Ted

Teddy beer

Affiche Ted
Seth MacFarlane est un drôle de gars. Le jour, c’est un peu cet enfant jamais remis du traumatisme des Simpson, surfant depuis des lunes et avec opportunisme sur la vague humoristico-sociale de la fameuse série de Matt Groening.
Imposant jusqu’à l’overdose le même schéma à base de cellules familiales aptes à être déstructurées dans un réel bazar satirique et corrosif, MacFarlane est parfois plus proche de la prose du duo Trey Parker / Matt Stone
Le prototype du grand ado pas plus original qu’un autre en fin de compte, dont le sempiternel tic du running gag saturé a provoqué l’un des plus réussis gags de South Park, à base de lamantins gagmen malgré eux. Oui, MacFarlane est de ceux qui tentent la blagounette jusqu’à épuisement-même de celle-ci.

Mais, la nuit, Seth réussit ses vannes, et ce avec une fulgurance telle que le spectateur, fana de cartoons délirants, se demande si l’élève n’a pas cramé sa maison-mère depuis longtemps, si, en s’inspirant indéniablement d’un certain humour universel à la Groening, MacFarlane n’a pas finit, à force d’efforts, par enfin écraser la famille jaune ! A dire vrai, pour toutes ces raisons, un projet tel que Ted augurait des meilleures comme des pires auspices, son créateur demeurant un hybride fascinant entre la grosse feignasse et le génie, le lourd et le fin gourmet du rire, le barjo réjouissant et le comique un brin superficiel. En gros, même à travers l’histoire improbable d’un trentenaire paumé passant ses jours en compagnie de son meilleur pote, un nounours stoned et glandeur, le Seth est parvenu à livrer une œuvre tellement représentative de ses capacités qui pour certains seront autant de faiblesses. Sincère à deux mille pour cent, donc, et on ne peut plus intègre. Petit constat de la chose…


Ted

Pour une large partie de la critique cinéma française, qui semble ne s’être pas trop préoccupée des œuvres de la team MacFarlane par le passé, Ted, gros succès au Box Office ricain, est une sorte de sauveur de la comédie US, voire carrément la comédie de l’année, mais si l’alchimie est réussie, c’est par son rapport d’héritage frontal avec les meilleurs modèles du genre acclamés ces dernières années. Ainsi, Ted serait un beau mix entre le dézingage non dénué d’émotions des Farelly (tout le monde en prend plein son grade, mais ce dans le cadre d’une histoire d’amitié / de séparation à la Deux En Un) et la crudité collégiale d’un Judd Apatow.

Or, Ted ne peut se définir que par deux mots : Seth MacFarlane. Accompagné par deux de ses nombreux et fidèles gribouille-papier, l’artiste s’est lancé dans une retranscription totale de sa patte cartoon, mais transposée dans un univers presque totalement live, si l’on excepte ce nounours malpoli, parodie ordurière d’un symbole d’innocence sorti d’une production Amblin des années autre-vingt. Les amateurs du monsieur, observant de près ou de loin l’évolution de ses trois séries, considéreront à raison ce rigolo divertissement comme un concentré de MacFarlanite aiguë, davantage que comme un film affilié à la vague de potacheries inondant les rayons des amoureux de la comédie façon Oncle Sam.


A la base il y eut Les Griffin (1999), raillée par tout un chacun comme une vulgos photocopie d’un fameux show cité plus haut, qui énonçait avec quelque maladresse les intentions naissantes du trublion. Effectivement, la série fut vite ébranlée, voire anéantie, par ce qui fut le Evil Dead 2 de MacFarlane, sa plus démente création : American Dad (2005), portrait façon bazooka d’une famille américaine atypique, où un agent de la CIA baraqué comme Schwarzy concentre en sa demeure un extra-terrestre se déguisant en Kevin Bacon et un poisson rouge dont l’accent rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Incontestablement, son chef d’œuvre foutraque et totalement décadré, précédant un spin-off des Griffin voguant entre la molle bandaison et le magistral (The Cleveland Show, créé en 2009). Voilà, en deux mots, les trois bébés qui sont autant de moyens de saisir le plan de route établi pour aboutir à Ted.


Ted

Généralement, le tempo d’un épisode d’American Dad, des Griffin ou du Cleveland Show fonctionne sur le même système un peu désordonné, d’autant plus que la galerie de persos exploitée est quasiment similaire, dans les trois cas, par les caractères mis en place, leur fonctionnalité et leurs particularités. Bref, c’est un monde où le paternel est crétin et / ou barjo, où la mère est toujours sexy, où la fille est toujours… sexy (ou prise de tête) et où le gamin se ramasse les pots cassé, en tout freak qu’il est (obèse ou puceau mal dégrossi), sans oublier la myriade d’éléments perturbateurs vachement hauts en couleurs, rien qu’à en entendre la définition, jugez plutôt : un chien qui parle, un gnome coiffé affro, un être venu d’ailleurs et as du déguisement, un poisson bavard. Et où tout s’amoncelle de la même manière, l’histoire n’était généralement qu’un prétexte pour aligner les piques les plus pince-sans-rire, les vannes les plus absurdes et en longueur, les hors-sujet bien délirants (il arrive parfois que le quatrième mur se brise purement et simplement), et, surtout, SURTOUT, les flots de références culturelles parfois limitées à un seul quartier de la Grosse Pomme. A travers ce microcosme créatif, le premier long-métrage "avec un ours en peluche qui picole de la bière dedans" fait état de continuité tout ce qu’il y a de plus logique. Si le rythme des inventions du monsieur vrille parfois dans l’effréné, il ne faudra pas s’en étonner : quoi de plus normal, pour un ancien scénariste du Laboratoire De Dexter, l’un des meilleurs divertissements du cador Tartakovsky !


