Edito

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Critique par Nicolas Zugasti le 26 mars 2008

The Besson supremacy

Affiche Taken
La méthode Besson (un peu comme celle de Cauet) a ceci de particulier qu’elle amalgame les clichés les plus putassiers et une narration bas du front aux plus gros succès du moment. C’est un peu notre Menahem Golan (la mythique et défunte Cannon) ou Avi Lerner (Nu Image/Millenium) à nous.

Le dernier né de sa boîte de production Europacorp, bien que tentant de relever le niveau, ne faillit pas à la règle.
Honni, vilipendé par nombre de cinéphiles et critiques, la méthode reste pourtant la même et attire toujours un nombre conséquent de spectateurs. Après tout, s’ils en redemandent, Besson aurait tort de se priver.
C’est à la fois regrettable (un nivellement par le bas s’accentuant dangereusement) et réjouissant. Car pour quatre Taxi et un Yamakasi, Europacorp aura distribué Bang Rajan ou Ong Bak (certes agrémenté d’un insupportable rap) ou produit Haute Tension et les 3 Enterrements de Tommy Lee Jones. Surtout, l’argent ramassé par ses œuvres très grand public aura permis à Besson de lancer de jeunes réalisateurs. Cela aurait été dommage de passer à côté de Xavier Gens (aussi imparfaits soient-ils, Hitman et plus encore Frontière(s) sont formellement enthousiasmants) et surtout Alexandre Aja.
Alors relativisons avant de hurler, tel un Jean-Pierre Koffe conditionné par Pavlov, "C’est de la merde !", dès la connaissance de la participation d’Europacorp dans une production.

Avec Taken, Pierre Morel (Banlieue 13, produit par qui vous savez), s’il ne parvient jamais à s’affranchir de la tutelle envahissante de son producteur-scénariste, sans doute conscient qu’il aurait du mal à exister hors du giron protecteur, se borne à illustrer plutôt efficacement une intrigue au concept limité : faire de Liam Neeson, non pas un Punisher-like mais un vigilante digne du Bronson d’Un justicier Dans la Ville. Mais au final, on est plus proche d’un succédané de notre saumon-agile préféré, Monsieur Steven Seagal. Clés de bras et brisage de nuques compris.

Taken

Un justicier américain à Paris

Seulement, afin sinon de légitimer du moins justifier des débordements réactionnaires voire ultra sécuritaires, le film lance Bryan, ancien agent secret Américain, sur les traces d’un gang albanais ayant enlevé sa fille chérie. Le thème de la traite des blanches servant de caution morale reste cantonné à un contexte "exotique".
Le genre du vigilante movie a ceci de particuliers que les pauvres hères basculant du côté obscur de la vengeance le font suite à un drame les ayant anéanti psychologiquement et moralement. Pas de traumatisme fondateur ici, Bryan (Liam Neeson) gagne un regain d’intérêt parce qu’il a la violence dans le sang, il a été formé pour tuer. Mieux, chez lui c’est une seconde nature. Comme John Rambo. Sauf qu’ici, pas de débordement hardcore comme chez Stallone qui a eu l’honnêteté de débarrasser son alter ego de tous oripeaux moraux.
Le problème est que souvent chez Besson, il n’y a aucune remise en cause à attendre de ses "héros".

Et Morel épouse à merveille cette conception binaire en opposant à la bulle luxueuse dans laquelle vit la jeune nymphe (Maggie Grace) un monde réel où règnent le danger permanent et la corruption.
Afin d’illustrer tout ça, le film emprunte une esthétique que l’on croirait issue des seventies (ambiance froide et monochrome, paranoïa latente) mais qui doit en fait tout au dernier succès en date en terme d’action, le désormais incontournable La Vengeance Dans La Peau. Poursuites en voitures et affrontements rapprochés illisibles à l’appui. C’est tellement plus aisé de masquer ses carences ainsi que de tenter de reproduire la gestion de l’espace et le découpage des séquences à la gare et sur les toits de Tanger du film de Paul Greengrass.

