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Parlez-moi de la Pluie Suggérer par mail
Critique par Macfly le 30 septembre 2008

Les Bronzés à l'opéra

Affiche Parlez moi de la Pluie
Des deux derniers films d'Agnès Jaoui, on gardait en mémoire des grosses leçons de morale lourdingues assénées au marteau-piqueur. Dans Le Goût des Autres et dans Comme Une Image, la trame servait uniquement à appuyer, mettre en relief, surligner, entourer et grossir dix fois la thématique principale.

Et ce pour que M. Michu, lecteur assidu de Télérama, soit sûr de ne pas passer à côté, et puisse causer de la "profondeur" du film dans les dîners en ville. Même si cette fois, Parlez-moi de la Pluie se digère mieux que ses deux prédécesseurs, cela reste un film de Bacri-Jaoui :

De retour dans le sud, Agathe Villanova, femme politique et féministe notoire, doit affronter les préjugés sur son statut de femme de pouvoir. Pendant ce temps là, Mimouna, femme de ménage, doit affronter les préjugés et l'humiliation ordinaire dus à son statut d'immigrée. Dans le même temps, Michel Ronsard (humilié de ne voir son fils que quelques heures par semaine) et Karim (qui doit affronter les idées préconçues provoquées par sa couleur de peau), réalisent un documentaire sur Agathe, qui doit affronter... Non ça je l'ai déjà dit.

Si on devait tenter de comprendre pourquoi les films d'Agnès Jaoui semblent si donneurs de leçons, on devrait s'en référer à cette déclaration de Jean-Pierre Bacri dans Télérama (sic), qui dit tout :
"On part d’un thème - souvent les jeux de pouvoir entre les êtres -, on cherche des personnages qui l’illustrent."

...Et la comparer à celle de Stephen King dans Écriture, Mémoires d'un Métier :
"Se lancer dans l'écriture en partant de grandes questions et de problèmes thématiques est la meilleure recette pour faire de la mauvaise fiction. La bonne fiction part toujours d'une histoire et progresse vers son thème ; elle ne part presque jamais du thème pour aboutir à l'histoire. "

Et oui Jean-Pierre, je me doute que tu ne considères pas Stephen King comme un écrivain digne d'être écouté, mais tu dois te rendre à l'évidence : partir du thème, c'est irrémédiablement sombrer dans une histoire dont la seule justification est l'idéologie ou la vision prédigérée de ses auteurs. Si concevoir une histoire avant de réfléchir à ce qu'elle signifie peux transcender l'idée de départ et lui faire prendre de la hauteur, partir du thème pour construire une histoire revient à faire exactement l'inverse. C'est-à-dire tailler personnages et dramaturgie à la serpe pour les faire entrer de force dans une idée toute prête, un moule prédéfini. Point donc d'évolution de la thématique, de résonance, et encore moins de transcendance, chez les Bacri-Jaoui, nous assisterons hébétés à des leçons de vie qui tiennent en trois mots, qui ne seront jamais remises en question et qui seront posées là devant nous sans bouger tout au long du film.

Et pour illustrer un thème prédéfini, quoi de plus pratique que le film choral ? Ce n'est pas pour rien que tous les scénarios du couple sont conçus ainsi. Avec le film choral, pas besoin de s'emmerder à trouver une histoire qui épouse le propos, il suffit juste d'écrire le scénario comme un épisode de Plus Belle La Vie, avec des personnages qui affrontent leurs problèmes en parallèle, mais qui n'interagissent que rarement entre eux. Pour faire oublier l'inanité du scénario, on se débrouille pour que les problèmes aient tous un rapport avec le thème choisi. On colle un titre en référence à Brassens pour faire populo et une citation de Kierkegaard pour que M. Michu ait un sujet de conversation tout prêt lors de son prochain dîner. Et emballé c'est pesé, on a le public et la critique dans la poche !

Parlez-moi de la Pluie
- Tu vois maman, juger les gens sur leur religion, c’est mal. Sur leur couleur de peau, sur leurs origines sociales ou sur leur nationalité, c’est mal.

