucun rapport avec le sujet, ça ne mangeait pas de pain, ça créait l'illusion d'une thématique et on gagnait tout de suite en profondeur.


DOGME N°6 : LES ACTEURS NE DEVRONT RÉPÉTER QU'UNE SEULE FOIS (ET PASSE LA MOITIE DU FILM A HURLER)
En effet, la seule répéte doit avoir lieu au petit-déj. le jour du tournage. De plus, les acteurs ne doivent surtout pas être dirigés, le réalisateur et le chef-opérateur étant trop occupés à choisir la teinte de gris-bleu nécessaire pour atteindre le niveau de dépression nécessité par la scène. De toute manière c'est pas grave parce qu'on s'habitue à un jeu d'acteur pourri. C'est dur la première heure et puis après on fait même plus gaffe.
Loin de la perfection ultime d'un Mutants, Vertige explose ici Frontière(s) et ses comédiens presques bons. Le film d'Abel Ferry fait donc malgré tout très fort avec ses acteurs livrés à eux-mêmes jouant mal du début à la fin.


DOGME N°7 : QUAND UN PERSONNAGE COURT OU SE BAT, IL FAUDRA LE FILMER COMME DANS GLADIATOR
Cette dernière règle, parachevant l'aspect formel du cinémadgenrefrançais, veut que pour toute scène d'action, le directeur de la photo fasse deux choses : faire trembler la caméra comme si le cadreur était grabataire et réduire le temps d'exposition. Ceci couplé à un montage bordélique est devenu LA figure de style (et LE cache-misère, mais chhuut), mode venue du clip et de la pub et récupération flemmarde du travail de Kaminski sur le Soldat Ryan.
Vertige s'en sort cette fois avec les honneurs, en partie grâce à son combat final illisible et laid à pleurer entièrement filmé de cette manière.

Vertige
"On est d'la baise ! Le cinémadgenrefrançais a pété son baudrier !"


Comme vous le voyez, après des années de galère, le cinémadgenrefrançais a enfin réussi à créer une cohérence et une unité de groupe. Mais il semble avoir oublier une variable à l'équation : cet étrange animal assis dans la salle qui a l'air de s'emmerder grave, qu'on appelle parfois dans nos contrées le "spectateur". Une espèce méconnue tellement mise de côté par les auteurs que l'avis de la critique semble à leurs yeux être la seule influence sur la survie d'un genre. Les critiques se sentant obligés de ne pas dire de mal, le spectateur n'existant pas et les auteurs n'ayant plus à se remettre en question, le petit milieu du cinémadgenrefrançais se retrouve à tourner en vase clos, jamais remis en cause dans son petit nid bien douillet. Un cercle vicieux le condamnant à une stagnation inévitable et donc à une autodestruction qui arrivera par les moyens avec lesquels on aura tenté de l'éviter.

L'ouvreuse quand à elle estime que la critique ne doit pas se forcer à aimer tel ou tel mauvais film pour sauver le genre auquel il appartient ou pour toute autre raison extérieure, mais doit au contraire juger un mauvais film d'horreur hexagonal comme n'importe quel autre mauvais film pour amener une réaction, pour inciter leurs auteurs à revoir leur copie et à tirer leur art vers le haut. Un rôle de la critique essentiel que semblent souvent oublier les critiques eux-mêmes. Ce qui m'amène à cette simple conclusion : Vertige, c'est de la merde.

3/10
VERTIGE
Réalisateur : Abel Ferry
Scénario : Johanne Bernard & Louis-Paul Desanges
Production : Alain Benguigui & Thomas Verhaeghe
Photo : Nicolas Massart
Montage : Soline Guyonneau
Bande originale : Jean-Pierre Taïeb
Origine : France
Durée : 1h24
Sortie française : 24 Juin 2009




   

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