Comme on dit, mieux vaut pécher par excès…
Là où Taken se distingue de ses illustres aînés (le diptyque Le Transporteur, Banlieue 13 ou la saga Taxi), c’est qu’il se permet d’aller encore plus loin en terme de caractérisation débile (la fifille qui pleure toutes les larmes de son corps lorsque son père refuse de lui signer un autorisation de sortie du territoire et qui saute presque littéralement au plafond lorsqu’il accepte), primaire (le boss Arabe final avec son couteau à lame recourbée et fard à paupière digne d’un film d’aventure des années 40) qui confine au racisme ordinaire et en termes d’extravagances narratives à tout va (à partir de l’enregistrement de sa voix, le pote de Neeson détermine son appartenance ethnique soit, mais son nom !?, Neeson qui se découvre des dons de profiler, Neeson qui se fait passer pour un flic Français…) A ce niveau, on frise le génie surréaliste.

Mais la donnée invariable qui prend ici des proportions hallucinantes est la considération de la femme. D’habitude, au mieux elle est absente ou ignorée au pire, elle sert de potiche. Là, elle est soit droguée à mort, objet de désir concupiscent, réduite en esclavage et soumise au plus offrant. Voire tout cela à la fois lors d’une mémorable séquence de ventes aux enchères.

Taken

La fille de Neeson est donc shootée, en string et à la vue des futurs acheteurs. Mentionnons que le fait qu’elle soit toujours vierge fait sacrément monter les enchères. Neeson menace donc le seul Arabe parmi les participants afin de l’acheter. Note : alors que tout le film il passe son temps à balancer les bad-guys à travers portes et autres vitres, ce dernier n’allant pas assez vite pour surenchérir, c’est le père lui-même qui se charge d’acheter sa propre fille. Il faut le voir pour le croire.
Il en va de même pour l’autre scène marquante intervenant un peu plus tôt et qui voit Neeson tirer dans le bras de la femme de son traître d’ami et menacer de lui en "coller une entre les deux yeux"pour obtenir un renseignement capital. Le plus "savoureux" intervenant lorsqu’en partant, Neeson demande à son ami "tu m’excuseras auprès de ta femme". Instantanément culte.

On résume : le seul intérêt de Taken reste de voir Liam Neeson si crédible dans un rôle aussi extrémiste. Pour le reste, on veut bien être indulgent avec Besson et sa clique mais faudrait pas trop en abuser.
3/10
Taken
Réalisateur : Pierre Morel
Scénario : Luc Besson et Robert Marc Kamen
Production : Luc Besson, Didier Hoarau, Jérôme Lateur...
Photo : Michel Abramowicz
Montage : Frédéric Thoraval
Bande originale :Nathaniel Meechaly
Origine : France
Durée : 1h33
Sortie française : 27 Février 2008














 1 Posté par Wilyrah le 26 mars 2008 à 14:14 | website

La meilleure chose du film serait alors sa bande-annonce avec le génial The Dragster Wave de Ghinzu ?
 2 Posté par aska le 27 mars 2008 à 23:22 | website

"La fille de Neeson est donc shootée, en string et à la vue des futurs acheteurs." 
 
C'est marrant parce que dans banlieue 13 du même Morel, il y avait aussi cette histoire de fille shootée transformée en esclave avec en plus une desintox en quelques heures. Plus fort que 24 !
 3 Posté par nicco le 28 mars 2008 à 12:53

Et oui, vous croyez quoi, il y a une thématique dans ces oeuvres.
 4 Posté par jack hawksmoor le 28 mars 2008 à 18:13

:eek :upset :? :x :( euh de toute façon je comptais pas y aller
 5 Posté par isokilla le 28 mars 2008 à 23:12

"Et oui, vous croyez quoi, il y a une thématique dans ces oeuvres." 
 
C'est logique, c'est MA thématique ... 
 
Désolé.. j'ai honte, mais pour ue prod Besson vous n'espériez pas mieux j'espère... 
 
