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Critique par Denver le 19 novembre 2008

Gray's anatomy

Affiche Two Lovers
James Gray, prodige habitué à prendre son temps (précisément six ou sept ans) entre ses films, livre, seulement un an après le dernier, un film qui sort de son registre habituel.
Ici, pas de tueur à gage, pas de flic pourri, pas de mafieux. Juste un homme un peu perdu qui a raté sa vie et qui va rencontrer deux filles au même moment. Certains émettaient des réserves sur La Nuit Nous Appartient à cause d’une certaine redondance autant dans le fond que dans la forme, par rapport à l’excellent The Yards. On comprend donc pourquoi le père Gray a décidé de livrer un film plus intimiste, personnel et touchant en s’attaquant au dilemme amoureux. Et encore une fois, il frappe fort, en livrant une œuvre d’une finesse et d’une force incroyable, rappelant les grands jours de Woody Allen, ou encore le récent et génial Punch Drunk Love.

Le film prend le parti de commencer par la pire des situations que quelqu’un puisse vivre, pour débuter du plus bas, et ensuite essayer d’aller vers le haut. Avec cette tentative de suicide en guise d’introduction, on plonge directement dans la peau de Leonard, un pauvre garçon détruit par une rupture et forcé à mener une vie qui n’est pas celle dont il rêvait. C’est cette plongée très directe dans la peau du personnage magnifiquement interprété par Joaquim Phoenix (Joaquim, reviens !) qui donne au film toute sa puissance émotionnelle car on ne peut que s’attacher au personnage et suivre passionnément ses malheurs et ses bonheurs. Alors évidemment, le procédé fait peur, n’est pas d’une finesse exceptionnelle, mais reste d’une efficacité redoutable.
La proximité des personnages est la clé du film de Gray. Autant dans son scénario que dans sa mise en scène, Gray aime ses personnages et le montre. Avec des cadres la plupart du temps serrés, enfermant les protagonistes dans leur environnement, ne pouvant pas avancer ; avec de longs plans et des plans séquences qui les suivent dans leurs déplacements, ne leur laissant pas d’espace et permettant au spectateur d’être véritablement pris dans le récit. Surtout que l’ambiance du film y participe aussi. En prenant un New York en plein automne, avec du vent, de la pluie, un ciel gris en permanence, Gray place son récit dans un cadre adéquat à son histoire. La ville n’est pas embellie, elle est grise, froide, pas forcément accueillante, tout comme l’appartement des parents de Leonard, avec une ambiance terne et sans vie. On pense à certains films de Woody Allen, où New York est gris, où les feuilles tombent des arbres, bercées par le son d’un jazz pas des plus joyeux. La forme est donc en accord parfait avec le fond et son déroulement pas forcément très heureux.

Two Lovers

James Gray et un amour intimiste, ce n’est pas ce qui donne vraiment confiance aux sceptiques, mais ce n’est pas parce que le réalisateur américain change de registre qu’il oublie ses thèmes et le traitement qu’il leur apporte. Encore une fois, le héros vit dans une famille envahissante, autant physiquement que psychologiquement, encore une fois il aura un choix difficile à faire et encore une fois, on retrouve l’excellent Joaquim Phoenix dans le rôle. Le casting, d’ailleurs, est parfait, comme toujours chez James Gray, avec des seconds rôles parfaitement bien écrits, et interprétés avec brio par des acteurs de grande classe. Le choix assez surprenant de Gwyneth Palthrow dans ce rôle de fille perdue, amoureuse du mauvais garçon, lunatique, faisant toutes les conneries possibles, s’avère très judicieux tant elle brille de par sa sobriété et sa justesse, offrant au personnage sa sensibilité à fleur de peau tout en dégageant un charme incroyable. Pareil pour Vinessa Shaw, que l’on ne voit pas assez au cinéma, qui donne vie à son personnage avec retenue et charme, comme le fait Sandra avec Leonard, dont la rencontre n’est pas des plus naturelle car forcée par les parents. Une vrai révélation que cette trop méconnue actrice ayant déjà quelques grands métrages à sa filmographie (Eyes Wide Shut, Melinda et Melinda, La Colline A Des Yeux ou encore le sympathique 3h10 Pour Yuma). Le couple de parents est aussi parfait, avec Isabella Rosselini qui revient un peu au premier plan, et Moni Moshonov, déjà vu dans La Nuit Nous Appartient. Venant tous les deux d’univers différents, elle étant d’origine italienne et lui russe, ils donnent à ce couple de parents leur aspect contradictoire, avec l’amour abusif qu’ils portent à leur fils avec une mère très protectrice et étouffante, et un père travailleur, pensant plus à la réussite professionnelle et à la bonne tenue de son commerce plutôt que du bonheur de son fils. Toute cette pléiade d’acteurs est parfaitement dirigée par Gray, qui, comme à son habitude, sait doser la psychologie des personnages et son expression par les acteurs.