Ainsi, on pourrait tout aussi bien se contenter de lire les interviews des auteurs du film pour apprendre que Parlez-moi de la Pluie cause de "l'humiliation ordinaire" et de "l'angoisse qui est le possible de la liberté", et rester chez soi se remater un énième fois le DivX des Fils de l'Homme. D'autant plus qu'après les infects Le Goût des Autres et Comme une Image, on s'attendait à un autre épisode de "Agnès Jaoui t'explique la vie, petit". Mais surprise ! Il s'avère que le dernier opus du couple n'est pas aussi mauvais que les précédents. Ici, la leçon de morale a la bonne idée de rester en arrière-plan. Soyons clairs, on se tape comme rarement des allusions à Kierkegaard, au racisme, à la pluie ou au beau temps. Ce qui laisse plus de place aux relations entre les personnages, domaine dans lequel Agnès Jaoui est tout de même bien plus douée. Tout comme pour leur premier film en tant que scénaristes et acteurs, l'excellent Cuisine et Dépendances, une part plus grande accordée à la comédie joue aussi en faveur du film, surtout après le déprimant (à tous point de vue) Comme Une Image. On s'étonnera même de retrouver la fameuse scène chez les bouseux des Bronzés Font du Ski, mais en plus classe quand même ("Attention, on fait pas du cinoche de beaufs, nous y'a de l'opéra et un commentaire sur la société !"). Mais le vrai point fort du film, c'est Jean-Pierre Bacri, comme d'habitude excellent dans le registre comique, portant ici un personnage sensiblement différent du misanthrope cynique qu'il campe habituellement. On n'en dira pas tant de la performance de Jamel, toujours aussi limite avec son regard qui semble hurler : "Regardez, je suis un acteur mature !". Et par respect pour elle, on se taira poliment sur le jeu de la réalisatrice.

Reste la panoplie jaouiesque de tics plus ou moins énervants, comme la sempiternelle tension sexuelle entre le personnage de Bacri et celui de Jaoui qui n'aboutit jamais, la lumière marron / grise qui donne au spectateur l'impression de vieillir de trente ans (c'est limite si on ne sort pas du film avec des cheveux blancs), et surtout LA signature d'Agnès Jaoui : James Cameron a sa lumière bleutée, John Woo a ses colombes, Steven Spielberg a ses travellings-avant... Quant à notre moraliste nationale, sa marque de fabrique est le bégaiement dans toutes les répliques :

« Non mais t... t... tu te rend compte ? »
« I... i.. i.. ils ne te laissent même pas un mot rien du tout. »
« I.. i.. i.. il passe votre portable ? I.. i.. i.. il passe pas le mien. »

Ok on a compris que c'était pour faire plus crédible, mais bon là c'est lourd.
5/10
Parlez-moi de la Pluie
Réalisateur : Agnès Jaoui
Scénario : Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri
Production :Jean-Philippe Andraca, Christian Bérard
Photo : David Quesemand (le chef op des 11 Commandements, ça ne s'invente pas)
Montage : François Gédigier
Superviseur musical : Christian Chevalier
Origine : France
Durée : 1h38
Sortie française : 17 Septembre 2008












 1 Posté par Guike le 30 septembre 2008 à 15:47 | website

Jamais le "cinéma" de Bacri-Jaoui n'avait été aussi bien résumé :grin
 2 Posté par Weta le 30 septembre 2008 à 16:00

Excellente ta remarque concernant ce bon vieux Stephen King. Lui au moins il a compris que pour une histoire fonctionne, il faut se concentrer uniquement SUR elle. 
 
Ce que l'on ne fait absolument pas en France, même quand certains cinéastes font du cinéma de genre. 
 
Ah mais non on me dit que King, ce n'est rien de plus qu'un auteur pour ados fan de films de gores (Mais qui je peux bien imiter ?). 
 
En tout cas vu le lien que tu envoie Marty cela m'a l'air d'être encore la même chose. Avec Bacri qui passe son temps à geuler. 
 
En tout cas as tu remarquer que toutes les bandes annonces des films du duo Jaoui Bacri sont construites Excatement sur le même modèle ? 
 
Bacri geule, petite conversation + musique classique ou d'opéra et le tour est joué. 
 