Se précipiter en salles obscures pour découvrir Ted, c’est un peu comme monter un maxi best-of d’American Dad ou écrire un guide du petit MacFarlane pour les nuls. Tout y est, purement et simplement. N’en jetez plus. Tout commence donc par une vague de références pop signées par un vrai fanboy, servant d’indices chronologiques : un pastiche d’E.T est suivi d’un poster de Jurassic Park en arrière-plan, lequel est suivi d’une photo-souvenir de l’avant-première de La Menace Fantôme… L’humour bien politiquement incorrect ne demandant qu’à être dégoupillé (les juifs, gros ou handicapés seront servis), tout cela dans le cadre de la comédie romantique parodiée, puisqu’il est question, comme toujours depuis Family Guy, d’une histoire de couple. A cela s’ajoutent autant d’éléments traditionnels, que ce soit la bonne grosse baston d’usage, arrivant tout le temps, chez l’auteur du Cleveland Show, comme un cheveu sur la soupe et de façon interminable, à la manière  d’une séquence mythique d’Invasion Los Angeles de Carpenter, le name dropping effréné (de Sinead O Connor à James Franco) ou encore ce genre de blagues qui ressemble plus à de la private joke entre amis scénaristes qu’autre chose. Il y a toujours cet amour particulier pour le clin d’œil complice débarquant de manière-éclair : au détour d’un dialogue, on se met à parler du dernier Adam Sandler, c’est toute la culture américaine qui est raillée ou décortiquée le temps d’une blagounette de dix secondes.

Il ressort finalement ici tout ce que font, depuis des années et des années, Seth et tous ses scénaristes sur trois créations distinctes, à savoir la fusion entre l’histoire banale atomisée de l’intérieur par le non-sens et la causticité, le trash fendard et l’irréalisme. Après tout, The Cleveland Show n’est que l’histoire bien typique d’une famille… sauf qu’un ours y parle et porte le costard, et qu’on y fait grosso modo n’importe quoi, sans enjeux particuliers si ce n’est l’annonce d’un gag encore plus gros que le précédent, le tout dans un décor de culture black étalée à l’envi. Une classique rom-com débutant tel un conte des fêtes devient alors un trip fantasmagorique sur Flash Gordon et une version scato-sexo de Beethoven (jusqu’à l’enlèvement fatal du héros poilu) ! Du feel-good movie où l’élément comique le plus irrésistible n’est plus Seth Rogen ou Will Ferell, mais une peluche ordurière. Et à ses côtés, Marky-Mark, le sir "sourcil haussé", semble enfin s’éclater. La méthode MacFarlane, c’est d’assembler tout un tas d’idées burlesques allant du visuel à la comparaison sans queue ni tête, de la parodie à l’humour vraiment débilos (rappelons que le monsieur fut scénariste pour la série animée Ace Ventura, respect !), de jeter l’ensemble dans un saladier avant d’user de coups de cuillères pour mieux mélanger les sauces.


Ted

Ted, du coup, c’est tout cela à la fois, un film forcément perfectible mais comme sorti du fond du cœur, jugement d’autant plus net quand on analyse la conclusion du film, où ce n’est pas l’élément perturbateur du couple qui est dégagé, mais où, au contraire, ce dernier est envisagé comme le sel fondateur de la vie à deux. Finalement, l’histoire était une forme de piège trop évident, et le personnage se devant "mûrir" et envisager une autre compréhension des choses n’était pas celui que l’on croyait ! Ce qui démontre que, si le sieur MacFarlane use et abuse parfois d’un cynisme au détriment des enjeux narratifs de ses divertissements (1) il prouve ici qu’il tient véritablement à ses personnages, des persos qui ne sont pas (seulement) des excuses pour balancer les pires blagues d’ado attardé. Mine de rien, c’est l’aspect touchant du film qui étonne le plus. Peut être que MacFarlane ne serait pas à ce point un je-m’en-foutiste notoire ? Même si, encore une fois, les gentilles moqueries bien légitimes ne manqueront pas… N’est-ce pas, messieurs Parker et Stone ?

Bref, il n’est jamais trop tard pour (re)découvrir ou (conseil aux détracteurs) donner sa chance à la dernière farce d’un cartoon network, qui demeure surtout une espèce de stand-up comedian se nourrissant du pire pour accoucher du meilleur, et vice et versa. En se disant que l’humour du zoziau, parfois, est digne d’un cadavre exquis : un enchevêtrement d’incongruités jugées dérisoires ou génialissimes exactement pour les mêmes raisons. Ne jamais vendre la peau de l’ours… (2)



(1
) Contrairement à Les Simpson ou à Futurama, il n’y a jamais dans les trois shows du monsieur, une réelle "séquence émotion" au premier degré : si émotion il y a, elle est toujours décrédibilisée par une petite pique pleine de dérision !

(2
) Le rédacteur tient particulièrement à remercier le fantôme de Thierry Roland pour cette chute.

7/10
TED
Réalisateur : Seth MacFarlane

Scénario : Ted MacFarlane, Alec Sulkin & Wellesley Wild

Production : Seth MacFarlane, Jason Clark, Scott Stuber...

Photo : Michael Barrett

Montage : Jeff Freeman

Musique : Walter Murphy

Origine : USA

Sortie française : 10 octobre 2012



   

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