Two Lovers
Non Joaquin, le coup de la boîte vide ça ne marche qu'avec Wall-E.

Pour revenir au film et son fond, Gray prend à contre-pied la majeure partie des productions romantiques actuelles, et l’affreuse affiche française, présentant le film comme une banale histoire d’amour. Parce que Two Lovers est romantique, mais certainement pas une comédie, malgré les quelques sourires qu’il provoque par moment, grâce à Léonard et son sens de l’humour, mais un vrai drame, pas forcément très optimiste. Ici, l’amour n’est pas simple, il ne suffit pas de deux amoureux, comme l’annonce pourtant le titre, pour être heureux. C’est un long cheminement, fait de déceptions et de douleurs diverses, que Léonard va devoir vivre. C’est donc dans la souffrance que le film se déroule, de la tentative de suicide du début, jusqu’au déchirant final, Gray, comme pour son ambiance visuelle, n’embellit rien. Pas d’optimiste déplacé, pas de gentillesse forcée, tout est réaliste, vrai, et fait mal par où ça passe, et tant pis si on n’en sort pas forcément heureux.
P
renant du début à la fin, grâce à une mise en scène parfaitement au service de son récit, le film est une réussite totale, porté des acteurs en état de grâce. On rit (un peu), on pleure (beaucoup), mais on ressort surtout avec la conviction que l’on vient de voir un grand film, et certainement la plus belle histoire d’amour vue depuis l'opus d'un cinéaste nous ayant offert un monument cette année, soit Paul Thomas Anderson et son merveilleusement absurde Punch Drunk Love.
Comme l’an dernier, James Gray offre un grand film (sûrement son meilleur d’ailleurs), et on se dit qu’il se pouvait nous livrer une pépite chaque année, on ne saurait refuser.
9/10
Two Lovers
Réalisateur : James Gray
Scénario : James Gray & Ric Menello
Production : James Gray, Donna Gigliotti, Anthony Katagas…
Photo : Joaquin Baca-Asay
Montage : John Axelrad
Origine : USA
Durée : 1h40
Sortie française : 19 novembre 2008
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 1 Posté par BB le 19 novembre 2008 à 00:12

enfoiré de denver >_!)
 2 Posté par Simidor le 20 novembre 2008 à 13:41

9/10! Et ben tu l'as aimé ce film... 
Sérieusement, oui à tout ce qu'a dit Denver. Ca vaut vraiment le coup de le voir.  
(Et je préfère Vinessa à Gwyneth).
 3 Posté par Denver le 22 novembre 2008 à 22:08

Les brunes gagneront toujours. 
 
Ouais, 9/10, j'ai longtemps hésité, mais je me suis que bon, mon film préféré de l'année mérite bien ça. 
 
Je me rends compte d'ailleurs qu'on a eu une bonne année avec There Will Be Blood, Wall-E, Speed Racer et donc ce Two Lovers.
 4 Posté par Goldfrapp le 25 novembre 2008 à 16:10

et Tropa de Elite :)
sinon Two Lovers c' est du fuck yeah JGRTW!!
 5 Posté par Sven le 29 novembre 2008 à 23:34

Très beau film en effet. L'histoire est assez banale, mais tout y est si précis, millimétré et pensé que la sauce prend tout de même. 
Un mention spéciale pour le son, qui est hyper soigné, et qui est l'élément déterminant de la réussite sensorielle du film (autre point commun avec Punch-Drunk Love).
 6 Posté par Cinegamin le 30 novembre 2008 à 13:46