Sinon le coup du chef op des 11 Commandements 
 
:grin
 3 Posté par Candide le 30 septembre 2008 à 17:57

Rahlalala le chef op des 11 Commandements. Et? Qu'est ce que ça nous apprends? 
 
Sinon le chef-op de Spiderman Don Burgess, il avait signé Blind Fury et les séquences du jeu Night Trap. On peut jouer à ce petit jeu quasiment pour tous les opérateurs en activité. L'important c'est pas la qualité dudit film sur le CV mais celui de son travail...
 4 Posté par Isokilla le 30 septembre 2008 à 20:08

Quote:
Excellente ta remarque concernant ce bon vieux Stephen King

 
 
C'est fascinant de savoir qu'un auteur ausi important soit tout de même un mec vachement torturé (le gars est un peu toxicomane, rappelons le). 
 
Preuvu que les auteurs interessant sont souvent les plus complexes.
 5 Posté par raphaelB le 01 octobre 2008 à 09:51 | website

Mouais mouais mouais, ne nous emballons pas... 
 
Un film construit à partir d'un thème, ça ne me paraît pas si honteux que cela. C'est un autre cinéma, voilà tout. Il ne raconte pas une histoire folle, ok, mais je ne le trouve pas inintéressant. Après tout, un air de famille et cuisines et dépendances étaient construits sur ce parti pris, et ça fonctionnait bien.  
 
Il me semble qu'il y a suffisamment de films construits d'abord autour d'un scénario qui se plantent assez misérablement, pour ne pas ériger ce modèle en dogme, ou en tout cas pour accepter d'autres manières de faire.  
 
Après je n'ai pas vu les deux derniers jabac, peut-être qu'ils me sortiront par les trous de nez, c'est possible...
 6 Posté par Janto le 01 octobre 2008 à 11:17 | website

Quote:
Un film construit à partir d'un thème, ça ne me paraît pas si honteux que cela.

 
 
C'est plus un message moralisateur qu'un thème si j'ai bien compris la critique. 
Robert McKee parlait justement du problème de ce genre de méthode qui consiste à illustrer une idée : 
 
"Le danger est le suivant. Si vous pensez devoir convaincre le monde de la valeur de votre Idée Initiale et que vous concevez votre histoire afin de justifier cette démarche de façon indéniable, vous allez tomber dans le didactisme. Mû par votre zèle de persuader, vous allez étouffer la voie de l'argument contraire." 
 
Ensuite il précise : 
"Cela ne signifie pas que si l'on part d'une idée on est certain de produire un travail didactique...mais c'est le risque." 
 
Je trouve que ça résume assez bien les problèmes rencontrés face à une telle démarche, et j'aime beaucoup comment la critique aborde le film, de tels axes ça fait plaisir :zzz
 7 Posté par Weta le 01 octobre 2008 à 12:38

Pour en revenir à King, disons qu'il a plus eu pendant un temps, des névroses (nostalgie, mélancolie, dépression) qui l'ont conduit vers des excès comme l'alcool (surtout l'alcool) et la drogue. 
 
Mais que depuis un petit bout de temps déjà. il s'est "rétabli". Grace notamment au soutien que lui a était sa famille notamment sa femme Tabita. 
 
Pour en revenir au scénario. Je pense qu'il faut d'abord sur l'histoire, la meilleure manière de la raconter, notamment au niveau des personnages. Le thême doit aider à soutenir l'histoire. Mais pas le supplanter.  
 
En général c'est souvent lorsque qu'on fait tout pour donner le meilleur de soi même, et parler à travers une histoire, de quelque chose qui nous tient à coeur, que l'on arrive à créer une création artistique à la fois humble, passionné, et sincère avec sois même. 
 
Après c'est sur, c'est plus facile à dire qu'à faire, c'est sur. 
 
Mais comme on le dit souvent. "C'est tout un art de raconter des histoires." 
 
D'ailleurs pour reprendre l'exemple de King. On remarquera qu'ils arrivaient à parler de ses névroses grâce à ses histoires, sans que les névroses ne viennent "polluer" l'équilibre du récit.

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