Souffle

A bout d'eux deux

Affiche Souffle

Allez, encore un souffle, mais celui-ci n'a rien d'une deuxième main maquillée en Stabilocolor puisque qu'il s'agit du nouveau film de l'excellent Kim Ki-duk, apprécié ici pour ses très bons films silencieux, une espèce si rare…


Mais à trop vouloir jouer sur l'effet attendu du contemplatif muet exotique pour courtiser les festivals occidentaux, l'auteur de
L'Ile oublie hélas de se renouveler, n'apportant ni de fraîcheur formelle ni de nouvelle pierre à son édifice thématique. Ainsi, en contant l'histoire de cette femme trompée par un mari tout ce qu'il y a de plus chiant (moustache, barbichette, polos et lunettes à grosses montures – rien que de le décrire je m'ennuie) et attirée irrationnellement par un tueur retardant son exécution en se plantant régulièrement des brosses à dent dans la gorge (ce qui est déjà plus fun, on la comprend), Kim Ki-duk se répète ostensiblement, l'assumant dans des décors redondants avec ses récents films, à travers le motif des saisons et leur symbolique (l'héroïne rejoue en showcase Printemps, Eté, Automne, Hiver… Et Printemps) ou encore en se donnant le rôle du directeur de prison, voyeur / metteur en scène qui décide, en hors champ depuis son fauteuil par le biais des caméras de surveillance, des plans et des zooms, de l'action entre les deux personnages principaux, et même du "coupez" (il sonne une alarme, ou éteint simplement son moniteur, nous montrant ainsi son propre reflet – c'est à couper le Souffle quoi).

Souffle
Je me serais bien laver les chicots, mais j'ai eu un p'tit accident


S'il fallait souligner la roublardise, ou la facilité, dont a fait preuve le cinéaste sur cet effort, on notera qu'ici le gimmick du silence ne naît pas, contrairement à ses anciens métrages, d'une volonté surréaliste des personnages de ne pas communiquer par la parole, mais de celle d'un psychopathe se donnant l'incapacité physique d'émettre un son. Ce que l'on gagne en férocité gratuite (il pouvait très bien se charcuter une autre partie du corps pour éviter l'exécution), on le perd en étrangeté, en drame larvé qui faisait toute la richesse de ses films et surtout de ses personnages.
Et même si sa science et sa précision du cadre font encore quelques merveilles (de beaux flou/net, des cadres dans le cadre, avec entrée de champs, comme celui de la porte de la cellule et le prisonnier gay : simple mais génial), on est hélas loin de
Locataires, son chef d'œuvre. D'autant plus que des métaphores un peu trop balourdes enrayent le récit (la statue ailée, le linge blanc qui tombe du balcon, les photos mangées, digérées, puis gravées dans la pierre). Dommage, car l'idée de faire d'un parloir un plateau de cinéma allégorique aurait pu donner matière à un film bien plus intéressant et introspectif. A croire que comme ses personnages, Kim Ki-duk ne veuille pas trop en dire sur lui.

Enfin, concluons avec le paragraphe du râleur : après
Le Vieux Jardin, Time (déjà de Kim Ki-duk), Secret Sunshine, Souffle est le cinquième film Sud-coréen à sortir sur nos écrans cette année (d'après mes calculs – le cinquième étant un film des frères Pang, ce qui ne compte pas, on est d'accord). On serait donc tenté de dire au monsieur qui décide des films qui sortent dans nos salles que les Sud-coréens ne produisent pas que des drames. Ils abordent aussi d'autres genres et d'autres styles que le contemplatif de festival. Ce serait assez sympa de nous en faire profiter.
On peut vous souffler deux trois noms s'il le faut…

5/10
SOOM
 
Réalisateur : Kim Ki-duk
Scénario : Kim Ki-duk
Production : Kim Ki-duk, Myung-Chul Song, Suh Young-joo
Photo : Sung Jong-moo
Montage : Wang Su-an
Bande originale : Myung-Chul Song (et un peu Franck Adamo repris en Coréen. La seu-cla.)
Origine : Corée du Sud
Durée : 1h24
Sortie française : 21 novembre 2007




   

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