Je dois avouer avoir du mal à comprendre l'extase sur ce film. Voire même je la trouve proprement scandaleuse. 
Qu'on ne se trompe pas, j'adore Gray, sa façon de retranscrire les grandes tragédies du théâtre antique et classique aux époques modernes. Mais dans La nuit nous appartient, il retranscrivait ces enjeux non seulement dans le scénario mais aussi dans la mise en scène et dans les dialogues. 
Dans Two lovers, le scénario est proprement épique (deux femmes pour un homme, une mère protectrice, un père quelque peu entremeteure et un adolescent qui n'a pas tué le père), mais Gray se coule lui-même en faisant des dialogues nuls ("donne moi ton numéro, on pourra s'écrire des SMS...") qui ne collent pas du tout avec son scénario. De même, sa mise en scène intimiste, beaucoup plus sobre et moins symboliste que dans La nuit nous appartient (il a troqué Blondie pour du piano...) ne colle pas aux enjeux du film. 
Alors oui Phoenix est génial de même que ces deux femmes. Mais l'essentiel manque, clairement.
 7 Posté par Bouhtiti le 03 décembre 2008 à 00:00

Kikoo!! 
 
Je vous lis depuis quelques temps et je suis très souvent d'accord avec vos critiques... Mais là je vais rejoindre Cinegamin qui a écrit juste avant moi. Je sais pas si je suis passée à côté du film, mais franchement c'est pas le film de l'année pour moi! Je suis la seule à être choquée par le fait qu'il habite toujours chez ses parents? Il est pas un peu vieux? Y'a quelque chose qui cloche dans ce film... ça passe pas. Très très déçue... Par le réalisateur de La nuit nous appartient, je m'attendais à beaucoup mieux. Heureusement que Joaquin Phoenix est là... Et encore le scénario m'a franchement déçue. Je le reverrais en DVD, parce qu'à vous lire je me dis que j'ai du raté quelque chose...  
Je suis perplexe...
 8 Posté par kitano le 04 décembre 2008 à 11:15

"Je suis la seule à être choquée par le fait qu'il habite toujours chez ses parents? Il est pas un peu vieux?
 
En réalité il est revenu y vivre depuis quelques mois suite à la rupture avec celle qui aurait dû devenir sa femme. 
Sinon il y avait une dame à côté de moi qui a dit texto à la fin de la séance "ah ben tiens pour une fois c'est vu du côté des hommes", et c'est vrai que les personnages féminins sont plus attractifs que ce brave Léonard donc je peux comprendre ta réticence. 
Ce que j'aime surtout dans ce film c'est que Gray part d'un pitch à priori basique pour en faire un mélo psychologique traité comme un film noir vraiment troublant de véracité dans l'émotion, il s'en dégage une espèce de mélancolie face à ce choix entre la femme maternante (qui représente en fait l'absence de choix) et le fantasme qui fait de la voisine une projection idéalisé et une sortie de secours permettant d'échapper à la névrose familiale. 
En tout cas s'il est dit que les grands cinéastes ont tendance à refaire d'une manière ou d'une autre toujours le même film James Gray en est un assurément.
 9 Posté par Reckoner le 05 décembre 2008 à 00:00

Même chose pour moi, autant j'approuve la grande majorité des critiques sur ce site, autant là mettre 9/10... Et c'est pareil dans toute la presse, le film est considéré comme un chef-d'oeuvre. 
 
Perso j'ai trouvé l'histoire assez banale, quelques personnages déjà vu 100 fois (la blonde) ou complètement fades (la brune), sans parler de la fin, plutôt prévisible. 
Et je suis d'accord avec Cinegamin, le coup des textos, mouais bof... 
 
Ce film avait à priori tout les atouts pour m'émouvoir, mais il n'y est parvenu à aucun moment.
 10 Posté par Cinegamin le 06 décembre 2008 à 20:23

Je suis pas d'accord pour dire que l'histoire est quotidienne. Au contraire, si c'était une histoire comme une autre, le film serait génial. Mais là c'est autre chose, c'est un choix impossible, tragique. Le problème c'est qu'il n'y a pas la même ambition dans la mise en scène ni dans l'écriture. Je sais que je me répète mais je trouve dommage qu'il n'y ai pas de dialogue sur ce film parce que yaurai de quio dire...
 11 Posté par Looping le 06 mai 2009 à 19:39

Dans ce fil les choix amoureux des personnages sont tous fait par dépit (Sandra est le second choix de Leonard qui lui-même est le second choix de Michèle), Two lovers m’a semblé être une comédie romantique pessimiste qui aborde un sujet rarement exploité dans le genre, celui comme quoi toute les relations amoureuses son bâtit sur le mensonge. 
Dommage que sa structure ne soit pas à la hauteur du scénario et ne sorte à aucun moment des sentiers battus comme ce fut le cas pour Punch, drunk and love.

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