Non Ma Fille, Tu N'Iras Pas Danser

Le bal des factices

Affiche Non Ma Fille, Tu N'Iras Pas Danser

Parmi la palanquée de cinéastes nationaux pointés du doigt dès qu'il faut s'indigner contre l'obsolescence d'un cinéma d'auteur dramatico-snobino-chiant (vite fait car l'armée des cinéphiles ouverts et tolérants sonne promptement la charge pour rappeler aux dissidents toute l'aigreur qu'anime obligatoirement leur prose) se trouve Christophe Honoré, et il faut dire que le pauvre l'a un peu cherché.


Car en livrant des machins comme 17 Fois Cécile Cassard ou Ma Mère, quintessence de bandes floues et diluées conçues dans leur moindre recoin pour plaire avant même d'être vues aux zouaves cités plus haut (et donc déplaire tout aussi facilement aux allergiques aux FAA), Honoré s'est aliéné une large frange du public qu'il semble depuis quelques métrages vouloir rallier à sa cause. N'a-t-il pas vendu ses Chansons D'Amour avec le discours promo "Moi aussi j'aime les arts populaires, je kiffais Demy et regardez ce que vous offre un peu si c'est pas du bonheur !" ? Pas de bol, un maniérisme précieux reprenait le dessus et transformait une comédie musicale sur les affres amoureuses pluri-sexuelles en une mélopée sans vie surfant grossièrement sur la vague des chansons à "texte" post-Delerm. Et quand Christophe Honoré tente de faire découvrir à l'audience contemporaine La Princesse De Clèves, c'est par le biais d'un teen drama dans un lycée Henry IV truffé de gravures estudiantines d'un autre monde (La Belle Personne).

"J'ai une activité sexuelle avec ton cousin" y récitait d'ailleurs une adolescente dans un verbiage clinique déconnecté de la réalité. Une déconnexion annonciatrice du désormais culte "Personne n'aime les endives braisées dans la vraie vie maman" que clame Léna (Chiara Mastroianni, supportable), catch phrase autour de laquelle s'articule toute la rébellion contenue d'une adolescente trentenaire divorcée et affublée de deux enfants.

Bon, pour commencer, si, les gens aiment les endives braisées. Mais ne nous éloignons pas du sujet : l'utilisation du terme "vraie vie" chez Honoré n'a rien d'accessoire, et marque même le tournant pris par le sieur depuis quelques temps : son héroïne se place ici ouvertement du côté des "vrais gens" (bien qu'elle ne les comprennent pas, parce qu'ils aiment les endives braisées, en fait), du côté de ceux qui ne correspondent pas aux attentes d'un monde préfabriqué : elle vit libre.
D'ailleurs l'affiche nous le scande. Tout se scande ici, en fait, car on s'adresse aux vrais gens, alors les vrais gens faut bien tout leur expliquer pour qu'ils comprennent : la mère divorcée gère mal sa vie et met l'équilibre de ses enfants en danger ? Introduisons-la par une scène où elle recueille un oiseau blessé qui ne survivra pas au passage dans son sac à main. Elle est en total décalage avec sa famille ? Montrons-la dormir sur l'herbe puis répondre à l'appel de ses parents par une figure mi-elliptique, mi-jump-cutée. Elle se comporte comme une ado ? Faisons dîner son amant dans une assiette Bart Simpson sous l'œil dubitatif des parents. Elle détruit son entourage à mesure qu'elle s'enferre dans une quête laborieuse d'épanouissement tardif ? Et ben claquons une scène de quinze minutes sur la légende bretonne de la danseuse insatiable faisant mourir de fatigue ses prétendants ! Quinze minutes.


Non Ma Fille, Tu N'Iras Pas Danser
Mais ronfler ça oui, tu peux


C'est aussi fin et digeste qu'un kouign amann mais au moins ça remplit la panse puis on s'écroule assouvi et coupable dans le canapé : le cinéma d'Honoré se structure enfin et tend vers une intelligibilité qui invoque beaucoup moins la très facile licence poétique de l'ôteur balançant les images au hasard et laissant le soin aux spectateurs de faire tout le boulot, de plaquer du sens là où ils pensent nécessaire d'en trouver.

Le devons-nous sûrement à la romancière Geneviève Brisac qui co-signe ici son premier scénario, balisant le script d'effets d'annonce permettant d'assimiler la logique d'un personnage qui prendra une décision finale radicale. Une conclusion forte qui ne répond pas au vain besoin de surprendre l'assistance, mais se fait l'écho cohérent de plusieurs scènes distillées tout au long des deux parties qui composent le métrage : la mère de l'héroïne (Marie-Christine Barrault) ne lui explique-t-elle pas que ses enfants n'ont jamais pesé dans la balance pour un éventuel divorce avec son mari (qui n'a jamais eu lieu) car elle n'était pas mariée avec eux ?
La sœur (Marina Foïs, dont il faut dire qu'elle est chaque fois plus admirable si on se veut chroniqueur visionnaire puisqu'elle finira par aller choper son César), enceinte d'un mari qu'elle n'aime plus, en bon contraire de son aînée, vit sa crise face à son enfant, en ressortira plus épanouie, plus attentive aux autres, quand Léna cache elle très maladroitement son malaise à une progéniture qui l'accepte de plus en plus mal. La réussite relative du film tient pour beaucoup dans cette relation mère / enfants, révélant l'angoisse progressive chez les seconds tout en adoptant exclusivement le point de vue de la première, qui finira fatalement par comprendre ce que le spectateur redoutait (et attendait).


Ce n'est pas encore du Cassavetes, nous sommes toujours dans de la marotte post-
Ma Mère, il y a évidemment Louis Garrel (pour le coup on peut penser qu'Honoré aime ça, les endives), ça arrive après le Conte De Noël de Desplechins et toute la cargaison de films de famille qu'on a pu se coltiner dernièrement (et quasiment tous motivés par une nostalgie un peu morbide) : ça ne vous fait pas envie, franchement ? Pourtant il faudrait, ça peut commencer à devenir intéressant.

6/10
NON MA FILLE TU N'IRAS PAS DANSER
Réalisateur : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré & Geneviève Brisac
Production : Pascal Caucheteux & Béatrice Mauduit
Photo : Laurent Brunet
Montage : Chantal Hymans
Bande originale : Alex Beaupain
Origine : France
Durée : 1h45
Sortie française : 2 septembre 2009




   

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