Décidément, il ne fait pas bon aborder des sujets épineux dans notre bon cinéma français sous peine de vous voir interprété de travers... Lire l'édito d'octobre...
Mes obligations professionnelles m'obligeant à travailler en semaine, je n'ai pu voir qu'un seul film sur ces deux derniers jours de fête du cinéma. Lundi donc, c'est dubitatif que je me suis rendu au cinéma Publicis sur les Champs pour reluquer les gros bobos qui y travaillent, ainsi que l'une des dernières copies des Ruines, petit film d'horreur produit par Ben Stiller dont je n'avais jamais entendu parlé.
Constat à la sortie de la salle : c'est moyen. Irrémédiablement moyen. C'est le film que tu peux pas dire que c'est nul, mais tu peux pas dire que c'est bien non plus. Le film que tu peux pas t'enflammer dessus. Le film qui compense systématiquement ses bonnes idées par des personnages tout creux, et son style plutôt sympa par des séries de petites incohérences nuisant à la crédibilité et donc à l'immersion.
D'abord, on est surpris du sujet, plutôt original pour un film d'horreur en 2008 : une bande de jeunes américains en vacances au Mexique s'enfoncent dans la jungle pour visiter les ruines d'une pyramide Maya. Arrivés sur place, les gens du coin les obligent, l'arme à la main, à y rester jusqu'à ce que mort s'en suive. Après la sempiternelle scène de "le portable y capte pas" (l'apparition du portable aura décidément mis les scénaristes de l'an 2000 dans une belle merde !), nos touristes américains se rendent vite compte que la plante qui recouvre la pyramide est super méchante.
nicco après trois jours de fête du cinéma.
Alors là une plante comme monstre moi je dis bravo ! Enfin un peu de sang neuf, y'en a marre des zombies et des rednecks texans. Autre bon point, le film la joue vraiment seventies avec ses acteurs barbus, son héroïne qui prend des photos avec un reflex argentique, son gore sans gerbes de sang numériques, ses décors extérieurs et sa photo naturaliste (d'un Darius Khondji qui fait plutôt bien ce qu'on lui demande, sans plus). Bref, ça change radicalement de la vague récente des films d'horreur mélangeant esthétique de clip R'nB, biatches moites et technique de la caméra-secouée-et-shutter-à-bloc pour cacher l'absence de mise en scène.
Malheureusement, ces bonnes intentions qui auraient pu créer un vrai climat poisseux ne pèsent pas assez lourd pour contrebalancer le principal défaut du film : ses personnages. Défaut d'autant plus rageant que les occasions étaient nombreuses pour les rendre attachants, sachant qu'ils sont bloqués sur leur pyramide et qu'ils ont tout le temps de discuter et de se prendre la tête. Comme dans la plupart des films d'horreur récents, on ne tremblera donc jamais pour les personnages, mais seulement pour l'angoisse d'assister à certains débordements de violence graphique... Comme dans cette fort sympathique scène d'amputation, où on se cache les yeux pendant les coups de couteau, mais où on se fout royalement de savoir si le personnage va survivre ou périr. The Ruins Réalisateur : Carter Smith Scénario : Scott B. Smith Production : Chris Bender, Stuart Cornfeld, Jeremy Kramer Photo : Darius Khondji Montage : Jeff Betancourt Bande originale : Graeme Revell Origine : USA Durée : 1h31 Sortie française : 11 juin 2008