Besson produit Tommy Lee Jones, ça reste un bon moment quand même..
 6 Posté par Infâme Cancrelat le 04 avril 2008 à 11:42

Ne pas oublier non plus au rayon des bouses made in Besson le merveilleux  
Ne le dis à personne, lauréat de quatre césars uniformément immérités, dont celui du meilleur acteur pour Cluzet (garder la même expression pendant deux heures, faut le faire) et du meilleur réalisateur pour Canet (la steadycam dans un film français, ça s\'était jamais vu, maximum respect)
 7 Posté par geouf le 04 avril 2008 à 11:49 | website

Ne le dis a Personne ne meritait certainement pas quatre Cesars, mais il n'est pas si mauvais. Son premier merite est d'arriver a transcender le bouquin, d'une platitude exemplaire. Au moins, dans le film on arrive sans peine a croire a l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux...
 8 Posté par Infâme Cancrelat le 04 avril 2008 à 18:36

Au moins, dans le film on arrive sans peine a croire a l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux... 
 
Ah bon? On n'a pas dû voir le même film alors. Ou il y a un director's cut. 8)
 9 Posté par geouf le 05 avril 2008 à 02:20 | website

lol, ben peut-être qu'au Royaume-Uni (j'habite en Ecosse) ils passaient pas la même version... 8)  
Mais franchement, d'habitude j'ai du mal avec les passages sentimentaux et là je l'ai trouvée bien amenée, cette relation, avec des petits détails sympas comme le chien ou le concert de U2 (ou c'est peut-être juste que je suis fan de With or without you de U2...) 
Mais franchement, j'ai lu le livre après et c'est vraiment autre chose. C'est écrit platement, sans aucune émotion, le degré zéro du roman. C'est très rare que je préfère le film au bouquin, mais là c'est sans équivoque... 
Mais je n'irai pas jusqu'à dire que Ne le dis à Personne est un grand film qui méritait ses Césars, faut pas exagérer.
 10 Posté par macfly le 05 avril 2008 à 12:39 | website

Geouf, peu importe tes gouts cinématographiques douteux, tu habites dans un pays qui arrache !
 11 Posté par geouf le 05 avril 2008 à 14:52 | website

Oui, ça arrache si tu aimes la pluie et le vent. Non, en fait c'est pas mal j'avoue, surtout pour les balades. 
 
Et comment ça peu importe mes goûts ciné? Qu'est-fce que je dois comprendre?
 12 Posté par macfly le 05 avril 2008 à 16:05 | website

Rien du tout, c'était juste pour me moquer du fait que tu aimes le film de Canet. Nothing personal.
 13 Posté par geouf le 05 avril 2008 à 19:15 | website

Oula ! "Aimer" est un bien grand mot. Disons plutôt que je l'ai apprécié suffisamment pour ne pas le mettre au même niveau qu'une prod' Besson classique. D'ailleurs, je n'ai même pas investi dans le DVD...
 14 Posté par Yob le 10 avril 2008 à 00:16

"C’est tellement plus aisé de masquer ses carences ainsi que de tenter de reproduire la gestion de l’espace et le découpage des séquences à la gare et sur les toits de Tanger du film de Paul Greengrass."  
:? :? Parle-t-on du même film ?? Si c'estt bien de Taken que tu parles, je me permets de te rappeler que le tournage de celui-ci était fini bien avant la sortie du Bourne Ultimatum. Je vois donc mal comment ils ont pu "tenter de reproduire…" De même, le montage devait être terminé lorsque Bourne 3 est sorti… L'équipe de Taken a-t-elle des pouvoirs surnaturels ?????
 15 Posté par L'ouvreuse le 10 avril 2008 à 03:30

The Bourne Ultimatum est sorti le 3 août aux USA, soit 6 mois avant Taken, ce qui laisse largement le temps de faire un montage (surtout pour ce à quoi ça ressemble). 
 
Au pire des cas ils auraient toujours pu se rencarder sur l'opus précédent ^^ ; tout ceci n'est que détail ;)

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